LE HOHE-RHONEN
Nous retrouvons sur les bords du lac de la zone alpine qui avait remplacé la mer dans ces parages, la même flore du lignite inférieur que nous avons observée dans le canton de Vaud. — Les marnes qui entourent les lignites de Hohe-Rhonen renferment un riche herbier dans lequel on a fait de précieuses découvertes ; ces marnes nous ont conservé une partie d’un bord marécageux de cette époque. Plusieurs bancs de sable et de pierres roulées s’accumulèrent dans un fond lacustre, et le transformèrent en un bassin boueux. — Cette boue devint à son tour un marais tourbeux dont la formation fut interrompue de temps à autre par des dépôts de vase qu’on retrouve maintenant entre les couches de charbon sous forme de marne de couleur foncée. — De grands Roseaux, le Typha latissima, de nombreuses Cypéracées (Cyperus et Carex), des Joncs, des Rubaniers et des Iris ne laissent aucun doute sur la nature du sol. — On peut même encore retrouver à Greith quelques places où de petits ruisseaux sillonnaient le sol de la forêt ; ils se reconnaissent à des veines de manie noire et cassante qui renferment des fruits (surtout d’Érables) apportés par les eaux, des fils ténus de Conferves et de petits Bivalves (Cyclas). — Il dut y avoir en abondance dans ces localités le Grevia crenata, l’Acer trilobatum, l’Ambrier, des Saules et des Myricadont les débris se trouvent en grand nombre dans la vase ; les Widdringtonia, Glyptostrobe et les Cyprès des marais étaient communs; ces derniers croissaient [sans doute dans les lieux marécageux. Ces arbres forment aussi les extrêmes avant-postes du monde forestier.
Le Hohe-Rhonen nous fournit aussi 3 espèces de Palmiers : le Sabal
hæringiana, le Phœnicites spectabilis et le Manicaria formosa qui devaient former sur les rives du lac un rideau toujours vert ; ils étaient accompagnés de nombreux arbres à feuilles persistantes, tels que des Chênes, des Protéacées à feuilles coriaces, des Lauriers et des Figuiers. — Un grand nombre de Fougères, par exemple, les Lastræa, les Aspidium, les Pteris aux longues feuilles pennées, croissaient à l’ombre des forêts, parmi les Myrtilles, les Noisetiers, les Jujubiers, les Rhus et les Nerpruns, qui formaient les broussailles.
Cette forêt primitive était hantée par un Tapir et deux espèces de Rhinocéros, un Cerf et un Calicotherium. Ds avaient pour compagnon un Carnassier de l’espèce canine : l’Amphicyon intqnnedius, dont les appétits rapaces durent plus d’une fois troubler la paix de cette forêt vierge. Les autres emplacements représentant les bords de ce lac alpin, et qui nous sont connus, révèlent la même flore ; ce sont quelques parcelles de terrain situées à Rufi près Schannis ; plus au nord, à Waggithal, à Rothenthurm et au Rossberg. Nous y retrouvons les mêmes espèces de plantes mélangées cependant avec quelques autres formes spéciales.