APPRÉCIATION DU CLIMAT D’APRÈS LA FAUNE
nous donnent d’utiles indications sur les conditions climatériques *. Les animaux marins jettent d’autant plus de jour sur la question, que les considérations sur lesquelles nous nous basons concernent des espèces vivant encore, et personne ne prétendra que les mêmes espèces d’animaux aient vécu jadis en d’autres conditions que de nos jours. Nous avons vu plus haut (page 528) que les Mollusques de la mer helvétienne se rapprochent pour la plupart des espèces de ceux de la Méditerranée. La faune helvétienne ne contenait pas des types exclusivement septentrionaux, mais bien des tropicaux qui lui donnent un cachet plus méridional que celui de la faune méditerranéenne. Ainsi, sur les 147 Mollusques de l’étagé helvétien qui se trouvent encore dans la faune actuelle, 20 espèces sont exclusivement tropicales, c’est-à-dire environ 1 4 % ; 38 espèces, soit 26% se trouvent sur les côtes de l’Angleterre; presque toutes ces espèces vivent aussi dans la zone méditerranéenne et lusitanienne, et ne peuvent par conséquent pas être considérées comme formes du Nord ; 120 espèces, soit environ 82 %i habitent la Méditerranée.— Les espèces perdues rappellent, pour le plus grand nombre, des types méditerranéens et plusieurs des types tropicaux. Ce n’est donc pas à la latitude de la Suisse, mais à celle de la Méditerranée qu’appartiennent la plupart des Mollusques de notre mollasse; et, nous le répétons, le mélange des formes tropicales les rattache plutôt au côté sud qu’au côté nord de la Méditerranée. Si donc nous donnons à la mer de notre quatrième étage mollassique qui précède immédiatement l’étage d’Oeningen, la même température qu’elle a maintenant sur les côtes du nord de l’Afrique ou de Madère, nous aurons la confirmation de ce qui précède relativement à là faune.
Nous voyons donc par là que la faune terrestre et la faune marine
* Le professeur Giebel (Tagesfragen aus der Naturgeschichte, p. 172) a mis en doute la valeur des Mollusques marins pour l’appréciation des climats, parce que, sous les mêmes latitudes, la température et la faune se modifient beaucoup suivant la profondeur de la zone. Mais cette objection perd sa force si l’on prend les animaux de la zone marine supérieure; or, les formes tropicales de notre mer mollassique lui appartiennent pour la plupart.
CLIMAT DU PAYS MOLLA88IQUE
s’accordent à donner à notre pays mollassique un caractère subtropical ; et ce n’est pas seulement quelques animaux et quelques plantes qui nous amènent à cette conclusion, mais une faune et une flore riches, bien développées, formant un tout complet, et dont l’existence ne peut s’expliquer que par la supposition d'un tel climat.
Ce même caractère ne se reconnaît pas seulement en Suisse, mais aussi dans la flore et la faune de toute l’Europe centrale*; leNord cependant avait un climat moins doux. Il y avait donc déjà à cette époque un abaissement de la température vers le Nord, mais certainement à un degré bien moindre qu’aujourd’hui. Nous nous en rendons compte déjà dans la flore des parties les plus septentrionales de l’Allemagne. Dans le Samland, cette vieille patrie de l’ambre, ainsi que sur les bords de la grande baie de Dantzig, on a recueilli de nombreuses plantes fossiles soit dans les lignites, soit dans les schistes formés de limon et d’argile**. Les Palmiers manquent complètement ; autant que nous pouvons le savoir, ils ne dépassèrent pas en Allemagne le 51°, 05 de lat. n. Mais, dans la baie de Dantzig, on trouve encore quelques Figuiers et quelques Lauriers, deux Cannelliers (Cinnamomum Scheuchzeri et C. lanceolatum), outre des Chênes toujours verts et des espèces d'Andromeda et de Myrica. Les Cyprès de marais étaient très-abondants (Taxodium distichum), ainsi que les Séquoia. Dans le Samland, un Peuplier (Populus Zaddachi), et un Rhamnus (R. Gaudini), sont associés aux fruits et aux semences d'une Gardénia. Aujourd’hui, Dantzig a une température moyenne de -f- 7°, 6 C. Or, si nous admettons que dans ces parages comme en Suisse la température du miocène inférieur ait été de 9° C. plus élevée que maintenant, nous aurons pour ces localités un climat d’environ -j- 17” C., qui justifie parfaitement la flore ci-dessus. Le professeur Gœppert a découvert à Schossnitz, près de Breslau, une riche flore de l'époque œningienne. Là, les formes tropicales et subtropicales manquent ;
* J'ai traite* le sujet dans mes Recherches sur le climat et la végétation du pays tertiaire. Trad. de Ch. Gaudin, p. 66 et suif.
*• Je les ai décrites dans ma Flore miocène de la Baltique. Kônigsberg, 1869.