‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 195 sur 244 · TEMPÉRATURE PE LA ZOXE ARCTIQUE · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE PE LA ZOXE ARCTIQUE

cela ne doit pas nous surprendre, car si nous calculons la température du 5"* étape de la mollasse d’après la température actuelle, nous obtenons un climat de 15° C. qui nous explique la présence de l’Ambrier, du Cyprès de marais et de quelques Chênes verts, mais qui exclut d’autre part les Palmiers, les Cannelliers, les Acacias à feuillage découpé tels que ceux qui ornaient alors les forêts de la Suisse et de l’Italie septentrionale.

La flore miocène qu’on a découverte récemment dans la zone arctique*, est beaucoup plus concluante encore pour l’hypothèse d’un abaissement de température dans le Nord. La flore fossile la plus septentrionale qui nous soit connue jusqu’ici est celle du Spitzberg. Là, les naturalistes suédois Nordenskjold et Malmgrcn ont découvert entre le 78" et 79" lat. n. plus de 100 espèces de plantes. Dans ce nombre, les Conifères domw nent. Deux espèces de Cyprès font partie des plantes les plus communes du Spitzberg, ce qui est d’autant plus remarquable qu’une de ces espèces, le Cyprès de marais (Taxodium distichum), vit maintenant encore dans le sud des Etats-Unis, et l’autre (Libocedrus Sabiniana), quoiqu’éteint. est très-analogue à une espèce qui vit aussi maintenant en Amérique. Les Abiétinées fournissaient deux espèces qui, vivent encore : le Sapin rouge (Pinus abies L.) et le Pin de montagne (Pinus montana Mil!.); ils n’ont été jusqu’ici trouvés nulle part ailleurs dans les gisements miocènes, et ils nous apprennent que le Spitzberg est probablement leur patrie d’origine ainsi que celle du Cyprès de marais. D’autres espèces de Pins et de Sapins sont éteintes, mais elles ont beaucoup de rapports avec des formes américaines. Il en est de même pour deux Séquoia dont l’un, le S. Nordenskjoldi Hr., est propre au Spitzberg et y est très-commun. Parmi les arbres feuillus, les Peupliers sont les plus abondants; deux espèces : Populus arctica et P. Richardsoni Hr., étaient répandues sur tout le pays compris entre Bellsund etKingsbai. Les Sau-

* Je les ai décrites dans mon ouvrage : Flora fossilis arctica, I vol. 1808: II vol. 1871, avec 108 planches. #

CLIMAT DU PAYS M0LLA88IQUE

les manquent presque complètement ; les Aunes et les Bouleaux sont rares aussi; un Noisetier est un peu plus commun. Deux Chênes à grandes feuilles: Quercus grœnlandica et Q. platania, ainsi qu’un Flatane, un Tilleul (Tilia Malmgreni) et un Noyer (Juglans albula Hr.) sont d’un grand intérêt. Un Nymphæa (N. arctica) et un Potamogéton (P. Nordenskjôldi) indiquent une formation d’eau douce dont les environs étaient probablement occupés par des tourbières où croissaient des Cvperus, des Carcx, des Sparganium et des Iris (I. latifolia).

Si l’on jette un coup d’œil d’ensemble sur ces plantes du Spitzberg, on reconnaît que toutes les formes des zones tropicales manquent; on n’y voit aucun arbre ni aucun arbrisseau à feuillage toujours vert. D’autre part, cette flore diffère tout à fait de la flore actuelle du Spitzberg et a le caractère de la flore des zones tempérées telle que nous l’observons maintenant dans l’Allemagne septentrionale, elle indique donc une température moyenne de -f 8° C.

La flore miocène des côtes occidentales du Groenland septentrional (70° lat. n.), qui nous est mieux connue, a un cachet un peu plus méridional. On y trouve parmi les 137 espèces découvertes : un Magnolia à feuillage persistant (M. Inglefieldi), un Châtaignier (Castanea Ungeri Hr.) ,un Salisburea et un Glyptostrobus, un Ambrier, un Diospyros et uu Sassafras. Le Séquoia Langsdorfii y est très-commun ainsi que les espèces de Peuplier que nous avons vues au Spitzberg. Les Chênes y fournissent sept espèces, les Platanes deux, les Vignes deux, dont une: la Vitis Oriki est remarquable par la grandeur de ses belles feuilles. Cette flore indique donc un climat analogue à celui dont jouissent actuellement les environs du lac Léman. Ce n’est pas seulement au Spitzberg et dans le nord du Groenland que le climat était beaucoup plus chaud ; mais encore en Islande, sur les bords du fleuve Makenzie, dans l’Amérique septentrionale (65° lat. n.) et à Alaska, comme l’atteste la flore fossile de ces contrées. Sur tous ces points, on a recueilli des restes d’arbres et d’arbrisseaux dont les espèces homologues ne se retrouvent plus sous ces latitudes, et

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