GLACIERS DE LA REU8S, DE L’AAR ET DE LA LINTH
pâté, probablement au nord du Righi. Une grande moraine centrale charria les innombrables blocs de granit du Gothard (Geissberger) ; ces blocs couvrent les terrasses au-dessus du lacd’Uri (Seelisberg et Morschach); ils ont été dispersés dans les cantons de Lucerne et d’Argovie et dans le district d’Affoltern. Les énormes masses de calcaire qui se voient au Pilate jusqu’à une très-grande hauteur, et qui à Hergottswald forment un immense rempart traversé par des torrents de montagne, proviennent d’une moraine latérale. A l’époque de son plus grand développement, ce glacier s’étendait sur la chaîne de l’Albis et allongeait ses bras à travers les gorges du Schnabel et de la Mutschelle jusque dans le bassin de la Limmat, entraînant avec lui le granit du Gothard. — Les belles moraines terminales des cantons d’Argovie et de Lucerne, dont nous avons parlé (p. 627), datent de l’époque où le glacier s’étendait jusque dans ces localités.
Entre ces glaciers de la Reuss et de l’Aar et la moraine terminale du bassin du Rhône, il y avait un îlot qui ne fut pas recouvert de glace, môme à l’époque des plus grands glaciers. Il occupait l’espace compris entre les environs de Napf jusqu’à l’Aar, autant du moins que le manque complet de traces erratiques peut permettre de le savoir.
Le glacier de la Linth recevait son affluent principal du canton de Glaris; il devait y avoir également dans la vallée du lac de Wallenstadt un glacier énorme qui se réunissait près de Weesen au glacier de la Linth, et qui, s’étendant par le Gaster et la March, arrivait dans le bassin du lac de Zurich. Il recouvrait une grande partie de ce lac d’un épais manteau de glace, et il allait, à l’époque de son plus grand développement, jusqu’au Bachtel, et de l’autre côté sur les sommets de l’Uetliberg. Sa croupe était alors sillonnée par plusieurs moraines; l’une d’elles provenait du Glürnisch, du Rauti et des montagnes qui longent la Sihl et apportait les calcaires de ces montagnes dans le canton de Zsrich, où ils forment de longues chaînes de collines sur le côté gauche du lac (par exemple à Hutten, au pied du Holie-Rhonen). Une seconde empruntait ses matériaux aux montagnes de sernifit qui dominent la vallée de Sernft ; cette moraine trans-
L’ÉPOQUE GLACIAIRE
porta des blocs sans nombre de semifit, qu’elle déposa dans les environs de Zurich. De temps à autre elle reçut des roches du Freiberg et surtout du Gantstock. Une troisième partait des Kurfirsten et du Speer, et transportait de ces montagnes, dans les parties orientales du canton (Greifensee et Grüningen), des calcaires et des blocs de nagelfluh. Ces moraines recevaient aussi les moraines du glacier des Grisons qui descendaient par la vallée du lac de Wallenstadt, et qui transportèrent les granits de Ponteljes jusque dans les environs de Zurich. Les collines semilunaires que nous avons étudiées plus haut sont comme des échelons indiquant la décroissance du glacier. Les blocs du Lagem marquent son plus grand développement ; la puissante moraine qui entoure au nord le lac de Zurich nous indique qu’à cette époque il y eut un temps d’arrêt dans le retrait du glacier, et que pendant une longue période d’années les débris s’accumulèrent en cet endroit. Or, comme les grandes moraines terminales des lacs de B&ldegg et de Sempach, de la Glatt et de Berne, ont à peu près le même alignement, elles durent probablement se produire en même temps, et représentent une longue période pendant laquelle les glaciers restèrent stationnaires. Les moraines de Itapperschwyl et de Tuggen marquent le retrait postérieur de cette mer de glace et sa fonte graduelle.
Le cinquième grand glacier est celui de la vallée du Rhin, qui recouvrait le vaste et haut pays de montagnes des Grisons. Ce glacier se partageait au Schollberg en deux bras; celui de gauche, dont nous avons parlé, formait le glacier du lac de Wallenstadt; celui de droite remplissait d’une épaisse couche de glace la vallée du Rhin, le lac de Constance et ses environs ; il allait jusqu’au Ilühgau, et laissa sur les sommités de ces collines des pierres commémoratives de sa présence. La vallée de Ponteljes fournissait les matériaux à une grande moraine dont les granits sans nombre furent déposés sur le côté gauche de la vallée ; cette moraine s’étendait au Schollberg sur une grande partie du glacier, de telle sorte que les blocs de Ponteljes furent transportés d’une part sur le gla-
GLACIEK Dü RHIN.
cier du lac de Wallenstadt, et d’autre part sur celui de la vallée du Rhin dans les localités situées plus bas.
Les débris provenant du Priittigau et du Montafun sont restés sur le côté droit de la vallée du Rhin et y ont formé une longue moraine laté- * raie. Les autres vallées des Grisons ont aussi fourni un riche contingent de matériaux qui constituent une partie importante du sol des cantons de Thurgovie et de Saint-Gall. Les nombreux galets qu’on rencontre audessous de Constance proviennent de là.
Si à une certaine époque les glaciers eurent une area aussi étendue, ils durent occuper aussi le versant sud des Alpes et descendre jusque dans le plat pays. Nous en avons une preuve dans la présence, sur le versant sud, de tous les phénomènes qu’on rencontre de ce côté-ci des Alpes. Un grand glacier partait du canton du Tessin, descendait dans les plaines de la Lombardie et remplissait le bassin du lac Majeur. Un second, venant du Splügen et de la vallée de Bergell, se réunissait aux glaciers de la Valteline et jetait un vaste pont sur les profondeurs du lac de Côme ; il poussa ses moraines terminales jusqu’aux environs de Monza. La magnifique presqu’île de Bellagio est parsemée de pierres arrachées aux Alpes. Le lac de Garde aux bords riants, où fleurissent l’oranger et le citronnier, était couvert de glace sur laquelle sans doute cheminaient de grandes masses de débris alpins qui se sont répandus dans tout le pays jusqu’à Peschiera.
Le glacier du Mont-Rose fut celui qui s’avança le plus vers le sud. En sortant de l’étroite vallée d’Aoste, il se répandit sur la plaine d’Ivrée et joncha le pays jusqu’à Caluso de débris alpins ; ils forment maintenant les chaînes de collines qui s’élèvent jusqu’à 1500 pieds au-dessus de la plaine, et reposent sur le pliocène marin.
Lorsqu’on eut trouvé la clef de ces faits jusqu’alors énigmatiques, on eut aussi l’explication de toute une série de phénomènes du même ordre. On découvrit bientôt qu’à une certaine époque du développement terrestre, non-seulement notre pays de montagne de l’Europe centrale, mais encore de vastes continents septentrionaux s’avançant jusqu’à la mer
L’ÉPOQUE GLACIAIRE
avaient été recouverts d’une épaisse croûte de glace. Il s’en détachait d’immenses blocs sans nombre qui formèrent des glaciers flottants. C’est par ces glaces que de prodigieuses masses de pierres apportées de la Scandinavie et du nord de la Rassie forent déposées dans le nord de l’Allemagne ; elles y forment maintenant çà et là des chaînes de collines qui dominent de vastes plaines sablonneuses.
L’Ecosse, de même qu’une partie de l’Angleterre, était couverte de glaciers sur l’extension desquels les géologues anglais ont fait d’importants travaux.
Nous avons parlé (p. 618) de la forêt enfouie de Cromer, sur les côtes de Norfolk, et nous avons vu qu’elle appartient probablement à la même époque que les charbons feuilletés de notre pays. Cette forêt était située sur une côte marine, car les sables fins et les masses d’argile dont elle est recouverte renferment des animaux d’eau douce et d’eau saumâtre (Cyclas, Val va ta et Mytilus). Au-dessus de cette couche se trouve un gisement qui se compose de débris non stratifiés et à arêtes, ainsi que des pierres polies et striées. On y rencontre du granit, du syénite et du porphyre qui, d’après Lyell, furent amenés de la Scandinavie par des glaçons flottants et déposés là. Le tout est recouvert de sable et de cailloux " roulés. Ce sont des dépôts glaciaires sous-marins qui atteignent parfois une hauteur de 400 pieds, d’où l’on peut conclure que le pays a dû s’affaisser de ce nombre de pieds au moins; après quoi survint un relèvement. Près de Mundeslay, on voit une vallée dont le fond consiste en un lit de cailloux roulés ; ensuite on trouve un dépôt tourbeux au-dessus duquel un lit de sable jaune a dû être déposé après l’époque glaciaire. On voit par là que sur les côtes du Norfolk, comme à Utznach et à Dürnten, une formation issue des glaciers apparaît au-dessus du dépôt renfermant l’Éléphant primitif et le Rhinocéros, mais qu’en Angleterre elle est liée à de grandes modifications de niveau. C’est aussi le cas en Écosse. D’après Lyell (Antiquity of man, p. 241), il faut distinguer troislphases de développement. Pendant l’existence de la forêt de Cromer, c’est-à-dire pendant la formation de nos charbons feuilletés, il se produisit lentement un