‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 216 sur 244 · COUP D’ŒIL RÉTROSPECTIF · texte numérisé non relu

COUP D’ŒIL RÉTROSPECTIF

et de terre et y forment de grands cônes. Par ce continuel travail de remblai, les montagnes s’abaissent graduellement. Le sol des vallées s’élève et çà et là les bassins des lacs sont comblés. C’est ainsi que la partie nord du lac de Wallenstadt sera transformée avec le temps en terre ferme. Si au début de l’époque où la Linth y arriva, on avait pris la mesure du pourtour du lac, on pourrait, en la comparant avec la partie actuellement comblée, déterminer l’époque approximative où le lac aura complètement disparu. Un delta s’est formé depuis cinquante ans, il s’agrandit sans cesse et remplit maintenant la partie nord-ouest du lac, de sorte que l’embouchure de la Linth s’avance toujours plus dans l’ancien bassin, tandis qu’il faut allonger incessamment le lit du fleuve et le creuser artificiellement.

Aujourd’hui, toutes les masses rocheuses de nos montagnes qui se désagrègent gisent dans leurs environs ; mais entraînées au loin durant l’époque diluvienne, elles couvrirent le bassin suisse dont quelques parties furent ainsi considérablement exhaussées. Si, par la pensée, nous ajoutons toutes les moraines et tous les gisements de gravier aux montagnes d’où ils proviennent, nous obtenons pour celles-ci une hauteur considérable.

On rencontre les restes de l’homme et de ses ouvrages dans la couche supérieure de la terre, dans les marais tourbeux et dans les tufs qui s’accroissent continuellement. L’homme disparaît complètement déjà dans les graviers diluviens; ces graviers gisent au-dessous du sol qui renferme les restes du peuple des habitations lacustres. Les plantes de cette époque sont encore presque identiques aux nôtres, et la faune ne compte que quelques types étrangers. Quand on fouille la mollasse qui suit immédiatement les graviers, un autre monde se dévoile au regard. De même que les glaciers et les neiges éternelles qui recouvrent la chaîne de nos Alpes d’un manteau blanc, forment pour la vie animale et végétale une profonde ligne de démarcation; de même les glaciers de la première époque diluvienne ont établi une barrière entre la flore et la faune de l’époque tertiaire et celles de l’époque diluvienne.

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