FORMATION DES CHARBONS
surprenant n’est pas difficile. La flore générale du globe se composait alors, en grande partie, de végétaux cryptogames dont les graines sont excessivement menues; elles étaient facilement transportées par le vent, et se fixaient partout où elles trouvaient des conditions favorables de vie et de développement. De nos jours on observe le même fait chez les Lichens et les Mousses, ainsi que chez les Fougères et les Prêles, qui ont encore une area très-étendue ; beaucoup se rencontrent presque sur toute la terre. Il n’est, du reste, point difficile de croire que, durant la période houillère, des graines de Cryptogames aient été portées par les vents sur toutes les parties du monde, en contribuant ainsi, par leur prodigieuse dissémination, à l’extension illimitée des forêts de cette époque, si l’on admet, avec Ehrenberg, que beaucoup de Diatomacées et d’infusoires ont été transportés par le vent, des contrées tropicales de l’Amérique jusqu’en Allemagne. Ne voit-on pas de nos jours les Champignons de la vigne (Oïdium Tuckeri) et ceux des pommes de terre (Perenospora infestans) se répandre de lieu en lieu à travers les airs dans toute l’Europe, et même jusque dans les lies de la Grèce et de l’Atlantique.
La flore cryptogamique des tourbières américaines est formée des mêmes espèces que celles d’Europe; mais la flore phanérogame de ces tourbières est toute différente, et renferme une grande variété d’espèces. La flore ligneuse des temps houillers était cryptogamique dans les deux hémisphères, et cette conformité, restreinte aujourd’hui aux petits végétaux, comprenait alors les arbres de haute venue, parce que leurs graines microscopiques étaient facilement transportées par le vent ; les Phanérogames, au contraire, avaient des graines plus grosses et plus lourdes. La naturalisation de nouveaux arbres rencontrait d’autant moins d’obstacles que le nombre des végétaux, avec lesquels ils devaient se partager le sol, était plus restreint, et que les animaux auxquels ils servaient de pâture, étaient plus rares. Ces conditions étaient aussi, à cette époque, bien plus favorables à leur extension que maintenant.
Cette uniformité dans le monde organique ne se serait cependant pas produite, si elle n’eût pas été favorisée par l’uniformité climatérique du
LK TERRAIN CARBONIFERE EN SUISSE
globe, ce qui prouve qu’alors la distribution zonaire de la chaleur n’ existait pas *.
L’époque houillère dura sans doute fort longtemps, car l’énorme extension des végétaux, et leur uniformisation universelle ont dû demander un temps incalculable. L’étude de la transformation des végétaux en houille confirmera cette hypothèse. Examinons avec attention ce curieux phénomène, afin de nous faire une idée exacte de la manière dont ce combustible, qui a pris une si grande importance dans l’économie sociale, s’est formé et s’est maintenu dans les entrailles de la terre.
Lorsqu’on se trouve en présence de l'anthracite du Valais, ou de la houille telle qu’elle nous arrive en si grande quantité de Saarbruck, ou bien encore du lignite tel que celui de Kiipfnach, de Hohe-Rhonen, de Itufi près Schannis, de Paudèze près Lausanne et d’autres localités de la Suisse, on est conduit à se poser d’abord cette question : Ces divers charbons appartiennent-ils réellement au règne végétal? En les examinant de près on acquiert la certitude qu’ils sont bien un produit du règne végétal, et il faut une inconcevable ignorance des faits scientifiques** pour soutenir que la houille provient de masses d’huiles minérales qui, tombées sur la terre, auraient formé des ruisseaux, et se seraient rassemblées dans les bas-fonds en s’y déposant par couches.
• R. I.udwig (Études géogoniques et géognostiques au sujet d'un voyage à travers la Russie et l'Oural, p. 102) a conclu de la pauvreté des houilles misses en espèces de plantes, et de la petitesse des Mollusques (Unio) que, pendant l’époque carbonifère, ces contrées devaient avoir eu un climat plus froid que l’Europe, et qu’alors, par conséquent, la division zonaire existait déjà. Les raisons qu'il donne à l'appui ne sont pas concluantes ; car jusqu’ici avec combien peu d’attention n’a-t-on pas exploité les charbons russes î et combien les localités de l’Europe ne sont-elles pas diverses au point «le vue de la richesse ! La petitesse des Unio n’est nullement une indication du climat. D’autre part, Ludwig lui-méme a rapporté de l'Oural une quantité de grands Coraux de la formation permienne, qui s'élèvent par leur présence contre l’idée d’un climat froid on même tempéré, et l’existence des mêmes espèces de Productus, S pi ri fer et Pecten sur les flancs occidentaux de l’Oural, au Spitzberg, en Saxe et en Angleterre décide en faveur d’une beaucoup plus grande uniformité de climat que de nos jours. — On peut consulter aussi: Geinitz, Dyas, II, p. 315.
•• M. G. H. Boutigny, Études sur les corps à l’état sphéroidal ; nouvelle branche de la physique. Traduct. d’Arendt.