‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 230 sur 244 · ÉROSION · texte numérisé non relu

ÉROSION

toire fut déterminée par les vallées qui doivent leur origine aux soulèvements, et nos principaux cours d’eau, le Rhône et le Rhin, ont la même direction de Coire jusqu’à Martigny. Depuis Martigny au lac de Genève des vallées transversales coupent la chaîne des montagnes , et le Rhône en les suivant s’infléchit presqu’à angle droit, et coule ensuite vers le nord-ouest. Le Rhin suit la même direction de Coire à Sargans ; mais là, au lieu de s’engager dans la grande vallée du lac de Wallenstadt, il suit la cluse du Schollberg et se dirige vers le lac de Constance. Lors même que les fleuves et les ruisseaux doivent leur direction à la stratification de nos montagnes, ils ont cependant travaillé depuis des milliers d’années à agrandir leur lit. Les Neptuniensles plus intrépides peuvent seuls soutenir que les eaux du Rhin ont elles-mêmes creusé les terribles gouffres de Roflen et de la Via Main, et que la Linth a pratiqué toute seule la fente de rocher qui va du Pantenbruck àThiervehd et se perd à des profondeurs vertigineuses. Ces rivières de montagnes suivant des fentes naturelles les ont, sans aucun doute , peu à peu élargies et approfondies. Dans le domaine mollassique, il n’en est pas de même. Il existe dans la Suisse centrale et orientale des ruisseaux et des rivières en grand nombre dont les lits forment un angle plus ou moins droit avec la chaîne des Alpes. 11 faut observer ici que la mollasse présente des couches horizontales relevées seulement sur les bords et qu’il ne s’est produit chez elles, ou du moins dans ces mêmes couches horizontales, ni montagnes ni vallées par plissement. Celles-ci ne doivent donc leur origine qu’à des érosions qui peuvent avoir commencé déjà pendant l’époque mollassique, mais dont la majeure partie s’est formée pendant le pliocène; nous voyons, en effet, dans beaucoup d’endroits, que les couches des dernières montagnes mollassiques concordent exactement des deux côtés des vallées et ont dû former une ligne continue, quoiqu’elles soient séparées maintenant par une vallée profonde. Nous avons cherché précédemment (p. 348 et suiv., p. 555) à décrire l’aspect que devait avoir le pays après l’époque mollassique. Nop y revenons pour nous rendre compte des changements considérables qu’y apporta l’époque pliocène. Il paraîtrait qu’il faut les

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

attribuer principalement au grand lac d’eau douce qui couvrait alors une partie de la Suisse orientale le long des Alpes. C’est précisément dans ces localités que la mollasse fut fortement relevée; car des montagnes assez considérables (Speer et Riglii) s’élèvent dans l’ancien lit du lac. Ces grandes masses d’eau s’écoulèrent sur les couches horizontales de la mollasse, prirent une direction presque perpendiculaire à la ligne de soulèvement, et, de concert avec les eaux qui venaient des Alpes (soulevées), occasionnèrent ces énormes érosions qui dépassent tellement tout ce que nous voyons aujourd’hui. Les gorges et les vallées qui sillonnentle pays mollassique ont toutes été creusées par les fleuves et les ruisseaux, et les chaînes de collines sont les débris de l’ancienne surface molassique. C’est de la sorte que se formèrent probablement aussi les petits bassins lacustres *. Dans le nord de la Suisse, les eaux rencontrèrent les masses jurassiques, plus dures et plus élevées; elles coulèrent à leur pied jusqu’aux endroits où elles rencontrèrent les vallées latérales qui coupent la chaîne du Jura et par lesquelles elles trouvèrent un débouché. La preuve qu’en général toutes ces transformations avaient déjà eu lieu à l’époque diluvienne ressort du fait que la distribution des glaciers, leurs moraines et leurs galets suivirent les vallées actuelles. Celles-ci existaient donc déjà à cette époque, ce que, du reste, nous avons déjà

* Le professeur Desor explique par des érosions la formation de tous les lacs du domaine mollassique. non-seulement des petits, comme ceux de Greifensee et de Pfâffikon, mais aussi des grands comme ceux de Zurich, de Constance et de Genève; il les appelle tous lacs d'érosion. Mais ces érosions ne pouvant avoir lieu que là où les eaux rencontrent de fortes pentes, il faudrait supposer que le lit d'écoulement de ces lacs a été beaucoup plus profond et qu’il fût comblé plus tard. Mais tel n'est pas le cas, du moins dans la mesure exigée par la profondeur de ces lacs. Ainsi le lac de Zurich mesure dans un endroit 200 mètres de profondeur : son lit est donc à une hauteur de 142 mètres au-dessus du niveau de la mer et à 123 mètres au-dessous du niveau du Rhin a Hàle. Entre Zurich et Bâle, le Rhin coule en plus d'un endroit sur des rochers mis à nu (par exemple à la Betznau, 323 mètres au-dessus de la mer), c’est pourquoi son lit ne pouvait avoir, du moins dans ces parages, un niveau inférieur à celui d’aujourd’hui. Ce fait rend fort improbable l'hypothèse que le lac de Zurich doit son origine à une érosion; un affaissement local serait plus probable. Le même raisonnement s’applique également au lac de Constance et à celui de Genève. Voy. p^f. Studer, De l’origine des lacs suisses. Bibl. univ. 1864.

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