‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 231 sur 244 · ÉROSION · texte numérisé non relu

ÉROSION

démontré plus haut (p. 633). Le Rhin coulait également dans son lit actuel (p. 670); mais pendant le miocène, ses eaux eurent une tout autre direction, et leur débouché par l’Alsace était barré. Les érosions de la mollasse datent donc de l’époque du soulèvement des Alpes ; et, comme ce mouvement ne s’est accompli que peu à peu, le courant des fleuves a dû augmenter aussi progressivement et leur force d’érosion devenir toujours plus grande. Les rapports de niveau de la Suisse furent complètement modifiés par ce phénomène imposant , et la distribution des eaux fut totalement changée, car elles reçurent leur impulsion et leur caractère du soulèvement des Alpes. Ceci fait comprendre pourquoi les vallées orographiques, c’est-à-dire les vallées déterminées par les soulèvements des montagnes se voient encore dans le domaine mollassique, et pourquoi les vallées et les bassins des lacs appartenant aux plaines et provenant d’érosions sont en rapport intime avec la direction des chaînes alpines. Lorsque les collines et les vallées eurent été formées, toutes les plaines de la Suisse furent jonchées de cailloux. Ce travail fut accompli par les glaciers, ainsi que nous l’avons vu plus haut (p. 626 et suiv.). Lorsqu’au commencement de l’époque diluviennne, les glaciers descendirent des Alpes dans les plaines, ils remplirent d’abord les vallées et les bassins lacustres. Ils formèrent ainsi un pont sur lequel les masses rocheuses qui en provenaient purent être transportées au loin. Si les bassins lacustres n’avaient pas été recouverts par les glaciers, les masses de gravier les auraient sans doute remplis, et nous ne trouverions pas ces débris aux alentours des lacs, mais bien dans leur lit. Plus tard, lorsque ces glaciers se furent retirés, l’eau devint limpide dans les bassins. C’est donc aux glaciers que nous devons la conservation de nos lacs qui forment un des principaux ornements de notre pays *. Les glaciers ont pris part d’une

* Ceci a été démontré par le prof. Escher de la Linth dans son traité sur les environs de Zurich pendant la dernière période du monde primitif, 1852. L'existence d’une formation diluvienne stratifiée au-dessous des blocs erratiques a suggéré à G. de Mortillet l’idée que les bassins lacustres avaient été comblés par d'anciens débris qui, plus tard, auraient été déblayés par les glaciers (Voy. Carte des anciens glaciers du versant

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

autre manière à la formation de nos lacs. Ils ont abandonné par places des moraines près du lieu d’où s’écoulent les eaux dont ils ont ainsi contribué à élever le niveau. Par exemple, la Limmat traverse une moraine près de Zurich, et l’écoulement des eaux des lacs d’Iseo et de Garde a été barré par les matériaux qu’ont charriés les anciens glaciers. Nous pouvons aussi considérer comme lacs de moraines les lacs de Sempach et de Baldegg et les petits lacs de Pusiano, d’Annone et d’Alserio dans le Brianza, car leurs débouchés sont tellement entourés de débris glaciaires, que ceux-ci sont descendus peut-être jusqu’à l’ancien lit de la rivière, qu’ils ont ainsi comblé.

Si d’une part nous sommes redevables aux glaciers de la conservation de nos lacs, d’autre part, nous leur devons, dans une certaine mesure, l’uniformité du sol de la Suisse; car ils ont comblé de nombreuses excavations par la masse de cailloux et de débris qu’ils transportaient. La fonte des glaciers dut produire des quantités énormes d’eau qui transportèrent au loin le sable et les pierres amenés par eux. Ces eaux ont contribué naturellement à élargir et à creuser le lit des rivières et des ruisseaux et elles ont pris une part essentielle à la configuration et au caractère du sol. U est très-probable que la condensation de la vapeur d’eau était alors beaucoup plus considérable qu’aujourd’hui ; il en résulterait un climat non-seulement plus froid, mais plus humide que le nôtre. C’est ainsi seulement qu’on peut comprendre la formation de si grandes

italien des Alpes, et Gastaldi et Mortillet sur la théorie de r&flouillement glaciaire), de sorte que les bassins lacustres actuels devraient leur origine aux glaciers qui auraient creusé et rendu plus profond le bassin de ces lacs. Les professeurs Ramsay et Tyndall sont allés encore plus loin, ils ont même prétendu que les vallées des Alpes seraient l'effet des glaciers déblayant leur route. Mais ces hypothèses ont contre elles l'observation que les glacière n’attaquent nullement leur sous-sol avec autant de force (voy. p. (140). Le glacier de Rosenlaüi en fournit une preuve, car l'eau qui en découle s’est creusé un lit plus profond que le sol du glacier. Quelle puissante action d’ailleurs ue faudrait-il pas attribuer à ces glaciers, puisque le lac Majeur a une profondeur de 400 mètres environ, et celui de Céme, entre Torrigia et Côme, de 409 mètres. Ce n'est donc pas sans de bonnes raisons que MM. les professeurs Studcr et Desor se sont prononcés contre cette manière de voir (De l’origine des lacs suisses. Bibl. univ. 1864).

CLIMATS

masses de glace. Sous l’influence de ces phénomènes climatériques, la désagrégation des roches a dû se produire dans une mesure beaucoup plus considérable que de nos jours ; rien ne peut mieux nous en convaincre que les énormes amas d’éboulis qui tombèrent des hauteurs et dont les plaines sont jonchées.

La congélation de l’eau était, sans aucun doute, à l’époque diluvienne, comme aujourd'hui dans nos Alpes, un des principaux agents de la désagrégation des roches. L’eau absorbée par toutes les fissures de la roche venant à se congeler, la roche se fendille ou du moins les fissures s’agrandissent: et l’effet sera d’autant plus grand que cette succession de congélation et de dégel aura lieu plus souvent. Je suis convaincu que dans nos Hautes- Alpes, comme aussi dans l’extrême Nord, ce phénomène a une action beaucoup plus prononcée que l’érosion elle-même qui ne peut pas avoir une grande influence.

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