III. CLIMAT DE DIVERS AGES DU MONDE
Les plantes et les animaux nous ont montré que le climat du monde primitif était très-différent du climat actuel et qu’il a subi de nombreuses modifications. Il fallait s’y attendre, car la constitution climatérique d'un pays ne dépend pas seulement de sa position géographique, mais aussi de son niveau au-dessus de la mer et de la distribution des eaux marines et intérieures. Lorsque ces derniers rapports se modifient, il s’opère en même temps des changements dans le climat. Si l’on veut s’en rendre compte, il faudra connaître la configuration du pays, puis examiner si les phénomènes connus suffisent à expliquer ceux du monde primitif. Cette comparaison ne saurait être, il est vrai, qu’approximative , et ne peut s’appliquer qu’aux époques relativement rapprochées, car plus nous nous enfonçons dans le passé, plus aussi la nature de ce monde primitif diffère de celle du nôtre et moins aussi les conclusions qu’on en tire peuvent-elles être affirmatives. Ainsi, en ce qui concerne toutes les anciennes périodes depuis l’époque carbonifèrefjusqu’à l’époque tertiaire, on ne peut
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guère dire autre chose si ce n’est que leurs plantes et leurs animaux se rapprochent beaucoup de ceux de nos zones chaudes et tropicales, autant du moins qu’on peut comparer les premiers aux seconds ; mais on ne saurait conclure avec certitude ni à une élévation ni à un abaissement de la température pendant cet incommensurable espace de temps. L’époque tertiaire et surtout la période miocène nous offrent des matériaux extraordinairement riches. Ces matériaux nous donnent des réponses beaucoup plus précises et plus certaines ; nous sommes entrés en de longs détails sur cette époque (p. 5C7 et suiv.). Nous avons vu que pendant le miocène inférieur, le climat de l’Europe centrale était plus chaud que le nôtre de 9° G., et celui du miocène supérieur de 7° C. Il y avait déjà à cette époque une répartition de chaleur zonaire, répartition qui avait manqué aux époques antérieures. Cette température élevée de notre pays miocène peut s’expliquer, du moins en partie, par la physionomie de l’Europe d’alors. En étudiant notre petite carte (fig. 154, p. 342) nous voyons une distribution différente de la terre ferme et des eaux. La mer orientale qui s’étendait jusqu’à notre pays avait une action d’autant plus réchauffante qu’elle était en communication avec l’Océan Indien par la mer Rouge, peut-être aussi par le golfe Persique. Il devait y avoir un courant d’eau chaude venant de cette mer tropicale, semblable à celui du Gulf-Stream dans l’Atlantique. Ce courant devait se diriger vers les mers du Nord, réchauffant à son passage le large bras de mer qui baignait le cœur de l’Europe ; il devait, par conséquent, exercer une grande influence sur la température des pays environnants. Il devait surtout élever celle de l’hiver; c’est pourquoi le climat avait probablement de l’analogie avec celui d’une lie. L'humidité du climat se trouve donc expliquée par cette situation du pays, car les mers qui l’entouraient devaient nécessairement la produire, et la terre ferme qui existait déjà devait contribuer à condenser les vapeurs de la mer et à les transformer en pluie, quoiqu’elle ne possédât pas de hautes montagnes. Le Gulf-Stream, dont les eaux prennent une température élevée dans l’Amérique tropicale, arrive sur l’ouest de l’Europe et élève de 4° C. la température de la France
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occidentale à la hauteur de la Rochelle. Si nous attribuons un effet analogue sur l’Europe centrale au Gulf-Stream indien, à l’époque miocène, c’est-à-dire une augmentation de 4° C., il reste donc 5“ C. dont nous n’avons pas encore l’explication.— Il faudrait expliquer, en outre, la haute température que nous avons reconnue (p. 588) à l’Islande, au Groenland, au Spitzberg et à l’Amérique septentrionale ; car l’influence d’un Gulf- Stream asiatique ne se serait pas fait sentir dans ces parages. Il est en général impossible de combiner une répartition de la terre ferme et des eaux qui permette de déduire un climat tel que le révèlent les êtres organisés qu’on y a découverts. Quoique la distribution de la terre ferme et des mers, différente de ce qu’elle est aujourd’hui, ait eu, sans aucun doute, une influence calorifique sur le climat miocène du centre de l’Europe, il dut néanmoins y avoir une autre source de chaleur plus générale qui a exercé son action sur tout l’hémisphère nord. Nous avons donc à voir si, dans les données d’un autre ordre, on pourrait découvrir quel a été ce producteur de chaleur pour notre pays tertiaire. Nous avons émis plus haut l’hypothèse (p. 679) qu’à cette époque tertiaire un grand continent reliait l’Europe et l’Amérique ; s’il en a réellement été ainsi, il faut en tenir compte. En effet, un continent semblable devait avoir une influence considérable sur le climat de l’Europe, mais encore insuffisante pour expliquer la différence de température que nous avons signalée plus haut. Il est vrai que l’influence refroidissante d’une mer de glace ne se serait pas fait sentir, puisque celle-ci n’aurait pu envoyer ses glaçons dans l’Océan atlantique ; mais d’autre part le pouvoir calorifique du Gulf-Stream aurait été affaibli, car celui-ci n’aurait atteint que les côtes sud-ouest de la France. 11 est donc probable que ces deux influences se seraient neutralisées, si l’Atlantis s’était étendu jusque sous la zone tropicale; il aurait dû élever la température d’été de l’hémisphère septentrional, et surtout celle de l’Islande, en abaissant au contraire la température d’hiver; mais l’hypothèse de ce continent laisse inexpliquée la température élevée du Groenland, du Spitzberg et du nord de l’Amérique. Ainsi donc l’influence de l’Atlantis sur ces contrées-là ne suffit
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à croire que la végétation forestière s’est étendue jusqu’au pôle si celui-ci était entouré de terre ferme. La différence entre la flore et la faune de cette époque et celle de nos jours doit avoir augmenté en allant de l’équateur vers les pôles.
Un abaissement de température avait déjà lieu pendant l’époque miocène (p. 532); cet abaissement continua pendant l’époque pliocène, comme cela résulte incontestablement du changement survenu dans la faune marine (p. G19). A la fin de cette époque, la température peut avoir été ce qu’elle est aujourd’hui. Pendant la période diluvienne, elle baissa de plusieurs degrés au-dessous de la température, moyenne actuelle, et se maintint ainsi durant des milliers d’années. Ce fut la première époque glaciaire. La formation des charbons feuilletés qui suivit signale une nouvelle élévation dans la température de nos contrées ; elle atteignit alors le point où elle est aujourd’hui chez nous. Dans le midi de la France et en Angleterre, elle semble avoir été un peu plus élevée ; dans le forest-bed de la côte de Norfolk, on a trouvé les mêmes espèces de plantes que dans nos charbons feuilletés, ainsi que la même espèce de Rhinocéros (Rh. etruscus), et le même Eléphant (E. antiquus); il faut ajouter à ces derniers l’Elephas meridionalis et l’Hippopotame. A côté de ces Pachydermes, on a découvert, en grande quantité, à Grays Thurrok, dans le comté d’Essex, un Bivalve, la Cyrena fluviatilis, qui ne vit plus en Europe, mais habite encore le Nil et les rivières de l’Asie Mineure. On a trouvé dans les tufs calcaires d’Aygalades, près de Marseille, les dents de l’Elephas antiquus avec des feuilles de Laurier d’Europe et des Canaries. Dans l’Ue du Spitzberg, on rencontre également des traces d’une semblable période inter-glaciaire qui était un peu plus chaude *.
A cette période succéda un nouvel accroissement des glaciers, une seconde période glaciaire. Elle fut suivie d’une nouvelle élévation de
* Voir ma Flore et ma Faune du Spitzberg (p. 8-t). Comme I on a souvent confondu les phénomènes de la période glaciaire avec ceux de l’in ter-glaciaire, il en est résulté plusieurs erreurs.
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température. Celle-ci, prise dans son ensemble, subsista jusqu’à nos jours, autant du moins qu’on peut s’en assurer en remontant dans l’histoire humaine *.
On a d’abord essayé d’expliquer ces changements frappants dans le climat par l’hypothèse d’un abaissement de la chaleur propre à la terre.
• Il est probable qu’à la première apparition de l'homme dans notre pays, le climat y était considérablement plus froid qu'aujourd’hui. Cette hypothèse repose sur l'area du Renne en Europe pendant cette époque, appelée aussi époque du Renne. On a découvert dans une station de Renne, près de Veyrier, au pied du Salève, outre des ossements, des dents et des débris de bois de Renne, les os d’une trentaine de Tetrao lagopus, des restes du Lièvre des Alpes, de la Marmotte, du Chamois, du Bouquetin, de l'Ours, du Lynx, etc. A Schussenried, près de Raveusburg, on a découvert à côté du Renne, un râtelier de Renard polaire et des Mousses de la zone boréale. Si nous nous élevons d’un échelon dans l'histoire de l’homme, nous arrivons aux habitations lacustres. Pendant la première partie de cette époque qu’on a désignée sous le nom d'Age de la pierre , le climat devait être déjà le même quaujourd’hui. Cette similitude de climat nous est démontrée par des restes de plantes bien conservés. Les habitants lacustres cultivaient plusieurs sortes de blés, par exemple l’Orge, diverses espèces de Froment, parmi lesquelles nous trouvons même le Froment d’Égypte (Tnticum turgidum), deux sortes de Millet (Panicum miliaceum et Setaria italien). Parmi les mauvaises herbes, nous voyons le Nielle (Agrostemma githago) et le Bluet (Centaurea cyanus), qui sans aucun doute habitaient les champs de Blé, tandis que le Silene cretica se mêlait au Lin. J'ai trouvé récemment plusieurs fruits de cette espèce remplis de graines bien conservées dans des bottes de tiges de Lin qui ont été enterrées dans l’habitation lacustre de Robenhausen : cette espèce de Silene ne se trouve aujourd'hui que dans les pays méditerranéens où elle est fréquente dans les champs de Lin ; elle nous indique aussi d’une part que les cultivateurs des habitations lacustre:» avaient fait venir leurs semences de Lin du midi de l’Europe, et d’autre part, qu’ayant mûri à Robenhausen, le climat de cette localité n’était pas plus froid qu’aujourd’hui. Ce fait est conlinné par la présence de plantes spontanées parmi lesquelles je citerai : l'If (Taxus), le Charme (Carpinus), le Houx (Ilex), et le Macre (Trapa). Les animaux arctiques, comme le Renne, ont disparu, et l’existence d'un gibier abondant, qui habitait alors les forêts vierges de notre pays, prouve que ce n’ést pas à l’homme qu’il faut attribuer celte disparition. Du reste, la température du pays n’était probablement pas plus élevée qu’aujourd’hui, ainsi que l’atteste la présence du Pin de montagne (Pinus montana) dont la région la plus basse dans la Suisse actuelle se trouve près de la ville de Zurich. Depuis l’époque des constructions lacustres, le climat semble en général être resté le même jusqu’à nos jours. Il est vrai que des années plus froides alternent avec des années plus chaudes ; cette alternance se voit même pour des séries d’années, qui produisirent ainsi un avancement ou une retraite des glaciers dans nos Alpes ; mais ce ne sont que des variations inconstantes, qui, selon les expériences actuelles, ne permettent pas de conclure à des modifications profondes et séculaires dans le climat deJ'Europe.
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On supposait qu’à son origine la terre présentait une masse en fusion qui se serait refroidie peu à peu dans le milieu froid qui l’environnait. 11 est très-probable que pendant l’époque de transition et la carbonifère, la chaleur propre de la terre exerça une grande influence sur le climat. Mais, depuis ce temps jusqu’à nos jours, il devrait s’être produit un abaissement lent et uniforme de température; nous n’avons cependant aucun fait qui confirme cette hypothèse, car la flore et la faune de la période jurassique et même de la période crétacée ne portent pas trace d’un semblable abaissement de température. Ce n’est qu’avec l'époque miocène que la modification s’accentue ; mais, même à cet âge géologique, la zone tempérée et plus encore la zone arctique demandèrent un tel contingent de chaleur qu’il n’était pas possible de l’emprunter à la chaleur interne de la terre, car l’époque miocène, par rapport au temps, est beaucoup plus rapprochée de nous que de la période jurassique et bien plus encore que de la période houillère. Et si, depuis l’époque miocène jusqu’à la période houillère , la température s’était élevée uniformément comme elle s’élève de l’âge actuel jusqu’au miocène, elle aurait atteint dans les premières périodes géologiques une intensité telle que toute vie organique eût été impossible. Il faut encore prendre en considération qu’entre l’époque miocène et la nôtre, il y a une période glaciaire qui nous indique que pendant cette époque intermédiaire , la température était considérablement inférieure à celle de nos jours, du moins pour l’hémisphère septentrional. Si ce phénomène avait été restreint à quelques contrées, on pourrait l’expliquer, du moins partiellement, par une distribution différente des terres et des mers, et par des changements de niveau. Il est assez probable que pendant l’époque diluvienne le nord de la liussie était situé plus bas de quelques centaines de pieds, et que, par conséquent, la mer Glaciale était en connexion avec la Baltique, circonstance qui dut abaisser la température soit de cette mer, soit des pays environnants.
Le professeur Escher de la Linth a, le premier , attiré notre attention sur une seconde cause. Chaque habitant de nos montagnes sait que le
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vent du midi, connu sous le nom de fœhn, exerce une grande influence sur la fonte des neiges. Il doit probablement son existence, du moins en partie, à des courants d'air chaud produit par les sables des déserts de l’Afrique, courants qui se dirigeraient vers le nord. — Mais à l’époque diluvienne, une partie du Sahara était submergée par la mer. comme on le voit par les animaux marins qu’on y rencontre. Ce fait devait avoir aussi une influence sur l’état climatérique de l’Europe. Charpentier et Lyell ont émis aussi l’opinion que l’envahissement de notre pays par les glaciers pouvait provenir de l’altitude plus considérable de nos montagnes et du fait qu’en général le niveau du pays entier était plus élevé qu’aujourd’hui de quelques milliers de pieds. Si toute la masse de pierres alpines qui couvre maintenant les plaines suisses pouvait être portée sur les crêtes des montagnes, celles-ci gagneraient, il est vrai, considérablement en hauteur, mais il faut se rappeler que ces masses de pierres proviennent plutôt de l’ouverture des gorges et du creusement des vallées, ce qui constitue une diminution latérale des montagnes bien plus qu’un abaissement dans leur niveau absolu. Quant à l’hypothèse d’un affaissement du pays depuis cette époque, les preuves à l’appui nous manquent. Il n’v a aucun doute qu’au niveau de la mer même la température était inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui; on en a acquis la conviction par la découverte d’espèces de la faune arctique dans les dépôts marins de cette époque, soit en Angleterre, soit en Scandinavie et même en Sicile (p. 637). Si les phénomènes se rattachant aux glaciers avaient eu notre pays seulement pour théâtre, des explications locales pourraient peut-être suffire, mais tel n’est pas le cas. De quelque manière que nous envisagions l’ensemble de ces phénomènes, nous en retrouvons les traces non-seulement en Europe, mais aussi au Caucase, à l’ Himalaya, au Liban, dans le nord de l’Amérique, et même dans la Nouvelle-Zélande. Il y a eu donc en jeu d’autres causes, et tous les phénomènes des glaciers restent une énigme pour nous, si nous cherchons à expliquer la transformation du climat par une diminution de la chaleur interne de la terre.
L’hypothèse d’un changement qui se serait produit dans le soleil lui-
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même explique avec aussi peu de succès les phénomènes en question. Cette hypothèse a été défendue récemment avec beaucoup d’habileté par M. le docteur Blandet. — Il part de la donnée, avancée par Kant et Laplace , qu’à son origine le soleil n’aurait formé avec toutes les planètes qu’une seule et immense masse gazeuse dont ces planètes se seraient successivement détachées par le mouvement même qui lui aurait été imprimé. D’après cette hypothèse, le soleil aurait eu d’abord un volume beaucoup plus grand et il se serait condensé peu à peu dans le cours des temps. A l'époque où Mercure, la planète la plus rapprochée du soleil, ne s’était pas encore séparée de la masse solaire, et où celle-ci s’étendait encore jusqu’à l’orbite de Mercure, le soleil devait exercer sur la terre une tout autre influence qu’aujourd’hui , car il occupait environ un quart de l’horizon. Comme sa masse était alors beaucoup moins condensée qu’ actuellement, une certaine partie de cette masse aurait émis moins de rayons, soit lumineux, soit calorifiques, que maintenant ; mais ces rayons étaient plus uniformément distribués sur la terre. La zone torride, dont toutes les parties reçoivent, dans une saison donnée, les rayons solaires perpendiculairement, devait avoir une plus grande extension que de nos jours. Il en résulte que la lumière et la chaleur étaient plus uniformément distribuées sur toute la terre, et que la nuit de six mois autour des pôles n’était pas possible. La masse du soleil se serait toujours plus contractée par une condensation continue et peu à peu aurait pris le volume actuel. Cette hypothèse nous expliquerait plus d’un phénomène des premiers âges géologiques, en particulier la présence, sous les latitudes élevées, de plantes arborescentes et toujours vertes; mais pour l’admettre, il faut croire qu’une contraction lente et uniformément continue se produit dans la masse du soleil et qu’il y a par conséquent un changement lent et correspondant à tous les phénomènes qui s’y rattachent. Il est bien possible que dans les premières phases géologiques le soleil fût plus grand et se composât d’une masse moins dense qu’aujourd’hui ; mais il ne faut pas perdre de vue que l’époque miocène est relativement très-rapprochée de la nôtre, si du
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moins nous apprécions cette distance d’après la mesure géologique. Il est dès lors fort peu probable que pendant cette époque le soleil ait eu une dimension telle qu’on puisse en déduire les phénomènes climatériques que nous avons exposés plus haut. Il est fort peu probable également qu’à une époque où la croûte terrestre, les plantes et les animaux qui la peuplaient avaient atteint un si haut degré de développement, le soleil se soit trouvé encore dans une phase si imparfaite. Nous avons vu de plus, que depuis la période houillère jusqu’à celle de la craie, on n’a pas pu prouver de changement climatérique ; tandis que depuis le miocène jusqu’au commencement de la période quaternaire, pendant un temps relativement court, un changement complet s’était opéré et que la température de l’époque glaciaire s’était même abaissée au-dessous du niveau actuel pour y revenir ensuite. L’hypothèse en question n’explique nullement ces phénomènes.
On croyait avoir trouvé une solution satisfaisante de l’énigme qui nous occupe par l'hypothèse d’un changement dans la position de la terre par rapport au soleil. M. James Croll, qui a traité le sujet dans une série de dissertations, s’appuie principalement sur les changements périodiques dans l’excentricité de l’orbite. Cette orbite, comme on sait, ne forme pas un cercle, mais bien une ellipse produite par l’influence attractive des grandes planètes sur le mouvement de la terre. Cette ellipse se meut dans des limites déterminées, dans un cercle embrassant des milliers d’années. De nos jours, l’orbite s’approche toujours plus de la forme circulaire, et dans 23,900 ans son excentricité atteindra son minimum, et l’orbite sa tendance maxima à la forme circulaire. A partir de ce moment, elle s’éloignera de nouveau peu à peu de cette forme. La distance moyenne de la terre au soleil est de 91,400,000 milles anglais. La plus grande excentricité va jusqu’à 1/13 de cette distance, tandis que la plus petite n’atteint que 1/360. A l’époque de la plus grande excentricité, la terre s’éloignerait du soleil d’environ 14,500,000 milles anglais de plus qu’à l’époque où l’orbite se rapproche le plus de la forme circulaire ; cette différence est actuellement de 3,000,000 de milles. Il faut tenir
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compte de ce que maintenant la terre est périhélie pendant l’hiver de l’hémisphère septentrional, tandis qu’en été elle est aphélie. Ce rapport est également soumis à un changement périodique dont le cycle embrasse 21,000 ans. Dans 10,000 ans environ, l’été de l’hémisphère septentrional coïncidera avec le temps où la terre sera périhélie, et l’hiver lorsqu’elle sera aphélie, tandis que pour l’hémisphère méridional ces rapports sont naturellement intervertis. On a donc supposé que dans les périodes où l’orbite de la terre atteignait le maximum de son excentricité et était en même temps périhélie, l’un des hémisphères avait un hiver plus court et plus chaud, et par contre un été plus long et plus froid, tandis que l’inverse avait lieu pour l’autre hémisphère, savoir : un hiver plus long et plus froid et un été plus chaud et plus court, parce que la plus grande distance du soleil devait coïncider avec l’hiver. M. Croll en conclut que pendant cet hiver long et froid il se forma une si grande quantité de glace que l’été court, quoique chaud, ne suffit pas pour la fondre entièrement, que ces glaces augmentant et s’étendant peu à peu auraient eu pour effet un abaissement de la température et que l’époque glaciaire serait le résultat de ces facteurs. Ainsi, tandis qu’un hémisphère aurait passé par une période glaciaire, l’autre, au contraire, jouissait d’un climat plus chaud et plus uniforme, d’autant plus que les courants marins qui distribuent aux latitudes élevées beaucoup de chaleur provenant de la zone torride auraient pris une autre direction par suite du changement de l’excentricité. M. Croll a déterminé l’excentricité de l’orbite pour 3,000,000 d’années en arrière, et il a trouvé ainsi trois périodes de la plus grande excentricité. La première commença il y a 2,630,000 ans et se termina il y a 2,460,000 ans. La seconde commença il y a 980,000 ans et a duré 260,000 ans; la troisième daterait d’il y a 240,000 ans et aurait pris fin il y a 80,000 ans. Pendant ces trois périodes d’excentricité la plus prononcée, l’hémisphère boréal se serait toujours trouvé dans une de ses périodes glaciaires pendant qu’il aurait eu les hivers les plus longs (à son aphélie). Durant ces périodes, l’hémisphère austral aurait joui d’un climat plus chaud. Cet état de choses aurait changé de 10,000
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en 10,000 ans. A chacun de ces changements, une période plus chaude aurait succédé à une période plus froide. D’après cette hypothèse , nous aurions dû avoir non-Beulement toute une série de périodes glaciaires interrompues par des périodes plus chaudes, mais aussi de longues périodes dans les âges les plus reculés pendant lesquelles le climat aurait été assez semblable à celui d’aujourd’hui. Nous pourrions même dire que ces périodes , prises dans leur ensemble , devraient être considérées comme normales, tandis que les autres, correspondant aux grandes excentricités, auraient formé les exceptions.
On peut objecter à toutes ces spéculations que nous ne connaissons pas suffisamment l’influence exercée sur l’intensité ou l’efficacité des ' rayons solaires par la longueur du trajet que ces rayons ont à parcourir pour parvenir à la terre. C’est à juste titre que Lyell a attiré l’attention sur le fait que, d’après les calculs de Dové, la terre est plus chaude au mois de Juin, c’est-à-dire dans la saison durant laquelle elle est le plus éloignée du soleil, qu’au mois de Décembre pendant lequel elle s’en rapproche le plus. Ce phénomène provient de la distribution des terres et des mers qui n’est pas la même pour les deux hémisphères, le boréal et l’austral ; c’est pourquoi le premier a les étés plus chauds que le dernier. Ceci prouve que la répartition des terres et des mers joue dans la question du climat un rôle bien plus important que le plus ou le moins d’excentricité de l’orbite et qu’il est impossible d’attribuer à cette excentricité une influence aussi dominante.
Les plantes et les animaux que les roches nous ont conservés ne confirment nullement la théorie de M. Croll. Ce n’est que pour la période quaternaire que nous pouvons admettre une époque glaciaire interrompue par la formation d’Utznach. Quant à ce qui concerne les âges géologiques antérieurs à cette période, nous ne possédons pas de faits suffisamment constatés pour conclure dans le sens de Croll *. Nous devons
* Croll place l'époque glaciaire quaternaire (diluvienne) entre les années 240,000 et 80,000 (avant 1800) et il suppose que la période de la plus grande excentricité, qui tombe entre les années 980,000 et 720,000, correspondrait à une époque glaciaire mio-
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donc convenir que les hypothèses que nous venons de discuter ne résolvent pas d’une manière satisfaisante la grande énigme que nous ont posée les plantes et les animaux du monde primitif. Il y a cependant dans ces diverses théories des faits qui méritent notre attention, car ils ont pu jouer un rôle, secondaire du moins, dans ces phénomènes si compliqués.
Peut-être la position de notre système planétaire dans l’espace céleste a-t-elle une valeur encore plus importante dans la question que nous agitons. Il y a dans le ciel, outre le soleil, des millions de corps célestes -
cène ; mais rien n'appuie cette hypothèse, si ce n'est, il est vrai, l’existence très-frappante de blocs étrangers à la localité qui se trouvent dans les gisements miocènes de Superga, près de Turin. Lyell penche pour le transport de ces blocs par les glaciers (Voy. Prineiples of Geology, 1, p. 307) ; ce phénomène aurait eu de l’analogie avec celui des immenses glaçons qui s'avancent de nos jours encore jusqu’à Terre-Neuve. Mais la présence de ces blocs dans les gisements de Superga est un fait tellement isolé qu’il est pour le moins hasardeux de baser sur ces blocs la théorie d’une époque glaciaire miocène, d'autant plus que les roches qui encadrent ces blocs renferment des animaux marins et des plantes terrestres qui possèdent absolument le mérne caractère subtropical que les autres dépôts miocènes. Si, à cette époque , la contrée qui nous occupe avait eu un climat plus froid, l’effet s’en serait fait sentir sur la flore et la faune, comme cela a eu lieu pour la période glaciaire quaternaire. Croll place la troisième période de grande excentricité entre les années 2,030,000 et 2,460,000, ce qui correspondrait à la partie supérieure de l’éocène. Il suppose aussi pour cette époque une période glaciaire. Il se présente, en effet, dans cette époque , un phénomène qui pourrait peut-être conlirmer cette hypothèse. Ce phénomène a été discuté p. 299. La présence dans le llysch de nombreuses localités de blocs étrangers, liée à une grande pauvreté de restes organiques est favorable à cette hypothèse, mais celle-ci ne repose pas sur des données suffisamment et scientifiquement approfondies; de plus, ces faits se prêtent à d'autres explications. Croll interprète l’absence de traces des périodes glaciaires dans les anciennes formations par des modifications du sol glaciaire dues aux érosions ; celles-ci auraient détruit l’ancien sol des continents en enlevant avec lui tous les débris des périodes glaciaires. Il est vrai, sans doute, que les érosions ont produit de grandes modifications ; mais l’importance n’en est pas telle que Croll se l’imagine. Les masses de plantes et d’animaux de tous les âges géologiques que nous ont conservées les dépôts de la terre ferme, renversent cette théorie. Les vastes gisements de houille, ainsi que les dépôts de lignite, si abondants dans tant de localités, et les innombrables formations lacustres ^d’Europe remplies de restes organiques, nous ont conservé l’ancien sol de la terre ferme. Nous y trouvons, par exemple, pour la mollasse de la Suisse, l’histoire non interrompue de la llore et de la faune de cette époque, de sorte qu’une période glaciaire ne saurait y être intercalée.
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qui envoient à la terre leurs rayons lumineux et calorifiques *. Il est donc possible que les diverses régions de l’espace incommensurable possèdent des températures différentes. C’est ce que le mathématicien Poisson a démontré en rappelant que le nombre des étoiles est si grand qu’elles forment pour ainsi dire une voûte autour de nous. Nous savons aussi que le soleil et les planètes changent continuellement de position dans l’espace et que probablement il tourne avec elles autour d’un centre d’un ordre plus élevé, c’est-à-dire autour d’une étoile fixe plus grande et infiniment plus éloignée. Si donc il est permis de supposer que l’espace céleste ne jouit pas partout de la même température, nous obtiendrons une explication fort simple des phénomènes que nous avons exposés plus haut. Si nous admettons que le soleil avec ses planètes parcourait pendant l’époque miocène une partie de l’espace plus chaude que celle dans laquelle il se meut maintenant, toutes les régions de la terre auront dû participer également à cette chaleur; la zone tempérée comme la zone froide en auront subi l’influence. La conséquence devait en être une répartition plus égale de cette chaleur. Dans cette année du système planétaire, les périodes plus froides alternaient aussi avec les périodes plus chaudes; dès lors, l’époque miocène pourrait être comparée à l’été, la période glaciaire à l’hiver et l’ftge géologique actuel au printemps. — Avec la période tertiaire commence dans la nature organique l’état actuel des choses, et ce n’est pas sans raison qu’on a appelé le commencement de cette période l’aurore de la création actuelle. — Elle s’annonce par un riche développement des arbres à feuillage (des plantes Dicotylédones en général) et des Mammifères. — Avec elle commence aussi la répartition zonaire de la chaleur et de la création organique. La terre et peut-être le système solaire en général passaient donc par une phase plus élevée de leur développement ; ses rapports de température étaient
* D'après les recherches d'Huggins, la chaleur provenant du rayonnement des étoiles fixes n’est pas nulle pour la terre ; elle peut même être mesurée. Il a obtenu sur un calorimètre construit par lui-même des preuves évidentes de la chaleur fournie par Sirius, Poilu* etArcturus.
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déterminés par sa position à l’égard du soleil et par la température de l’espace céleste, tandis que sa température durant les périodes géologiques antérieures , empruntait son caractère soit à une constitution différente du soleil, soit à la chaleur propre de la terre. Il faut tenir compte également des modifications apportées, en partie par des phénomènes cosmiques , à la répartition des terres et des mers et à celle des courants marins qui en sont la conséquence; ces derniers ont sans doute exercé de tout temps une grande influence.