II. PARTIE. LA NATURE ORGANIQUE
Tendance graduelle de la nature organique à se rapprocher de nos formes actuelles. — Perfectionnement continu dans l’organisation. — Modifications des êtres organiques selon les conditions extérieures de la vie. — Extinction et création nouvelle des espèces. — Théorie de Darwin. — Il n’y a pas une transmutation graduelle entre les espèces. — Transformation des espèces. — Epoques de création.
Le tableau que nous avons donné de la nature organique dans les
divers Ages du monde peut facilement faire naître l’idée qu’à chaque
époque géologique il y eut une création distincte et tout à fait indépendante de la précédente, soit dans la faune soit dans la flore. Cette opinion, en effet , eut force de loi pendant longtemps ; mais de nombreux et récents travaux ont démontré qu’aux limites des périodes géologiques les espèces des flores et des faunes s’enchevêtrent ; c’est pourquoi ces périodes ont un caractère assez semblable à celui de nos régions de montagne, divisions que nous adoptons lorsque nous voulons en dépeindre le caractère naturel. Ainsi la limite des arbres est désignée par la limite où les arbres s’arrêtent, quoique quelques-uns la franchissent lorsque les conditions leur sont favorables. Il en est de même pour la région des neiges qui s’annonce d’abord par de nombreux lambeaux de neige isolés avant qu’on arrive aux véritables champs de névé. Telles sont aussi nos périodes géologiques sans démarcation bien tranchée. Elles ne désignent que les principales étapes d’un développement continu dont les limites
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
sont assignées aux époques pendant lesquelles ont eu lieu les plus glandes transformations.
Les êtres organisés des différentes périodes sont intimement liés. Nous le reconnaissons aux espèces communes à deux époques consécutives, et plus encore à la série de phénomènes qui nous montrent un tout parfaitement harmonique dans toute la nature organique depuis l’origine jusqu’à nos jours. Si l’on jette un coup d’œil sur le monde organique des différentes périodes, on sera frappé de voir qu’il a continuellement marché vers l’état de choses actuel. Plus on regarde en arrière, plus on rencontre de formes spéciales et étrangères à la création actuelle. Cependant, quoiqu’il y ait dans les anciennes formations beaucoup de types étranges, ils sont tous dans de certains rapports avec nos formes vivantes. Ils sont créés d’après le même plan que les nôtres. Ainsi donc le cadre de la nature organique embrasse aussi les plantes et les animaux des anciennes périodes, et ce n’est que le penchant de l’homme pour les choses merveilleuses et anormales qui a prêté aux animaux des anciennes périodes des formes et des caractères tout à fait en dehors de la faune actuelle. Or, les plantes et les animaux les plus anciens trouvent bien réellement leur place dans les systèmes basés sur la flore et la faune de nos jours ; quelques genres remontent même jusqu’aux périodes les plus reculées. Nous avons cité un genre de Bivalves (Lingula, p. 687) qui vivait déjà dans le cambrien de la période de transition, et nous connaissons toute une série de genres de l’époque houillère et du lias, qui sont identiques à ceux de notre époque. — Comme les aérolithes sont pour ainsi dire les messagers de sphères éloignées, messagers qui nous disent que ces sphères célestes se composent des mêmes éléments que la terre, ainsi les animaux appartenant aux époques les plus anciennes sont des messagers qui nous annoncent que de leur temps les mêmes lois présidaient à leur organisation et que les anciens types étaient identiques à ceux d’aujourd’hui. Le nombre des genres communs entre la période actuelle et les périodes précédentes augmente en raison inverse de leur ancienneté ; mais leurs espèces communes ne commencent qu’avec la