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FORMATION DE LA TOURBE

bois ; on connaît des gisements qui ont 30 mètres d’épaisseur, ce qui, par conséquent, aurait exigé une hauteur dé bois superposés de 263 mètres, c’est-à-dire, une vraie montagne.

Pour un espace restreint, cette hypothèse pourrait se justifier encore ; i mais on ne peut l'admettre pour les gisements énormes qui s’étendent sur des pays entiers, et pour lesquels il eût fallu des masses de bois inimaginables. Ce qu’il y a de plus frappant encore, c’est la nature des plantes renfermées dans les charbons, et dans les roches qui les entourent. Elles nous révèlent que les tourbières ont été les ateliers où se sont formés les dépôts carbonifiés. C’est par elles que la formation de la houille nous est expliquée de la manière la plus concluante ; nous devons donc étudier ces végétaux, si nous voulons avoir des données exactes sur ce procédé grandiose, mais si simple cependant, par lequel la nature a enfoui dans le sein de la terre des provisions immenses de carbone.

Toute vie organique commence par les infiniment petits que nous ne pouvons apprécier à l’œil nu; ces petits êtres se reproduisent continuellement et en quantités énormes. Sur la terre ferme, les Lichens apparaissent d’abord ; ils recouvrent les rochers, puis les écorces d’arbres de leurs taches, et de leurs bandes colorées. Ensuite viennent les Mousses qui, délitant les roches dures, préparent le terrain à des végétaux d’un ordre plus élevé. Dans le domaine des eaux, les Algues sont la première manifestation de la vie organique. Elle commence d’une manière bien évidente, dans l’eau parfaitement pure, quand celle-ci est exposée à l’air et au soleil. En effet, elle reçoit les germes de petites plantes et d’animalcules qui ont une faculté inouïe de reproduction, et qui se comptent rapidement par myriades.

Dans les lacs et dans les fossés qui contiennent d’abord de l’eau pure, ces petits animaux ne tardent pas à apparaître, et à mourir, en laissant une substance organique qui se dépose sur le sol.

Les eaux courantes entraînent ces organismes dans les lacs ou dans les étangs, avec un terrain perméable qui, par sa nature même, n’en permet pas l’accumulation. Mais il n’en est pas ainsi dans les endroits

LE TERRAIN CARBONIFÈRE EN SUISSE

où le fond est imperméable et l'eau stagnante. Cette imperméabilité est due à la présence de petits Mollusques qui vivent dans l’eau. Les coquilles de ces animaux se brisent après leur mort, et produisent peu à peu, avec les dépôts inorganiques des eaux, un limon compacte ou ciment calcaire, qui forme sur le sol une couche gris blanc ; c’est une espèce de craie lacustre ; à Neuchâtel on l’a nommée Blanc-Fond , nom très-juste et que nous emploierons.

Dès que ces coquilles eurent produit au fond de l’eau cette couche imperméable, et qu’elles eurent, en quelque sorte, cimenté le sol, alors commença, dans les eaux stagnantes, le dépôt continu des masses organiques. Telle fut la cause première du développement d’organismes supérieurs. Aux Algues succédèrent les gazons flottants des Mousses qui occupaient l’eau par bancs considérables, et dont les capsules frugifëres pouvaient contenir plusieurs millions de graines. Elles devaient donc se propager très-rapidement et, malgré leur petitesse, former de grandes masses de matière organique.

C’est alors que se fit le travail de préparation pour les plantes phanérogames qui arrivèrent bientôt. Les Utriculaires apparaissent pourvues de bulles pleines d’eau à l’époque de la floraison ; ces bulles, se remplissant d’air, les plantes montent à la surface et y produisent leurs fleurs élégantes ; aussitôt après la floraison les bulles se remplissent de nouveau, mais de liquide, et la plante disparaît pour mûrir ses graines au fond de l’eau.

Viennent aussi les Potamogétées et les Myriophvlles qui croissent en compagnie et si abondamment ; elles plongent leurs racines dans le sol, font monter leur tige jusqu’à la surface, afin de pouvoir fleurir à l’air; une fois la fécondation opérée, elles rentrent sous l’eau, tandis que les Nyraphéacées étalent leur feuillage, et forment, avec les Lentilles d’eau, un tapis verdoyant. Les Roseaux s’avancent du bord vers le milieu, et de nombreux Carex, Prèles, Molinies, Joncs, Scirpes, Linaigrettes, forment un entrelacement inextricable de racines qui s’étendent bientôt sur tout l’étang, et en envahissent complètement la surface. Le

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