‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 27 sur 244 · FORMATION DE DA TOURBE · texte numérisé non relu

FORMATION DE DA TOURBE

développement prodigieux de ces racines dans un terrain bourbeux et marécageux est fort remarquable.

Le Itoseau pousse de longs rhizomes ramifiés latéralement, et de ses nœuds partent des faisceaux de racines. Elles fonnent, petit à petit, un épais matelas dont les fibres compactes couvrent le sol, ainsi qu’on peut le voir de nos jours encore sur le bord des ruisseaux et des rivières dont les talus sont rongés par l'eau; c’est ce que l’on remarque sur les rives de la Thiele entre les lacs de, liienne et de Neuchâtel. La Linaigrette, les Carex et les Molinies entrelacent aussi leurs prodigieux amas de racines, et fonnent un épais tapis de gazon. C’est ainsi que là où flottaient naguère quelques plantes, il s’est formé un radeau compacte sur lequel sont venues s’acclimater en foule les plantes de la tourbe ; les flaques d'eau disparaissent, la végétation a tout envahi.

Le matelas qui recouvre l’eau est fréquemment si mince, que l’homme et les grands animaux qui s’aventurent à sa surface s’embourbent, et enfoncent dans une boue noire; mais si la couche végétale est assez solide pour porter l’homme, elle balance sous ses pieds et laisse pénétrer l’eau. Dans quelques cas plus rares, ces amas de végétaux se séparent du bord, et forment des lies; on en trouve une semblable sur le petit lac de Neunform à la frontière des cantons de Zurich et Thurgovie; elle est tellement solide qu’on peut y aller récolter l’herbe; elle rappelle en petit les lies flottantes du Mexique et duThibet. La tourbe se forme incessamment par la chute des végétaux morts qui vont s’enfouir dans le limon qui les préserve du contact de l’air; ils se décomposent lentement et transforment petit à petit la boue liquide en un corps solide. La végétation s'accroît sans cesse; les Mousses de la tourbe (Sphagnum) qui se trouvent en quantité considérable, soit dans l’eau, soit .sur les racines des grands végétaux, sont ici fort utiles; elles attirent à la surface l’eau bourbeuse du fond, et entretiennent ainsi l’humidité du sol qu’alimentent en outre la rosée et la pluie.

L'épaisseur molle et humide de ces Mousses est le lieu de prédilection du Trèfle d’eau qui étale ses grappes de fleurs frangées de blanc ; il a

LE TERRAIN CARBONIFÈRE EN SUISSE

pour voisins les Oxycoccos et l’Andromède dont les fleurs rouges se détachent avec élégance sur le fond bleuâtre des Mousses. La Rosée du Soleil (Drosera) y manque rarement, et réjouit les yeux par le jeu admirable de ses couleurs variées, produites par les brillantes gouttelettes qui couronnent l’extrémité de ses poils glanduleux rouge brun.

Lorsque le terrain est devenu solide, et que la végétation flottante est suffisamment compacte, nous y voyons pousser des plantes ligneuses, annoncées par l’apparition de la Bruyère (Erica vulgaris), et du Saule rampant (Salix repens). Parmi les arbres, le Bouleau est le premier à se montrer, puis le Pin, puis de grands arbrisseaux tels que le Nerprun (Rhamnus frangula et Rb. catliarticus) et les Aunes. Çà et là un Sapin apparaît dans les Mousses, mais il n’y prospère jamais. Les Pins euxmémes n’acquièrent pas leur taille ordinaire. Lorsque les arbres atteignent une certaine grosseur et un certain poids, ils s’enfoncent et se transforment en tourltc, ainsi que nous l’avons vu pour la végétation herbacée; comme ces Pins sont facilement renversés par le vent, la tourbe, dans ses couches supérieures, est fréquemment composée de troncs de Pins et de Bouleaux, ce qui augmente la quantité de calorique qu’elle peut donner.

Les marécages desmontngnesfprèsd'Einsiedeln, par exemple, et dans les grands marais de Rothenthurm) sont envahis par le Pin de montagne (Pinus raontana uliginosa), qui forme, par endroits, des fourrés impénétrables.

Il résulte de ce qui précède que la tourbe se compose de Mousses, de racines, de débris de plantes marécageuses, de bâches et de plantes arborescentes. Les branches, les racines et les troncs restent intacts et sont encore reconnaissables dans de très-anciennes tourbes, tandis que les parties molles et herbacées se transforment en Hne espèce de bouillie. Par place, les plantes décomposées forment une substance brune et pâteuse (Dopplerit)* qui, en se desséchant, devient dure et cassante. Cette substance se présente le plus souvent en petits nids ou veines,

* Voy. Prof. Fr. J. Kaufmann sur le Dopplerit, tourbe, charbons, minéraux et substances des houillères.

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