Mollasse
Les pilotis des habitations lacustres supportant le plancher de bois sur lequel les huttes étaient construites traversent la couche de blanc-fond ; et comme les fruits carbonisés, les graines de plantes usuelles, ainsi que les os d’animaux domestiques que les habitants avaient avec eux, reposent immédiatement sur cette couche, ils sont évidemment tombés avant que la tourbe ait commencé à se former; cependant elle a envahi ces localités pendant qu’elles étaient habitées, car on trouve encore dans la tourbe même, du moins dans les couches inférieures, des débris attestant la présence de l'homme; il semblerait même que la végétation qui l’a formée incommodait les habitants de cet endroit, car on trouve à une certaine place, au milieu de la tourbière, un banc de gravier qui avait été déposé là probablement pour arrêter l’envahissement de la végétation. La formation de la tourbe fut aussi contrariée par l’inondation, comme le prouve un banc d’argile que l’on rencontre au milieu de la tourbe du côté ouest. 11 ne s’est pas formé dans cet endroit de marais élevé, quoiqu’on puisse dire, avec certitude que le développement de la tourbière a commencé depuis plus de 2,000 ans;
K« HIMATION DE LA TOl'HBK.
en effet, les habitations lacustres de Robenhausen appartiennent à l’âge de la pierre. Les armes et les ustensiles découverts dans cet endroit sont exclusivement faits de pierre, de corne, d’os et de bois. L’état parfait de conservation de ces objets, ainsi que des fruits qui ne sont pas carbonisés, des Macres (Trapa natans), des cônes de Pin et de Sapin, des Framboises et des Fraises, etc., montrent évidemment la propriété conservatrice de la tourbe; c’est là ce que prouvent aussi les fibres corticales de Lin et de Tilleul et même les feuilles de Ilétre et les fines Mousses demeurées intactes. Cette propriété de la tourbe tient surtout à la présence de l’acide ulmique qui se produit continuellement par la putréfaction des matières végétales, et qui, dans l’eau stagnante, n’étant pas entraîné par les courants peut travailler sans obstacle à la production de la tourbe.
Dans le lac de Pfiifnkon comme au Katzensce, ainsi que dans beaucoup d’autres petits lacs de la Suisse, la formation de la tourbe a commencé sous l’eau ; il a fallu des centaines, et même des milliers d’années avant qu’elle ait pris assez de consistance pour qu’une végétation forestière ait pu s’y développer. Il est arrivé parfois, comme nous allons le voir, que les forêts ont précédé l’apparition de la tourbe. Lorsque, par hasard, les eaux d’un bois sont arrêtées ou du moins contrariées, elles s’accumulent dans les bas-fonds; aussitôt commence une végétation aquatique, et plus tard apparaît la tourbe; car partout la nature travaille incessamment à transformer de hideux bourbiers en laboratoire de tourbe, et est active à enfouir en terre d’abondantes matières destinées à devenir du charbon. Les tourbières des forêts se forment; les arbres environnants, gênés dans leur croissance, meurent peu à peu, et ne sont pas remplacés par de nouvelles pousses lorsque le vent les a renversés. C’est ainsi que les anciennes forêts se transforment en tourbières où les arbres fournissent les couches inférieures. Mais là encore on retrouve les Mousses et principalement les végétaux marécageux, comme les Roseaux, qui en sont la partie la plus importante.
Si la couche de tourbe acquiert une certaine élévation, les l’ins et les
LE TERRAIN CARBONIFÈRE EN SUISSE
Bouleaux font leur apparition comme dans les marais décrits plus haut. C’est grâce à l’enfouissement des forêts qu’on retrouve dans le fond de quelques tourbières des troncs de Sapins, de Chênes et de Hêtres. Encore ici nous citerons les environs du lac de Pfàffikon.
A un quart d’heure seulement des habitations lacustres de Robenhausen se trouve le marais d’Untenvetzikon qui a été coupé par le chemin de fer depuis quelques années seulement ; au-dessous de 9 pieds de tourbe on trouva des troncs d’arbres couchés dans toutes les directions, et dont quelques-uns avaient jusqu’à 80 et 100 pieds de longueur. Là des cônes de Sapins et des Noisettes en bon état de conservation démontraient que ce terrain avait été occupé par une ancienne forêt. Il y en avait une de Sapins probablement, à Wetzikon, à l’époque où un village lacustre se trouvait établi à l’extrémité supérieure du lac. Cette localité aura été transformée en marais tourbeux soit par le débordement de l’Aa, soit par l’irruption du ruisseau le Wildbach.
Résumons les causes principales qui concourent à la formation de la tourbe. En premier lieu, l’eau stagnante qui met les végétaux à l’abri du contact de l’air, et dans laquelle la pourriture se fait très-lentement, de telle sorte que le carbone demeure en grande partie dans le sol. En second lieu, le blanc-fond joue un grand rôle en tapissant le fond des eaux d’une couche imperméable, favorisant ainsi le dépôt régulier des masses organiques. Il se rencontre dans tous les marais tourbeux, chez nous et en Amérique*, et partout il est formé des débris d’animaux aquatiques. En troisième lieu, les acides qui se dégagent par la décomposition des plantes, que les eaux stagnantes conservent; on les nomme acides ulmiques ; mais pour qu’ils puissent être efficaces, il ne faut pas
* Voir: Lesquereux, « The paleontological report of. Kentucky, » p. 508. Il appelle le blanc-fond : lhe white clay of Uw bottom , et démontre que le fond des immenses Svxtmp et de leurs tourbières est tapissé de ce même blanc-fond. 11 serait composé «le Mollusques d'eau douce, d'infusoires, de Characées et de Conferves. Ces animaux fixèrent par leurs coquilles, et leurs tissus le calcate de chaux et le quart/, si abondamment contenus dans les eaux, et qui, tombant sur le sol après leur mort, y demeurèrent sous forme de lin limon.