‹ Le monde primitif de la SuisseChapitre 30 sur 244 · TOURBE. — CHARBON FEUILLETÉ · texte numérisé non relu

TOURBE. — CHARBON FEUILLETÉ

<jue l’eau contienne beaucoup de substances minérales qui pourraient en détruire l'effet en les neutralisant. Il en est rarement ainsi, car les marais élevés ne sont alimentés que par la pluie et la rosée, et ne reçoivent par conséquent que de l’eau pure; quant aux marais bas, dans lesquels la couche végétale, composée de racines de Roseaux et de bâches, forme pour ainsi dire un filtre, il faut que les eaux, soit de source, soit fluviales, traversent premièrement cette couche avant de pénétrer jus- -qu’à la tourbe. Les matières résineuses peuvent aussi jouer un rôle, quoique secondaire, dans la conservation de la tourbe, surtout si les bois en décomposition appartiennent à des Bouleaux od à des Pins. En quatrième lieu, il faut que les marais produisent des essences de plantes propres à se transformer en tourbe, c’est-à-dire aptes, lorsque les conditions sont favorables, à absorber les matières gazeuses, à les condenser et à déposer leur carbone par leurs feuilles, leur tige et leurs racines. Ce carbone communique à la tourbe sa force calorique.

Ces conditions indispensables à la formation de la tourbe ont agi de tout temps, et, de nos jours, il s’en forme peu à peu comme dans les siècles passés; seulement dans les tourbières primitives il s’est opéré de grandes transformations, et l’aspect du dépôt a complètement changé.

A un quart d’heure à peine des marais où se trouvaient les habitations lacustres de Wetzikon, il y a un banc de cailloux roulés et d’argile de 10 à 12 pieds d’épaisseur; au-dessous s’étend une ancienne tourbière qui mesure à un endroit 5 pieds de profondeur. A Dumten, à une heure de Wetzikon, sous 30 pieds environ de cailloux roulés et de sable, on rencontre un gisement semblable qui a par place une épaisseur de 12 pieds. A Utznach, on exploite depuis un certain nombre d’années une tourbière plus étendue encore. Cette tourbe, connue sous le nom de charbon feuilleté, est très-einployée chez nous comme combustible.

La transformation de la tourbe en charbon feuilleté est facile à expliquer. Lorsqu’on a examiné les gisements de charbon de Durnten, il saute aux yeux qu’ils ne font nullement partie d’une masse homogène.

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Le fond se compose d’une argile d’un gris blanc, dans laquelle on reconnaît les coquilles de nombreux Mollusques (Anodonta, Valvata obtusa, V. depressa et Pisidium obliquuin); elle remplace ici la couche de blancfond des marais.

A sou plus grand développement, le gisement de charbon est divisé en six filons séparés par une. matière terreuse, et de teinte foncée. Cette matière, qui n’est d’aucun usage comme combustible, prend à l'air une couleur grisâtre qui lui a valu le nom d 'unjmt que lui donnent les ouvriers. Les couches intermédiaires seules sont exploitées.

Dans la couche inférieure, on trouve beaucoup de morceaux de bois et de cônes de Sapin qui manquent ici comme à Utznaeh dans les couches supérieures ; celles-ci sont occupées par des bancs de Mousses comprimées en une masse compacte, et mélangées de Roseaux et de racines. Les Roseaux gisent à la base de cette couche ; viennent ensuite des troncs d'arbres placés dans toutes les directions. On distingue encore les racines, l’écorce et le corps ligneux; il est rare d’en trouver d’une grosseur un peu considérable, et il est tellement aplati que le petit diamètre est au grand comme 1 est à 4 ou à 8 (fig. 17).

1*. Les cercles annuels sont assez sou-

vent visibles, et il est des troncs où l’on peut en compter jusqu'à cent.

Par suite; de la pression, ils sont souvent curieusement tourmentés ou fondus ensemble. Ces troncs sont, comme dans la tourbe, entourés d’une masse d’un brun noir; elle provient sans doute de l'organisme putréfié des plantes herbacées, et formait à l'origine une substance pâteuse.

Cette même disposition se retrouve dans chaque couche ; mais dans les couches supérieures les troncs d'arbres sont plus rares, les Mousses et les Roseaux dominent.

Cette succession rappelle celle des tourbières, et l’analogie est coin-

Coupe d’un morceau de charbon feuilleté do Damien. Très-réduit.

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