MOLLUSQUES DE SC'HAMBELEN
ment pas le lieu de prédilection des Mollusques ; peut-être l’eau en étaitelle trop bourbeuse et trop saumâtre. Les espèces les plus remarquables appartiennent aux Ammonites, parmi lesquelles les plus fréquentes sont l’Ammouites longepontinus Fr. et l’A. planorbis Sow. ; celle-ci, petite et plate, a l’apparence d’une Planorbe (tig. 80); celle-là au contraire atteignait une taille remarquable. La fig. 35 représente un individu dont le diamètre est de près de 4 pouces; on en a trouvé des exemplaires de plus de 1 pied.
La plupart des coquilles bien conservées sont parcourues par des côtes transversales qui s’aplanissent et disparaissent sur la face dorsale, tandis que ces côtes sont accentuées jusqu’au dos chez une espèce parente, l’A. angulatus Sch. qui se trouve, quoique rarement, à Schambelen. Le dernier tour de spire est lisse chez les grands sujets des deux espèces ci-dessus.
Fig. 35. Fig. 30. Fig. 37.
Fig. 3G.
Fig. 33. Ammonites longepontinus Fr. — Fig. 30 Ammonites planorbis. — Fig. 37. Lima gigantea.
De fines découpures ornent la coquille do beaucoup d’espèces (fig. 35 b); elles proviennent du point de suture de la cloison avec la coquille, et, ainsi que nous l’avons dit (page 55), caractérisent les Ammonites proprement dites.
LE LIAS EN SUISSE
L’ouverture de la coquille de plusieurs Ammonites était fermée par un opercule (Aptychus) (fig. 30 c, de l’Ammonites planorbis). Il consiste chez cette espèce en une plaque, et chez les autres en deux.
Schambelen fournit en quantité considérable de petites écailles noires et striées qui ont la même forme que ces opercules; j’en ai rencontré aussi dans le lias de Lyme en Angleterre ; ce sont les opercules de jeunes animaux.
Fig. 35 b. Fig. 13. Fig. 41.
Fig. 3$. Fig. 39. Fig. 40. Fig. 11. Fig. 12.
Fig. 35 b. Ammonites longepontinua Fr. — Fi:. 3S. Lucina problematica Ter g. — Fig. 39. Inoceramus Weissmanni Opp. — Fig. 10. Pecten disparilis Quenst. — Fig. 11. Rhynchonella costellata Fiel. — Fig. 12. Lima pectinoides (><■ — Fig. 13. Cardinia Heeril K. Mayer. — Fig. il. Rissoaliasi-
na Dunk. grossi.
Outre ces Ammonites, on trouve à Schambelen un très-petit Mollusque marin : le Rissoa liasina Dunk. (fig. 44), remarquable par sa coquille munie de côtes ou cancellée.
Le Mollusque le plus commun à Schambelen est la petite Lime sillonnée : Lima pectinoides (fig. 42), très-abondante surtout dans les couches dures intermédiaires; la Lima gigantea (fig. 37) n’est pas rare non plus, surtout dans la couche 19* où, jusqu’ici, on n’avait trouvé que la Modiola psiionoti Quenst.
La plupart des couches fournissent des Cypricardiens à coquille mince : Cypricardia cuneolus May. et la C. minuta May., Lucinia problematica Terq. (fig. 38); la Cardinia Heerii May. (fig. 43) à coquille très-fine; ces formes de Mollusques rappellent celles qui vivent actuellement dans nos eaux douces : Union et Cyclas.
MOLLUSQUES DE 8CHAMBELEN.
Les Peignes ne sont représentés que par des espèces petites et rares (PectensepultusQuenst., P. redemptus May. Quenst. Jura, PI. V, fig. 14, n° 10, et P. disparilis Quenst. var. ? fig. 40), qui se font remarquer par leurs coquilles plates et auriculées à la base. Les Peignes nagent par un mouvement de va-et-vient de leurs valves ; ils ont été justement appelés Papillons de mer, et avec d’autant plus de raison que souvent leurs coquilles sont ornées de couleurs variées.
Pendant que ces Peignes parcouraient en tous sens les eaux de Schambelen, les Inocérames sédentaires restaient fixés au sol bourbeux. Une espèce, rinoceramus Weissmanni Oppel (fig. 39), apparaît dans la plupart des couches; en revanche, les Térébratules sont confinées dans les couches inférieures. La Térébratule (Rhynchonclla costellata Piette, fig. 41) est un type d’animal qui a joué un grand rôle parmi les Mollusques du monde primitif, et que nous devons étudier avec attention.
Les Térébratules appartiennent à la classe des Brachiopodes, qui est caractérisée par deux longs bras ciliés, le plus souvent enroulés en spirale, et supportés par un squelette calcaire. Les deux valves inégales ont une charnière à dents, et se joignent exactement. Elles ne peuvent s’ouvrir que très-imparfaitement, car elles ne jwssèdent pas le ligament des autres Bivalves.
Après leur mort, elles demeurent fréquemment fermées, c’est pourquoi, à l’état fossile, on les trouve presque toujours complètes. Chez les Térébratules et les Rhynchonelles, la grande valve ou valve ventrale est pourvue, à son extrémité, d’un crochet saillant muni d’un trou rond au travers duquel passent les organes qui servent à l’animal à se fixer; on n’en connaît que peu d’espèces vivantes, tandis que plusieurs localités des mers du monde primitif en étaient remplies. L’espèce de Schambelen avait des valves à sillons profonds, et appartient au groupe des Rhynchonellides.
c. ARTICULÉS.
Les Articulés sont représentés par cinq Ecrevisses et un Gammarus.
IÆ LIAS EN SUISSE
Les Écrevisses appartiennent à 3 genres dont l’un, l’Éryon, apparaît avec le trias, se trouve très-répandu dans les terrains liasique et jurassique et disparaît avec la craie. Le second : Glyphea, apparaît pour la première fois à Schambelcn ; il fournit de nombreuses espèces au jura moyen et supérieur, après quoi il s’éteint.
Notre anse marine est aussi la première à donner le 3' genre Penæus, qui a persisté jusqu’à nos jours.
Ces 3 genres sont importants et forment 3 types principaux du lias et de la mer jurassique. Pour le port, les Glyphea peuvent être comparés à nos Écrevisses, mais leurs pattes sont dépourvues de pinces et se terminent seulement par un ongle (PI. VI, fig. 2 b). Us possèdent des antennes assez longues et très-finement articulées. Le thorax est grand et terminé en avant par un éperon; il est divisé dans sa largeur par une rainure transversale. La partie antérieure est parcourue par cinq larges sillons; la postérieure est divisée, à son tour, dans sa longueur, en deux parties égales qui sont rayées d’avant en arrière de deux sillons obliques. L’abdomen est formé de segments unis et brillants, dont le dernier, qui est grand et ovale, i>orte les nageoires caudales. L’espèce la plus commune à Schambelen, le Glyphea Heerii Oppel (PI. VI, fig, 1) a la grosseur de notre Écrevisse des ruisseaux ; son céphalothorax est fortement ponctué, tandis (pie chez une seconde espèce beaucoup plus rare, le Glyphea major Opp. il n’est pas ponctué, mais garni de tubercules latéraux.
Dans le genre Éryon, les pattes antérieures sont pourvues de pinces (fig. 47); les antennes sont courtes, le céphalothorax est grand et largement échancré à sa partie antérieure; l’abdomen court est muni de grandes nageoires caudales. La fig. 47 représente une belle espèce de Schambelen, l’Eryon Escheri Opp., remarquable par ses mains déliées et à pinces arquées, par la granulation qui recouvre complètement le céphalothorax, et par les verrues presque spiniformes dont est orné chaque segment de l’abdomen.
Le genre Penæus a une tout autre apparence ; il appartient au groupe des Palæmon.
CRUSTACÉS UE SCHAMBELEN.
Fig. 45. Fig. 4 G. Fig. 17.
Fig. 45. Penæus liasicus Opp.; a. de dessus; b, de côté; c. replié sur lui-même. —
Fig. 46. Opsipedon gracilis Ilr. ; a. grossi 3 fois ; b. les pinces fortement grossies.
— Fig. 47. Eryon Eacheri Opp.
Le Penæus liasicus rappelle une espèce de Palæmon ou Squillc (Palæmon squilla L.) qui vit encore, et dont on fait une grande consommation sur les côtes de la mer. Le Penæus sulcatus 01. sp., s'en rapproche plus encore, mais il est beaucoup plus gros. La Méditerranée en fournit en abondance. L’espèce de Scharabelen, d’un brun brillant, est luisante; on en trouve presque toujours plusieurs ensemble dans le même bloc ; d’où l’on peut conclure que ces Palémon vivaient en société. — Ils sont fortement repliés sur eux-mêmes, et forment souvent comme un anneau (fig. 45 c). Iæ céphalothorax se prolonge en avant par un éperon uni ; vu en dessus, il paraît très-large (fig. 45 a); les bords en sont arrondis. Les Palémon et les Glyphées sont les Crustacés les plus répandus à Schambelen ; j’en ai recueilli de nombreux exemplaires.
Une petite espèce d’Amphipode d'un brun argenté, l’Opsipedon gracilis Hr. (fig. 46, grossi 3 fois) est au contraire très-rare ; son abdomen aplati est fortement articulé, et les segments sont garnis d’appendices en forme de pointes. La dernière paire de pattes paraît avoir joué le rôle de pince*.
* Les jambes qu’on a recueillies sont brisées; deux petits morceaux de pattes four-
LE LIAS EN SUISSE
d. POISSONS MA II INS.
Les écailles de Poissons sont assez communes et éparpillées dans les différentes couches de Schambelen ; mais on trouve très-rarement des Poissons entiers comme celui que représente la fig. 50. On en a découvert 1 1 espèces à Schambelen ; ils appartiennent à deux familles : les Squales et les Ganoïdes.
Fig. 51. Fig. 18. Fig. 51
Fig. 49 Fig. 50. Fig. 52. Fig. 53.
Fig. 1&. Acrodus minimus Ag. — Fig. 19. Hybodus reticulatus Ag. — Fig.
50. Pholidophorus Renggeri Ur. — Fig. 51. Écailles de Semionotus. —
Fig. 52, 53. Écailles de Ptycholepis ? 52. partie supérieure de la même faiblement
grossie; 53. deux des dites écailles gr. nat. mal conservées. — Fig. 54. Dent de Saurien.
Les Squales sont représentés par deux genres : Hybodus et Acrodus ; mais jusqu’ici on n’en a recueilli que les dents : (fig. 48) Acrodus minimus Ag., (fig. 49) Hybodus reticulatus Ag. Chez l’Acrodus, la surface de la dent est armée de rides transversales, tranchantes, et partant toutes d’une saillie longitudinale très-tranchante. Les rides centrales sont bifurquées à leur base, et se relèvent faiblement pour former une
chues (fig. -46 a) ù coté du thorax, appartiennent aux pattes thoraciques (3m* paire), mais le corps ovale que l’on voit plus haut, provient de la pince antérieure. Une pince semblable, très-grossic (fig. -46b), s'est rencontrée près d'un petit exemplaire. Les segments thoraciques sont très-écrusés, mais plus gros que les segments abdominaux qui sont finement pointillés. Cet individu appartient certainement à la classe des Amphipodes, mais il constitue un genre éteint. La plupart des Amphipodes ne se tiennent près du rivage qu’à marée basse, afin d’y surprendre dans le sable les Vers marins avec lesquels ils sont en guerre ouverte.
POISSONS MARINS DK SCHAMBELEN.
proéminence médiane. D’après Agassiz, ces dents auraient appartenu à un grand Poisson proche parent d’un Squale très-rare de la Nouvelle- Hollande, le Cestracion Philippii Lep.
L’Hybodus avait des dents très-tranchantes ; elles étaient caractérisées par la présence d’un cône médian trois fois plus élevé que d'autres cônes secondaires, arrondis, qui flanquent le premier. Ces cônes sont solidement reliés à leur base, et parcourus jusqu’à leur sommet par des stries longitudinales.
« Ce Poisson, dit Agassiz, devait avoir de 6 à 7 pieds de long, et une
< grande bouche fortement armée de dents telles qu’elles sont décrites
< ci-dessus. > Carnassier et chasseur, sans aucun doute, comme l’Acrodus, il était la terreur des petites espèces sans défense qui peuplaient la baie de Schambelen.
Ces petites espèces appartenaient aux Ganoïdes, remarquables par leurs écailles d’un noir brillant et comme émaillé. Le genre le plus important était le Pholidophorus, répandu alors dans toutes les mers. Ce sont de petits Poissons fusiformes, de l’apparence du Hareng, munis d’une épine dorsale formée de vertèbres rondes, sans crêtes, avec de petites nageoires et la queue bifurquée en deux lobes égaux. Nous en avons reçu cinq espèces de Schambelen, dont une, le Pholidophorus Iienggeri Hr., est représentée par la lig. 50; on voit qu’à partir de la tête, le corps s’élargit d’une manière importante ; les deux nageoires pectorales sont placées immédiatement après la tête, la nageoire dorsale occupe sur le dos le centre de l’espace compris entre la nageoire ventrale et l’anale. Les écailles, d’un noir brillant, sont plus allongées sur les côtés de la partie antérieure du corps qu’à la partie postérieure; celles du ventre sont plus petites, mais elles sont rangées avec plus d’ordre.
Une seconde espèce : Pholidophorus helveticus Hr. habitait aussi la mer de Schambelen ; c’est le Poisson le plus commun de la localité, il était aussi couvert d’écailles rhomhoïdales et brillantes, qui devenaient petites et irrégulières à la partie ventrale et à la queue. Le corps n’est
LE LIAS EN SUISSE
Fig. 54 B.
Fig. 54 B. n. Pholidophorus helveticus Hr. ; — b Pholidophorus lacer*
toides Hr.
lias renflé clans son milieu, et la ligne ventrale n’est pas plus bombée que la ligne dorsale; la nageoire dorsale est opposée à la ventrale.
Comme on le voit, les spécimens du genre Pholidophorus nous sont parvenus presque complets; jusqu’ici, en revanche, deux autres genres n’ont fourni que des écailles. La fig. 51 en représente ayant probablement appartenu au genre Semionotus, et les fig. 53 et 52 (un peu grossies) au genre Ptycholepis. Ces dernières sont assez communes à Schambclen, et se font remarquer par les verrues allongées, d’un brun d’argent brillant et comme émaillées, qui recouvrent leur partie supérieure. Elles révèlent un type de Poissons éteint, comme du reste tous ceux de Schambelen et du lias en général, qui n’existaient déjà plus avant le commencement de l’époque tertiaire; cependant les Pholidophorus ont le même port que les Poissons vivants.
e. AMPHIBIES.
Cette grande classe de Vertébrés n’est représentée à Schambelen que par une espèce, et encore n’a-t-on trouvé qu’une dent ayant probablement appartenu à un Ichthyosaurc. Ressemblant à un fuseau , elle est
FLORE DE 8CHAMBELEN.
recouverte d’un émail brillant et garnie, dans son milieu, de petits sillons irréguliers.