IV. ANIMAUX TERRESTRES
Ce sont seulement des Insectes, mais en grand nombre; nous en avons recueilli environ 2000 échantillons provenant de Schambelen et représentant 143 espèces. Us appartiennent aux plus anciens Insectes de notre pays, et présentent par conséquent un grand intérêt. A la vérité, cette classe d’animaux avait déjà fait son apparition à l’époque carbonifère, ainsi que nous l’avons vu p. 21 , mais jusqu’à présent cette formation n’a fourid chez nous qu’une espèce, et fort peu ailleurs. Jusqu'ici le trias n’eu a donné que deux espèces : le Glaphyroptera Pterophylli Hr. et le Cureulionites prodromus Hr., qui ont été découverts dans le keuiær de Yadutz. Dans le grès bigarré deTrebitz et de Salzmunde on en trouve encore trois (Legnophora Girardi, Chauliodites Picteti et Ch. Zinckeni). Dès qu’on arrive au lias, cette classe devient riche en espèces, et se fait remarquer par la grande diversité des formes ; elle renferme des genres nombreux et tout à fait semblables aux nôtres. Schambelen est, à notre connaissance, le
LE LIAS EN SUISSE
seul endroit du continent qui nous ait transmis autant d’insectes primitifs. En Angleterre le lias inférieur a donné jusqu’ici 56 espèces.
A Schambelen, les Insectes sont beaucoup mieux conservés et plus variés, ce qui fait de cette localité le gisement le plus important pour les Insectes basiques.
Les espèces retrouvées jusqu'à présent se partagent de la manière suivante, d’après la classification admise :
Orthoptères . . . .
espèces.
Nevroptères . . . .
Coléoptères ....
Hyménoptères . . .
Hémiptères . . . .
On doit observer que les Lépidoptères et les Diptères manquent complètement, et que les Hyménoptères ne sont représentés que par une seule espèce à petites ailes. Les Coléoptères forment la majorité des espèces et des individus.
On peut expliquer en partie cette prédominance par la dureté des élytres de ces animaux, qui leur a permis de se conserver bien mieux que les ailes délicates de la plupart des autres Insectes; en effet, pour le plus grand nombre des Coléoptères, les élytres seuls nous sont parvenus et non pas les ailes. Cependant, comme nous retrouvons dans un parfait état les jolies ailes membraneuses des Termites , même avec leurs taches noires, on ne peut douter que, s’il y avait eu dans notre lie liasiquc autant de Diptères et de Papillons que d’autres Insectes , ces première seraient aussi tombés dans l’eau et nous auraient été conservés.
Examinons maintenant de plus près ces Insectes.
fl. OBTHOPTKUES.
Trois espèces appartiennent aux Blattes, trois aux Sauterelles, et une aux Forficules.
Les Blattes sont très-semblables à celles des houillères, et forment un
INSECTES DE SCHAMBELEN.
genre, Blattina, qui se distingue des Blattes de nos jours par les nervures longitudinales rejoignant, dans le champ anal, la nervure suturale. Une espèce de Schambelen, Bl. formosa Hr. (PI. VU, fig. 1, fig. 1 b, aile grossie) est presque de la grosseur de la Blatte conunune (Blatta orientalis L.), qu’on rencontre en si grand nombre dans quelques maisons. Les deux autres espèces, Bl. angustata lîr. , et Bl. media sont beaucoup plus petites.
Ces Blattes, nous l’avons dit, apparurent déjà à l’époque carbonifère, et eurent alors une aire plus étendue qu’aucun autre Insecte (on en a trouvé à Erbignon, à Vettin en Prusse, à Manuebach en Thuringe, à Saarbruck et dans les charbons de l’Arkansas, en Amérique); leur nombre était aussi prédominant ; on peut donc les considérer comme les patriarches du momie entomologique.
Au point de vue de ces Insectes primitifs, le mode de vivre de ceux de notre époque offre un grand intérêt, car, en étudiant les caractères de nos Blattes, nous pourrons soulever un coin du voile qui nous cache les lois du monde primitif.
Les œufs des Blattes sont enfermés dans des capsules à loges relativement très-grosses, et ressemblant à de petites boites; la mère les porte pendant quelque temps avec elle, ou les dépose en les protégeant par une enveloppe. Les œufs sont donc parfaitement à l’abri et attendent leur éclosion pendant toute une année. Les jeunes sont extraordinairement agiles et vivent pendant quelque temps en communauté. Ils se développent très-lentement , et notre Blatte domestique n’acquiert sou développement complet qu’au bout de 5 ans ; elle atteint donc un âge avancé pour un Insecte *.
La Blatte a la vie dure, et s’accommode bien de la vapeur sulfureuse; ces particularités nous expliquent comment elle a pu vivre à l’époque houillère, pendant laquelle l’air renfermait une quantité très-considé-
* Cet animal semble pouvoir vivre plusieurs armées à l'état adulte, j’ai du moins conservé pendant 3 ans, dans cet état, la Blatte américaine (Periplaneta americana) en la nourrissant avec du pain humecté.
LE LIAS EN SUISSE
râble de gaz acide carbonique. C’est un animal nocturne qui fuit la lumière, et ne sort pas de son trou avant la nuit. Elle cherche alors sa nourriture qui se compose de substances végétales, pain, farine, pommes de terre, légumes, etc. ; au moindre bruit elle rentre dans son gîte avec une grande rapidité.
Nous avons vu que la plupart des Insectes de l'époque carbonifère (Illattes, Termites) sont nocturnes ; on peut en dire autant de la plupart des plantes de cette période (Fougères et Lvcopodiacées), qui se plaisent dans les sombres profondeurs des forêts et nous rappellent ainsi l’obscurité brumeuse qui couvrait alors la terre.
Les Blattes ont drt trouver dans les Cycadées de notre lie basique une nourriture appropriée à leurs besoins, car les troncs pourris de ces arbres leur offraient sans doute la même matière farineuse que possèdent les Cycadées actuelles.
Résumant ce qui a été dit plus haut, nous voyons que :
1“ Chez ces animaux les œufs sont mieux protégés que chez ceux de la plupart des Insectes ; cette protection qui leur était peut-être nécessaire à cause du caractère orageux de cette époque du monde, leur est demeurée particulière jusqu’à nos jours ; elle a son importance géologique ;
2“ Qu’ils se distinguent par leur longévité et l’innocuité de certains gaz sur leur organisme ;
3° Qu’ils sont nocturnes;
4“ Qu'ils ne s’adressent pas seulement pour leur nourriture à une plante spéciale, mais qu’ils sont omnivores ;
5" Qu’ils appartiennent encore aujourd’hui pour la plupart aux zones chaudes; que notre Blatte domestique provient de l’Orient, étabbt sa demeure dans les endroits les plus chauds de nos maisons (dans les cuisines et les fours), et ne se risque à l’extérieur que pendant les étés les plus ardents.
Les trois espèces de Sauterelles de Schambelen, la Gomphocerites Bucklandi (PI. VII, fig. 2et3), l’Acridiites deperditus Hr. (PI. VU, fig. 4), etl’A. liasinus Hr., ne sont représentées que par des jambes postérieures
INSECTES DE SCHAMBELEN.
et des débris d’ailes qui suffisent cependant pour prouver qu’ils ont appartenu à des Acridites. Les nervures des ailes supérieures et inférieures sont semblables à celles d’espèces vivantes; d’où l’on peut conclure à l’analogie de l’espèce même.
Le Forficule de Schambelen s’écarte complètement des formes existantes, et constitue un genre éteint sous le nom de Baseopsis forficulina Hr. (PI. MI, fig. 5).
Les caractères communs de ce fossile avec nos Forficules sont : la forme des ailes supérieures, leur courbure et leur bord postérieur arrondi, les bords latéraux échancrés et le plissement des ailes inférieures dépassant les supérieures, ainsi que les sections de l’abdomen; mais le Forficule liasiquc diffère du nôtre par la forme du thorax, et encore plus par celle de la tête; les yeux sont placés à la base île cet organe qui en est la partie la plus large; de là, elle se rétrécit jusqu’à la partie antérieure qui est pourvue d’une lèvre courte et large. Il n’est pas possible de dire si les pinces, qui terminent d’ordinaire l’abdomen des Forficules, ont disparu , ou si cet animal n’en possédait pas. Le thorax et la forme de la tête rappellent beaucoup plus les Anthophages (Coléoptères) que les Forficules. Cet animal semble donc former une transition remarquable entre les Orthoptères et les Coléoptères, transition qui manque dans les faunes actuelles.
b. NÉVBOPTKBES.
Les Termites ou Fourmis blanches sont la ten eur des pays chauds ; ils vivent en communautés distinctes de plusieurs milliers d’individus. Ces républiques se composent de larves, de jeunes et d’individus neutres, ces derniers se distinguent par les fortes mandibules dont leur tête est armée ; on les appelle aussi soldats. Les jeunes et les larves courent gaiement autour d’eux, et se transforment dans la suite en insectes ailés et portant un sexe. Vers la fin de l’été, ils sortent en essaims pressés et c’est pendant les chaleurs qu’a lieu l’accouplement ; les mâles meurent, mais quelques femelles sont ramenées dans la demeure commune, où elles
LE LIAS EN SUISSE
prennent l’apparence de poches informes qui, dans quelques espèces, renferment jusqu’à 80,000 œufs. Leur genre de vie est très-conforme à celui des Blattes ; comme elles , ils sortent la nuit, ne t ravaillent que dans l’obscurité, sont omnivores et se nourrissent de n’importe quel végétal. Ils rappellent les Blattes par la conformation de leur corps, et n’ont rien de commun avec les Fourmis. Les organes buccaux sont en tout semblables aux mêmes organes de ces Orthoptères ; leurs ailes placées de la même manière au-dessus de l'abdomen présentent les mêmes nervures principales. Les jambes sont disposées pour la course, l’abdomen est plat, mou et muni également, à son extrémité, de deux appendices.
Ainsi que les Blattes, les Termites apparaissent déjà à l’époque carbonifère; et, détail curieux, les ailes de plusieurs Blattes de cette époque sont munies d’un réseau de nervures secondaires, identiques à celui des Termites de ces âges reculés, tandis que les ailes des Blattes du lias en sont dépourvues.
Il ressort de ce qui précède que ces deux types, représentant les Insectes les plus anciens, auraient beaucoup de rapports entre eux, et que ces deux formes primitives des Orthoptères et des Névroptères avaient à cette époque bien plus de points de contact que de nos jours.
Nous avons découvert à Schambelen fi espèces de Termites. La disposition des nervures alaires offre une grande analogie avec celle de nos espèces actuelles: mais plusieurs notables différences peuvent faire considérer deux des genres anciens comme éteints. Chez l’un d'eux, le Clathrotermes signatus Hr. (PI. VII, fig. 8), le bord de l’aile est muni de fines nervures transversales, et divisé en cellules quadrangulaires ; l'aile est tachetée de noir. Chez l'autre, le Calotermes, les cellules quadrangulaires manquent ; mais les ailes sont tachetées de la même manière chez une espèce, le C. maculatus Hr. (PI. VU, fig. 7), où le bord est simplement coloré en noir comme chez le C. plagiatus Hr. (PI. VII, fig. 6).
Ces taches et ces traits foncés sont une particularité des Termites du
INSECTES DE 8CHAMBELEN.
lias, car toutes les espèces vivantes ont des ailes incolores ; ces taches ne sont pas d’ailleurs accidentelles, puisqu’on les retrouve constantes chez plusieurs espèces.
Comme grosseur, les espèces du lias s'écartent beaucoup des espèces vivantes; la plus petite, le Calotermes troglodytes Hr., a des ailes de 3‘/j lignes de longueur; chez la plus grande, C. obtectus Hr. elles atteignent 9 lignes.
Les Libellules sont représentées à Schambelen par une espèce, l’Aeschna Hageni Hr. (PL VII, fig. 9) qui dépasse en grandeur nos Libellules actuelles; c’est la plus ancienne que l’on connaisse et on peut l’envisager comme l’antique aïeule des Libellules. Il est remarquable que le réseau des nervures alaires ressemble autant à celui de nos espèces vivantes, et que le type du genre remonte jusqu’à l’époque basique.
Ce Névroptère a beaucoup d’analogie avec une espèce du lias anglais: Aesckna liasina Strickl ; mais elle est considérablement plus grosse et rappelle les Libellules colossales du jura supérieur.
Les larves ont sans aucun doute vécu dans l’eau douce où elles faisaient leur proie des Insectes aquatiques ; puis, arrivées à l’état parfait, elles parcouraient l’espace en donnant la chasse aux animaux terrestres. L’eau devait donc être habitée par d’autres Insectes.
r. CuUÎOPTKHES.
Notre faune actuelle possède une étonnante variété de Coléoptères qui, par l’abondance de leurs formes, constituent l’ordre le plus riche des Insectes. La faune basique ne le cède en rien à la nôtre sous ce rapport ; elle est même relativement beaucoup plus riche, et renferme trois fois plus d’espèces que les autres ordres réunis.
Ces espèces appartiennent à 10 familles savoir:
Geodephages :
Carabiques .... 1 1 Gyr'mides :
Gyrinides 6
Esiièct*-.
iMineUiœrncs :
Aphodiides .... 1
Stcnioucs :
Buprestides ... 33
LE LIAS EN SUISSE
Clavicomes :
Nitidulides 7
Peltides 4
Cryptophagides ... 2
Lathrydiades .... 1
Mycetophagides ... 1
Byrrhides 5
Elaterides .... 10 Mcdacodcrmcs :
Telephores .... 3
Stenrlytres :
Cistolides .... 1
Bhyncophorcs 7
Chrysotndides :
Chrysomeles. ... 3
Douteux 6
Palpicomes :
Hydrophiles .... 15
Ce qui produit une moyenne de 7 espèces par famille, tandis que la faune tertiaire en fournit 10 et notre faune suisse actuelle 45. Les In-
sectes de l’époque liasique étaient par conséquent représentés par une variété de types relativement plus riche. De grands ordres manquent, il est vrai, complètement, ou du moins n’ont pas encore été retrouvés, ainsi : les Longicomes, les Coccinelles, les Xylophages, les Melasomes et les Brachelvtres, qui jouent actuellement un rôle si important ; d’autres sont très-rares, ainsi : les Lamellicornes et les Chrvsomèles qui vivent maintenant en si grande quantité dans les prairies et les forêts.
Les Rhvncophores fournissent dans la faune tertiaire comme de nos jours les familles les plus riches en espèces, tandis que dans la faune liasique ils n’occupent que le cinquième rang. Ils vivent de préférence dans des graines et des fruits qui autrefois étaient rares.
Si nous classons ces Insectes d’après le mode de vivre qu’ont adopté leurs descendants actuels, nous obtenons la répartition suivante:
1” Coléoptères lignivores ou sylvicoles. Ces Insectes fournissent la moitié des espèces fossiles, et nous démontrent par leur existence même que la terre ferme était occupée par des forêts. La famille de beaucoup la plus nombreuse est celle des Buprestes ; elle offre en même temps les plus grandes formes. Elle domine par le nombre de ses espèces dans le lias anglais et dans toutes les autres formations ; elle a dû jouer un rôle important , et sa valeur géologique est très-grande. Les Coléoptères sylvicoles de cette phase du globe appartiennent en grande partie à cette famille, qui n’a que peu de représentants comme espèces
INSECTES DE SCHAMBELEN.
dans la faune actuelle de notre pays; dans les zones chaudes qui sont sa patrie, elle n’occupe nulle part la première place.
Le rôle dominant des Buprestes est un des caractères principaux de la faune entomologique du lias et en général des époques primitives du monde.
Dans les 33 espèces de Schambelen on peut distinguer 7 types de genres parmi lesquels les Euchroma et les Melanophilcs existent encore, tandis que les autres, les Glaphvroptères, les Micranthaxia. les Buprestites et les Chrysobotrites sont éteints.
L’Euchroma liasina Hr. (PI. VII, fig. 10) ressemble à l’Euchroma gigantea du Brésil, et le Melanophila sculptilis Hr. (PI. VII, fig. 18), le M. costata Hr. (PI. VII. fig. 10) rappellent nos espèces vivant sur les Conifères*. Le genre le plus riche en espèces est le Glaphyroptera (10 espèces), qui se distingue par ses élvtres plates et brillantes. Les Mélanophiles, qui en sont voisins, ont des élytres granulés et garnis en partie de stries longitudinales.
Un coup d’œil jeté sur la PI. VII, fig. 12 à 15, où j’ai représenté quelques-unes de ces petites bétes, fait voir combien elles varient pour la forme et la grosseur. Ia>s unes ont des élytres remarquablement larges : Glaphyroptera insignis Hr. (PI. VII, fig. 13) et Gl. speetabilis Hr., avec un bord étendu et rabaissé comme les Polybothris de Madagascar ; les autres: Gl. Gehreti, ressemblent par l’angle inférieur proéminent de leur thorax au genre des Chrvsobothris, si nombreux et si répandu ; d’autres encore, tels que le Gl. brevicollis Hr. (PI. VII, fig. 15) se rapprochent par leur taille courte et ramassée des espèces des Trachys et Anthaxia. Le Micranthaxia bella (PI. VII, fig. 17) et le M. rediviva Hr. (PI. VII, fig. 10) ont encore plus d’analogie avec ces derniers. Ce sont de petits animaux à élytres chagrinés, qui étaient communs et vivaient probablement dans les forêts de Conifères. Le genre Buprestide est re-
* Le Melanophila costata est très-semblable an M. decostigma (d‘Autriehe et du Valais1), mais ses côtes sont plus saillante.
LE LIAS EN 8U1H8E
présenté par des Inseetes remarquables, dont une espèce, le B. Lyellii Hr. (PI. VII, fig. 1 1) a des élytres fortement striés.
La plupart de ces Buprestes de Schambelen ont des élytres d’un noir brillant ; mais il est très-peu probable que pendant la vie ils aient eu cette couleur; il n’est donc pas possible de vérifier si, comme chez la plupart des Buprestes modernes , leurs élytres étaient ornés des belles couleurs métalliques que nous leur connaissons.
Les proches parents des Buprestes sont les Élatérides bien connus par leur rapidité à se redresser lorsqu'on les met sur le dos. Ces Insectes sont très-anciens, et déjà représentés par 10 espèces dans notre lie basique; l’éperon dont est pourvu le thorax nous prouve qu’ils étaient doués d’une grande force d’évolution (Megacentrus tristis , PI. VII ,
L’espèce la plus commune, Elaterites vetustus Brodie sp. (PI. VII, fig. 21) est remarquable par la couleur brun-clair ou jaune de ses élytres, qui subsiste sur de nombreux débris; probablement que pendant leur vie les élytres étaient colorés en jaune ou en rouge comme chez une espèce qui vit encore sur les Conifères, PAmpedus sanguineus F. Les Buprestes et les Elatérides vivaient seulement à l’état, de larves sous l’écorce et dans le bois des arbres; mais sans doute les Insectes parfaits, comme ceux de nos jours, jouaient au soleil sur les troncs et les rameaux, ou Itourdonnaient dans les airs. Les Peltidesau contraire abandonnaient rarement le gîte qu’ils occupaient sous l’écorce des arbres.
Nous avons retrouvé à Schambelen un remarquable exemplaire presque complet appartenant à cette famille, c’est le Cycloderma deplanatum Hr. (PI. VIII, fig. 4), qui pouvait facilement loger tout son corps plat entre le bois et l’écorce. Il a beaucoup de rapport par la tête et le thorax avec une Peltis.
2° Coléoptères des Champignons. A vrai dire, on n’a pas encore découvert de Champignons à Schambelen, mais plusieurs genres de Coléoptères nous prouvent qu’ils y ont existé. Nous y comptons 7 espèces de ces Coléoptères; nous en avons reproduit quelques-uns, PI. VII et VIII;
INSECTES I)E SC1I AMHELEN.
ce sont tous de fort petits animaux, mais qui n’en sont pas moins trèsbien conservés. Les espèces de Strongylites (St. stygius, PI. VII, fig. 23, St. morio, PI. Vil, fig. 24, et St. lævigatus Hr.) sont élégantes avec leurs élytres brillantes et délicatement ponctuées; les Bellingères (PI. VIII, fig. 5 et 6) chez lesquels les élytres sont finement striés. Le Latridiites Schnumii est parvenu jusqu'à nous avec ses petits yeux noirs bien conservés ainsi que son grand chaperon.
3* Les Byrrhides qui se nourrissent de mousses et qui comptent 4 espèces à Schambelen. Ils ont la même forme de thorax où la tête est enfoncée, et une ciselure spéciale des élytres.
Les Byrrhidium arcuatum (PI. VIII, fig. 9), B. morio (PI. VIII, fig. 10) et B. troglodytes Hr. appartiennent aux espèces les plus communes de Schambelen, et permettent de supposer que le sol des forêts et, par place aussi, l’écorce des arbres, étaient recouverts de Mousses, quoiqu’aucun de ces végétaux ne nous soit parvenu, et qu’il soit impossible de dire quel aspect ils avaient.
4" Les < 'hnjsomêlines ne nous offrent que deux représentants en trèsbon état: l’Eumolpites liberatus (PI. VIII, fig. 14) et le Chrysomelites prodromus Hr. (PI. VIII, fig. 13); les Cistélides donnent une jolie petite espèce de Cistelites (le C. insignis, PI. VIII, fig. 11), mais il est difficile de dire sur quelles plantes vivaient ces Insectes; les espèces actuelles de ces familles se trouvent ordinairement sur les Phanérogames, la plus gr ande partie sur les herbes et les feuilles des arbres ; quelques-uns sur les Roseaux et les Conifères. Nous pouvons en conclure qu’ils habitaient jadis les Bambous, les Araucaricns et les Thuya de Plie basique. Un petit Rhyncophore, Sitonites melanarius (PI. VIII, fig. 16) a probablement vécu dans les forêts de Conifères, car nous voyons ses proches parents de notre époque (les Sitona) y faire leur demeure.
Quant aux six autres Rhyncophores de Schambelen, il est impossible de dire s’ils se nourrissaient de feuilles, de fleurs ou de graines.
5° Les Coléoptères vivant exclusivement sur les fleurs. Nous pouvons considérer comme ayant habité les fleurs le Petrorophus truncatus
LES LIAS EN SUISSE
(PI. VIII, fig. 12), semblable au Cercus ; le Trixagites floralis Hr. (PI. Mil, fig. 8) qui ressemble au Throscus, et le Nitidulites argoviensis Hr. (PI. Mil, fig. 3), correspondant aux espèces vivantes qui souvent se rencontrent en quantité considérable sur les fleurs.
6° Coprophages. Un des plus remarquables Insectes de Schambeleu est un petit Aphodius, Apliodiites protogæus Hr. (PI. VIU, fig. 15); il est tellement semblable aux Aphodius vivants, qu’on pourrait soupçonner qu’alors déjà notre pays possédait des Mammifères; du reste, on a trouvé un Mammifère en Wurtemberg et dernièrement en Angleterre dans une autre formation (le trias supérieur); c’était, il est vrai, un fort petit animal dont les excréments auraient à peine pu suffire à la nourriture d’un Aphodius. Comme l’on ne peut nier que quelques individus de ce groupe se nourrissent aussi de bois pourri et surtout de végétaux en décomposition, la présence de cet Aphodius n’implique pas d’une manière absolue l’existence de Mammifères à cette époque.
7“ Tous les Insectes qui précèdent vivent de végétaux ou de leurs détritus ; nous avons maintenant à examiner les Insectes carnassiers qui ne manquent pas non plus.
Parmi les Coléoptères il y a 29 espèces que nous (suivons considérer comme tels; les uns, les Cantharides, par exemple, saisissent leur proie sur les fleurs et les feuilles, les autres sur le sol, comme les Carabides. Ceux-ci sont presque tous de petits animaux (voir les Carabites bellus, PI. Mil, fig. 22, Carabites harpalinus Hr. et le Thurmannia punctulata, PI. MU, fig. 17), qui dans cette classe font le pendant des Insectes herbivores dont ils se nourrissent.
8° Les Insectes aquatiques forment un des éléments importants de la faune entomologique de Schambeleu. Nous en avons compté 20 espèces qui pour la plupart étaient très-communs. Le Gyrinus atavus (PI. VIII, fig. 18), espèce de Tourniquet, est une jolie petite bête qui a beaucoup de rapport avec le genre actuel, tandis que quatre autres espèces, parmi lesquelles : Gyrinites troglodytes (PL VIU, fig. 19), G. minimus (PI. VIU, fig. 21) et G. antiquus Hr. (fig. 20) se font remarquer par l’absence de
INSECTES DE SCHAMBELEN.
l’écusson et par l’extension des yeux jusqu’au bord de la tête. La petitesse de ces Tourniquets du lias est frappante ; ils sont beaucoup plus petits que les espèces actuelles.
Les Hydrophilites sont encore plus nombreux; les uns sont d’une grandeur remarquable, tels que l’ Hydrophilites Acherontis Hr.(Pl. VLU, tig. 25), H. stygius (PI. VIII, fig. 24); les autres au contraire sont de très-petites espèces, ainsi l’Hydrobiites veteranus (PI. VIII, fig. 23). 0e sont, avec les Buprestes, les Insectes les plus communs de Schambelen. Par contre, le Wollastonites ovalis Hr. (PL VIII, tig. 2(>) est très-rare ; il appartient probablement aux Spercheides, qui habitent sur les plantes aquatiques des eaux stagnantes.
d. IIYMKNOPTKHKS.
Cet ordre, qui est répandu sur toute la terre par milliers d’espèces et qui est si connu par les Abeilles, les Guêpes et les Fourmis, n’est représenté dans le lias que par une seule espèce : le Palæomyrmex prodroraus Hr. (PI. VIH, fig. 31), et encore n’a-t-on trouvé que l’aile qui est figurée dans la planche ci-dessus. Elle a quelque analogie avec l’aile des Fourmis ; cependant elle s’eu écarte à plusieurs égards ; aussi ne sait-on pas bien quelle place lui assigner dans la classification.
e. IlKMll'TÈltES.
La famille des Punaises est ancienne, car nous en rencontrons déjà 1) espèces à Schambelen. Elles appartiennent au groupe des Coréodes. Quelques espèces, telles que le Protocoris insignis (PI. Mil, fig. 28), Pr. ovalis et Cyclocoris pinguis (PI. VHI, tig. 27), nous sont parvenues presque entières, tandis que pour les autres les ailes seules ont été conservées. Ces Hémiptères étaient probablement carnassiers et vivaient sans doute du sang d’autres Insectes qu’ils pompaient avec leur suçoir.
Les Cicadelles que nous trouvons au nombre de trois espèces dans Plie basique: Cercopidium morio (PI. VIII, fig. 30), C. minutum (PI. VIII, fig. 29), se nour rissaient du suc des plantes. Il est probable que leurs
1,E LIAS EN SUISSE
larves, comme celles de nos jours, s’entouraient de l’écume connue sous le nom de salive de Coucou, qui renferme toujours un certain nombre de jeunes Cicadelles et qui est destinée à leur servir d’abri.