COE ALLIA 1RES
les espèces se retrouvent actuellement à diverses profondeurs (ainsi les Térébratules, Cérithies et Chemnitzies).
Nous obtenons le même résultat si nous réunissons les fossiles jurassiques des cantons de Schaffhouse, d’Argovie, de Bâle et de Soleure. Ils représentent une foule considérable d’animaux qui n’ont pas pu vivre à une grande profondeur. Le Jura bernois et le solcurois, sur lesquels nous possédons des travaux remarquables de Gressly et Thurmann, sont les parties les mieux connues du Jura, surtout pour ce qui concerne l’ancien fond marin.
La petite carte, fig. Cl, empruntée à l'ouvrage de M. Gressly, donne une idée des proportions de notre Jura dans cette contrée. Nous y voyons la distribution des bancs coquilliers formés de myriades d’Ilultres, d’Exogyres, d’Astarté, etc., bien conservés; puis des rochers composés de coquillages, de Mollusques et de Coraux roulés et brisés, et réunis par un ciment calcaire. Non loin de là on reconnaît la présence d’un fond vaseux qui maintenant donne un calcaire à grain très-fin.
Les bancs de Coraux étant d’une grande importance, nous allons en esquisser rapidement l'organisation.
Les Coralliaires appartiennent, sans contredit, aux formes d’animaux les plus bizarres. Les uns sont grands et arrondis, et ont l’apparence de rayons de miel pétrifiés, de Champignons ou d’Eponges ; lés autres ont la forme d’un buisson touffu ou de petits arbres ramifiés.
Il ne faut pas s’étonner si autrefois on les a pris tantôt i>our un minéral, tantôt pour un végétal.
En étudiant les sujets vivants, on reconnaît bientôt leur nature animale; on voit alors qu’ils se composent d’une tunique molle, percée de petites cavités munies de cils vibratiles; ces cils attirent la nourriture, et la poussent dans la cavité, qui n’est autre chose que le canal alimentaire. La tunique est pourvue de distance en distance de bourgeons qui se développent, et donnent naissance à de nouveaux individus qui restent fixés à la souche ou qui, s’en détachant , se développent pour leur compte. Dans beaucoup d’espèces, la tunique sécrète intérieurement une matière
LA MER JURASSIQUE
calcaire qui, petit à petit, se dépose et forme une masse solide. Tandis qu'extérieureinent, la tunique continue à se développer et à produire de nouveaux petits animaux, la partie calcaire s’agrandit aussi, et produit le Polypier qui, suivant les espèces, prend des formes très-différentes. On peut donc le comparer à un arbre ; la vie de ce dernier fonctionne seulement à la périphérie, dans l’écorce et dans les dernières couches annuelles , tandis que les parties intérieures (le cœur) sont mortes ; il en est exactement de mémo chez le Polypier: la vie n’y existe que dans la tunique jouant le rôle de couche annuelle, et dans les bourgeons, qui constituent cependant des individualités plus marquées que les bourgeons et les rejetons des plantes. Chez les arbres, la périphérie est importante comme agent vital spécial, car c’est par elle que, des racines au sommet, se produit le phénomène de nutrition de tous les organes, tandis que, chez le Polypier, la tunique n’a pas une aussi grande importance. Chez ce dernier, toutes les parties anciennes meurent et les jeunes rameaux seuls vivent et travaillent. Par ce fait les Polypiers peuvent accroître pendant des milliers d’années la tige mère. Les jeunes générations travaillent aux rameaux les plus extérieurs, tandis que les anciennes ont péri depuis longtemps, et n’ont laissé que leurs restes calcaires ; mais ces restes continueront à subsister, et en cela les Coralliaires se distinguent essentiellement des plantes.
Il ne reste des forêts les plus considérables, et de leur abondante végétation, qu’un peu de charbon sous forme d’humus ; les forêts, au contraire, et les taillis construits par les Polypiers se changent en rochers qui constituent une partie solide de la croûte terrestre.
Darwin nous a donné des notions très-exactes sur la manière dont s’établissent actuellement les bancs de Corail. Les Coralliaires ont besoin, pour se développer, d’avoir toujours une base solide à laquelle ils adhèrent et qui devient leur point de départ.
Cette base ne doit pas être aune grande profondeur; l’opinion des anciens voyageurs (Forster et Flinders) que les Coraux poussaient au fond de la mer, et arrivaient jusqu’à la surface, sous forme d’tles, ne