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JURA ALPIN

En premier lieu, les dépôts alpins sont beaucoup plus considérables, ce qui ferait conclure à l’existence d’une mer beaucoup plus profonde ; car, pour que des milliers de pieds de matériaux aient pu se déposer, il a fallu une anse marine d’une profondeur considérable. A l’appui de cette manière de voir, nous citerons la grande conformité de constitution des roches, la rareté des pétrifications du jura alpin qui sont un des traits caractéristiques du jura au nord-ouest de la Suisse. Cependant, le calcaire jurassique des Alpes renferme dans quelques localités de nombreux fossiles, mais ils ne forment que quelques colonies éparses ; ils manquent d’ailleurs complètement dans beaucoup de couches étendues et profondes.

Il parait que ce calcaire a été déposé dans les profondeurs désertes de la mer, 'et jusqu’ici il n'a fourni aucun banc de Corail, mais seulement quelques exemplaires de l’Isastriea helianthoïdes, au Todi ( PI. IX . fig. 7).

Parmi les Mollusques, les Ammonites dominent ; elles sont considérées comme des animaux pélagiens, et sont fort bien constituées avec leur coquille mince et leurs chambres aériennes, pour vivre dans la haute mer, ainsi que les Nautiles que nous rencontrons dans le jura.

Comme localités du jura alpin plus spécialement riches, nous citerons le Gonzen. la Guppenalp, les Firenbiinder au Glarnisch, la pointe du Schilt et plusieurs endroits de la chaîne du Stockhorn. Le jura brun ancien est en général beaucoup plus riche que le jura blanc, et renferme par places des colonies innombrables de petits animaux. En second lieu, la couleur de la roche constitue une des différences notables entre le calcaire alpin et le jurassien septentrional; le premier est très-compacte, beaucoup plus foncé et d’un bleu noir. Cette couleur originale est d’autant plus remarquable que les deux chaînes jurassiques courent parallèlement, à une distance de 15 lieues suisses, du sud-ouest au nord-est, et conservent ce caractère sur un parcours de 50 lieues environ. La couleur foncée du jura alpin provient des matières carbonifères qu’il a reçues probablement par la présence d’ Algues. La merde Sargasses peut nous

LA MER JURASSIQUE

expliquer ce phénomène. Les Algues de Sargasses, dans l'Océan Atlantique, occupent une surface de 40,000 milles carrés entre le 22° et le 36“ de latitude nord, et entre le 25" et le 45“ de longitude ouest (de Londres). Par endroits, elles forment de tels amas que les navires battus par la tempête peuvent à peine y manœuvrer. Ces prairies de Sargasses (Sargassum bacciferum) subsistent dans les mêmes localités pendant des centaines et des milliers d'années; elles durent certainement avoir une influence spéciale sur la constitution des limons qui s'accumulaient peu à peu au fond de la mer.

Dans ces parages, la mer était fort profonde, et à une aussi grande distance du continent, la pauvreté inévitable des dépôts minéraux était défavorable à la conservation des végétaux. Leurs débris, parvenant dans les profondeurs, devaient former une masse noire communiquant une teinte foncée aux sédiments calcaires. C’est ainsi que se préparaient, dans les profondeurs de la mer, des amas de matériaux qui plus tard, exposés à l’air et au soleil, se sont transformés en calcaire alpin.

La puissance colorante des Algues a été constatée par des observations précises. C'est ainsi, raconte Darwin, que dans l'Atoll de Keeling, formé d’un calcaire corallien blanc, auquel vinrent sc mêler de glandes masses d’ Algues, les parties calcaires formant la base du dépôt, ont une couleur différente. Les mêmes circonstances ont dû se produire à l'époque jurassique. Si nous supposons le long des Alpes une profonde vallée marine, et la surface des eaux garnie d 'Algues analogues à celles de la mer de Sargasses, nous avons tous les éléments nécessaires pour expliquer le phénomène qui a déjà tellement occupé les géologues adonnés à l’étude de nos Alpes.

Après ces observations générales, examinons de plus près la faune et la flore de notre mer jurassique ; mais en présence d’une si prodigieuse richesse de formes, nous devons nécessairement en limiter l’exposition.

Kn 1858, Broun a compté (en y comprenant le lias) 3831 espèces d’animaux provenant du jura dont : 119 Polypiers, 542 Rayonnés, 2362 Mollusques, 324 Articulés, 373 Poissons, 108 Batraciens et 3 Mammifères.

POLYTHALAMIENS.

Depuis lors, un nombre considérable de nouvelles espèces sont venues s’y joindre.

Il nous manque un catalogue complet des espèces découvertes en Suisse. Ce travail n’a été fait par Thurmann et Étallon que pour les environs de Porrentruy. Il comprend 707 espèces, savoir : 42 Polypiers. 21b Rayonnés, 482 Mollusques, 37 Articulés, 12 Poissons et 8 Arnphibiens. Puisque dans un aussi petit rayon qui ne comprend que la partie supérieure du jura (le jura blanc), on a trouvé un nombre si considérable d’espèces, il est permis de penser que dans le jura de toute la Suisse on en réunirait au moins le double, car nos collections suisses possèdent plus de 2000 espèces, provenant de la mer jurassique.

Nous avons vu (p. 137) que les Polythalamiens microscopiques jouent un rôle important dans les grandes profondeurs de la mer, et que leurs petites coquilles prennent une large part à la formation du sol marin de l’Océan atlantique. Dernièrement, on a trouvé ces petits animaux dans le jura. Les recherches de MM. les pasteurs Zwingli et Kubler* ont amené la découverte dans le lias de nombreuses espèces et d’un plus grand nombre encore dans le jura brun et blanc. Ils ont décrit et figuré 34 espèces du lias, 50 du jura brun et 78 du blanc. La fig. 01 B. nous donne les formes principales (fort grossies) de ces espèces jurassiques.

Ces espèces appartiennent à cinq différents groupes des Polythalamiens (ou Foraminifères). Les Lagena et les Cornuspires n’ont qu’une loge qui, chez les derniers, est disposée en spirale ; ils forment la classe des Monostigiens. Chez les Nodosaria, Frondiculariens et Dentalina il y a plusieurs loges rangées sur une même ligne droite; c’est la classe des Polythalamiens bacillaires ou Stichostégicns, tandis que le groupe des ll&icostégicns, chez lesquels la coquille à plusieurs loges est enroulée en forme d’F.scargot, est représenté par les Cristellaria et Flabellina.

* Mikroskopisclie Rilder aus der Urwelt der Schweiz. Winterthur. Neujahiblattfïir 1800 und die Foraminiferen des schweizerisehen Jura, nach gcineinschaftlichen Forschungen mit H. Zwingli, weiland Pfarrer in Dættikon, dargestellt und herausgegebon von Dr J. Kubler, Pfarrer, Winterthur 1870.

LA MKR JURASSIQUE.

Fig. 61 B

a. Lagena helvetica, des couches de Birmenstorf; b. Cornuspira helvetica, de •l'argile A Am. opalinns de Sc ha ni bel en ; e. Nodosaria cuspldata, du jura brun de BeUn&u; d, Frondicularia globulosa, Betznan ; e. Dentalina Eichbergensis; i Cris.tellaria communia, Birmenatorf ; g. Flabellina jurassica, BeUnau, commune dans le jura brun; h. Textilaria flexa, Baden; i. Ophthalmidium carinatum, Bet/.n&o.

Les Textilariæ ont des chambres disposées sur 2 ou ;î rangs, et ne forment pas de spirale; ils appartiennent, avec les genres Globulina et Yulvulina qui se trouvent dans le jura, au groupe des fimïïostéf/iens, tandis que le remarquable genre des Ophthalmidium doit être classé parmi les Agaihisttgiais, chez lesquels plusieurs chambres sont rangées autour d’un même axe.

Les Stichostégiens et les Hélicostégiens fournissent dans le jura la plupart des espèces; quant aux Monostégiens et aux Énallostégiens, ils ne se rencontrent que par places, mais en grand nombre, de sorte qu’ils }>euvent être considérés comme ayant pris une part active à la formation du jura.

Les Polypiers qui ont construit les bancs de Coraux, sont plus grands que ces Polythalamiens, visibles seulement au moyen de forts grossissements. La mer jurassique était très-riche en espèces de Polypiers, ainsi que le prouve le jura blanc de Porrentruy, dont on a déjà décrit 107 espèces. Nous n’en mentionnerons que quelques-unes.

Un coup d'œil jeté sur la planche figurant les lies madréporiques de notre mer jurassique nous donne, quoique en miniature, les espèces les

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