TRANSFORMATIONS DE LA FAUNE PENDANT LE CRÉTACÉ
reconnaître 13 étages se succédant les uns aux autres. Nous avons donc là, dans leur ordre de création, 13 pages du grand livre de la nature qui composent le chapitre de la craie. Dans chacun de ces étages se rencontrent de nombreuses pétrifications, documents précieux qui sont comme le résumé de l’histoire zoologique de ces localités. Jusqu’à présent, il est vrai, les Vertébrés et les Céphalopodes ont seuls été soigneusement étudiés ; aussi les considérations que nous allons présenter ne se basent-elles que sur ces deux classes. Faisons remarquer dès l’abord qu’aucune espèce n’a persisté à travers tous les étages. D’après M. Pictet, il y eut six renouvellements complets des espèces; elles curent donc aussi une durée limitée pendant l’époque crétacée; de nouvelles espèces surgirent et disparurent pour faire place à d’autres. Quelques-unes traversent à la vérité deux et même trois étages ; dans ce cas, elles sont rares dans le premier (comme avant-garde) ; elles sont très-nombreuses dans le second et disparaissent ensuite petit à petit ou brusquement. D’autres, complètement nouvelles, sont cependant si voisines de celles des étages précédents qu’elles proviennent probablement de la même souche et peuvent être considérées comme homologués. Quelques espèces du valangien ressemblent beaucoup à celles du jura blanc, ainsi : l’Aminonites neocoiniensis, l’A. Desori et l’A. Marcousanus sont très-voisines des A. mutabilis, A. Eudoxus et A. orthoceras Orb. du kimméridien. Il 11'y a cependant pas d’espèces identiques; ainsi les plus anciens représentants de la faune crétacée diffèrent dans tous leurs membres de ceux de la faune jurassique la plus récente. Dans le valangien déjà on rencontre des formes nouvelles et spéciales qui dès lors joueront un grand rôle.
Parmi ces espèces nouvelles, citons en particulier les Nautiles à côtes qui sont représentés pour la première fois dans le valangien par le Nautilus pseudoelegans et se retrouvent dans tous les étages crétacés sous de nombreuses formes.
La faune devient beaucoup plus riche dans le néocomien ; d’après M. l’ictet, elle se signale à Sainte-Croix par un mélange très-constant d’es-
L’ÉPOQUfc CRÉTACÉE.
pèces. Pour ne citer que les plus communes, on rencontre côte à côte les Belemnites bipartitus, pistilliformis, latus, binervius, Nautilus neocomiensis, Ammonites radiatus, Leopoldinus, castellanensis, sublimbriatus, biilicliotomus; Carteroni, Asterianus et l’Ancvloceras Duvallii. Cette réunion »e rencontre aussi dans d’autres localités du Jura, par exemple au Salève dans le néocomien, tandis qu’ailleurs les espèces se trouvent groupées différemment ; ainsi près du Code, l’ Ammonites .Asterianus, Arnoldi et Carteroni sont réunies, et l’A. radiatus, Leopoldinus et castellanensis gisent dans une couche supérieure. Il est évident qu'à la même époque les espèces n’étaient pas également réparties dans toute la mer crétacée, en sorte que chaque baie pouvait avoir sa spécialité pour la réunion de telles ou telles espèces *.
Tandis que dans le néocomien de Sainte-Croix on signale 20 espèces île Céphalopodes (dont 12 Ammonites), la couche suivante (l’urgonien) n’en fournit que quelques traces et aucune Ammonite**. Ce fait est d'autant plus remarquable qu'il peut être constaté dans toutes les localités de notre mer crétacée. Les Céphalopodes manquaient aussi en France dans le bassin de la .Méditerranée ainsi que dans la mer gallobritannique ; on ignore d’ailleurs ce qu’est devenue cette famille si riche en espèces. Il ne faudrait pas croire cependant qu’elle se soit éteinte
* Cette association est certainement dune grande importance; on lui accorderait cependant une trop grande valeur en voulant établir sur elle seule la contemporanéité des formations. Klle a dépendu surtout de circonstances locales. Il se peut que dans une baie marine on trouve une certaine réunion d'espèces, et que tout à côté une seconde baie formée peut-être par un bas-fond, ou dans laquelle se jetait un petit ruisseau, présente une réunion d'animaux toute différente. Si nous rencontrions pétrifiées les faunes de ces deux localités, , nous nous tromperions en nous fondant pour les attribuer à des époques différentes sur ce que les espèces d’une baie ne sont pas semblables à celles d’une autre.
•• C'est aussi le cas pour l’urgonien du Lauderon (canton de Neuchâtel) qui ressemble beaucoup au néocomien et peut être regardé comme la transition à ce dernier. M. P. de Loriol a décrit 89 espèces de cette localité : 40 appartiennent aux Mollusques, 15 aux Échinodermes et 30 aux Éponges, qui y sont particulièrement abondantes. Vov. P. de Loriol et Oillieron, Monographie de l’étage urgonien inférieur du Lmderon. Nouv. Mémoires de la Soc. helv. des Sc. nat., XXIII, 1809.