TRANSFORMATIONS DE LA FAUNE PENDANT LE CRÉTACÉ
ces deux étages*. Sur l’alpe d’Altenmann à Alvier, le professeur A. Escher de la Linth a trouvé dans le néocomien une espèce d’Oursin qu’il est difficile de distinguer du Galerites castanea du gault ; de plus, le Collyrites ovulum Des. de la même localité ressemble beaucoup au C. Moussoni de cet étage.
Nous voyons par ce qui précède que les différents étages de la craie ont beaucoup de rapport les uns avec les autres par leurs produits organiques; c’est le cas surtout lorsque l’area soumise à nos recherches est plus étendue, parce qu'alors les différences locales disparaissent. Les espèces durent apparaître dans des localités déterminées qui furent leur berceau et d’où elles se répandirent. Les courants marins allant dans la direction de certaines localités propres à la colonisation et à la reproduction de la vie animale, le fait que ces localités n’étaient pas encore ou étaient plus ou moins peuplées, sont autant de causes qui ont pu influer d’une manière favorable ou défavorable sur l’acclimatation des espèces. Plus une espèce est vivace, plus elle est propre à subir les différentes modifications extérieures. Plus elle possède de facilité de reproduction et plus la durée de l’époque pendant laquelle elle vivra sera considérable, plus aussi les limites de son area seront reculées. Comme il est probable que toutes les espèces n’ont pas eu le même point de départ, que leur faculté de se plier à des modifications extérieures fréquentes, que leur durée d’existence et leurs forces de reproduction ont dû être très-variées, il en résulte nécessairement qu’à la même époque et dans le même endroit le mélange des espèces et leur physionomie ont dû être très-différents dans les diverses parties du même bassin.
Grâce à la faculté qu’a l’homme de franchir les étroites limites où sa vie est enfermée, notre esprit peut embrasser cette longue pé-
• Le prof. Renevier distingue 3 étages crétacés aux environs de Cheville; il classe le plus ancien dans le gault inférieur, le moyen dans le gault supérieur (cénomanien inférieur, vraconicn) et le supérieur dans le rotomagien. Voy. Notices géologiques et paléontologiques sur les Alpes vaudoises. Bullet. de la Soc. vaud. des sc. nat., t. IX, p. 105 et 389. •
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riode crétacée qui, pour se dérouler, a peut-êti-e exigé un million d'années.
Si nous nous arrêtons par la pensée à l’époque néocomienne et que nous parcourions les côtes de notre mer, nous verrons dans plusieurs endroits de grandes masses d’animaux que l’Océan a jetés sur le rivage. Maintes espèces se présenteront à notre regard : nous rencontrerons partout les formes étranges des Belemnites, dont la queue se termine en forme de fuseau : Belemnites pistilliforrais et latus, de beaux Nautiles, N. pseudoelegans et neocoraiensis ffig. lis), des Ammonites: A. radiatus, subtimbriatus, Carteroni, Asterianus et neocouiiensis, et de grandes Huîtres à valves plissécs : Ostrea macroptera (fig. 132) et Couloni. A ces espèces en général très-répandues s’associent dans chaque lieu quelques formes spéciales. Dans les calcaires du Sentis et des Kurfùrsten, nous observons plusieurs Ammonites : A. pulehellus, Calypso et Matthcroni; dans le golfle de l’île du Moléson, nous voyons tout une armée d'Ancyloeeras, d’Hamulines avec de jolies coquilles élégamment enroulées, d’Aminonitides, les unes à coquille droite : Baculites Renevieii et Meyrati ; les autres à coquilles étrangement contournées : I’tychoceras Meyrati, Morloti, etc., vivant côte à côte. Si nous visitons la côte ouest, nous verrons presque partout apparaître les mêmes espèces de Céphalopodes, mais nous trouverons aussi des Squales et des Plésiosaures.
Si notre esprit nous transporte à une époque postérieure, celle de Purgonien séparée de la précédente peut-être de cent mille ans,tet parcourt les mêmes localités, nous serons étonnés de ne plus rencontrer les Céphalopodes qui, pendant l’époque néocomienne, formaient un des joyaux de la faune en égayant les bords de la mer par leurs brillantes coquilles nacrées ; ces demeures admirablement distribuées en compartiments et de formes si diverses, tout cela a disparu, sauf quelques rares débris. Cependant nous trouvons ici et là le long des rives quelques bancs de Coraux; nous rencontrons des Requienia : R. Ammonia Orb. (fig. 133) etLonsdalii Orb., des Orbitolines, une très-grande Pterocera : P. pelagi
TRANSFORMATIONS 1>K LA FAUNE PENDANT LE CRÉTACÉ. 233 Br., plusieurs Nérinées et un Oursin : Toxaster oblongus ; comme pendant l’époque néocomienne, ces animaux étaient partout accompagnés d’espèces spéciales.
Si cent mille ans plus tard, pendant le gault, nous visitons les mêmes côtes, nous les voyons couvertes de nombreux Oursins, de Bivalves, d’Univalves; les Céphalopodes ont changé de livrée et ne sont plus les mêmes que pendant le néocomien ; nous aurons lieu de nous étonner de voir non-seulement de nouvelles espèces, mais en partie aussi de nouveaux genres, ainsi les Turrulites et les Helioceras. Les mêmes proportions subsistent encore cependant quant au caractère général du mélange des espèces.
Le monde animal est plus riche en espèces que pendant les époques précédentes, et elles sont plus répandues. Le caractère de la vie animale se modifia de nouveau pendant le seewerkalk. Dans nos Alpes orientales, où l’on rencontrait autrefois de grands animaux marins, des Bivalves, des Univalvcs, etc., cette richesse a disparu ; nous voyons bien encore quelques Ammonites, ainsi l’A. peramplus et dispar, des Turrilites, quelques Inoceramus : I. Cuvieri et Crispii, des Oursins : Ananchytes ovata (fig. 117) et le Microgaster cor anguinum, mais le nombre d'espèces est devenu très-restreint. Cependant si nous fouillons dans la vase que la mer a rejetée sur le rivage, noms y trouverons, en nous armant du microscope, des myriades d’êtres infiniment petits qui nous montrent que même à cette époque le fond des mers recelait un grand nombre d’êtres organisés. Dans la partie ouest des Alpes, au Col de Cheville et à Sainte-Croix, les Mollusques se présentent avec une grande abondance d’espèces, quoique là aussi la faune soit très-uniforme. Plus tard, la mer abandonna les côtes jurassiennes, mais occupa longtemps encore la zone alpine.
Ainsi la faune marine de notre pays a conservé le cachet de chacun des étages de l’époque crétacée. Si pendant cette époque nous avions visité cent fois, à des intervalles de dix mille années, les rives de notre mer, nous aurions peut-être pu suivre les modifications successives
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de la faune qu’elle renfermait, et nous aurions eu la démonstration que toutes ces faunes avaient entre elles une foule de rapports intimes et variés; nous aurions pu de la sorte contempler vivants et animés les êtres innombrables qu’on a retrouvés, enfouis depuis tant de siècles.
Nous avons récapitulé les faunes de notre mer crétacée; entrons maintenant dans quelques détails sur les principaux types de plantes et d’animaux de cette époque afin de compléter le tableau de la vie organique de ces ftges reculés.
Nous savons fort peu de chose; sur le monde végétal de la mer crétacée, et nous ne connaissons guère qu'une douzaine d’espèces trouvées dans le néocomien ; les plus communes sont deux Algues qui dessinent sur la pierre des rubans tantôt noirs, tantôt de couleur claire. Une de ces espèces, le Chondrites serpentinus Hr. (fig. 9!)) forme ça et là des
Fig. 99. Fig. 100. Fig. 102. Fig. 100.
Fig. 101. Fig. 103.
Fig. 9‘>. Chondrites serpentinus Ilr.de Châtillon de Taverne — Fig. 100». Gyrophyllites Oosteri Iir., St.-Denis. — Fig. 1001». Discophorites angustifolius, St.-Denis. — Fig. 101. Gyrophyllites obtusifolius Hr., St.-Denis. — Fig. 102. Gyrophyllites pentamerus Hr., St.-Denis. — Fig. 103. Nulliporites granulosus Hr. de Manries au Sentis avec l’Ostre» Couloni.