LA FLORE DU CRÉTACÉ
lacets étroits et peu ramifiés dont les rameaux longs et à bords parallèles, sont arrondis à l’extrémité.
J’en ai vu provenant de Châtillon, de Taverne (Vaud), de Justithal et des Riprachter-Mahren (Oberland bernois). La seconde espèce, qui lui est parente, Ch. Meyrati F. O. sp., est plus grande et a des rameaux plus délicats, mais plus larges; les rameaux extérieurs sont courts et vont en s’élargissant; cette espèce est commune dans le néocomien de Justithal, de Merlingen et de Meruet au-dessous d’Argentine (Vaud). Je l’ai reçue aussi du nord de l’Italie (de S. Florian au-dessus de Sennavalle) ; elle était donc très-répandue à cette époque. Les Nulliporites sont représentés par une espèce : N. granulosus Hr. (fig. 103), qui a des rameaux très-déliés, cylindriques et comme granuleux. On en a trouvé de nombreux échantillons sur des feuillets de roche de Marwies au Sentis; ils forment comme des amas de morceaux brisés. Une seconde espèce, N. fusiformis F. 0. sp. de Ringgenberg, près du lac de Thoune, est plus grande et a de forts rameaux fusiformes. Une plante que l’on a décrite sous le nom de Cylindrites arteriæformis Gp. se rencontre à Leyssingen, aux environs du lac de Thoune ; elle forme sur les pierres plates de cette localité des bourrelets de la largeur du petit doigt, entrelacés et présentant l’apparence d’un réseau; ils ont beaucoup d’analogie avec des bourrelets semblables du lias et du jura blanc, dont ils semblent être parents (Voy. p. 118 et 175).
Tandis que ces végétaux appartiennent tous sans aucun doute aux Algues, il en est une catégorie dont on a trouvé dernièrement plusieurs espèces dans le néocomien et dont la place dans le système est encore douteuse. Les feuilles, au nombre de 5 à 11, disposées en verticilles. rappellent les Annulaires de l’époque houillère ; mais la tige est plus grosse et toutes les feuilles, de la même grandeur, sont séparées à leur base et ont une structure délicate ; elles sont parcourues dans leur milieu par une nervure large, plate et le plus souvent effacée ; tous ces caractères l’éloignent des Annulaires. Ajoutons que dans les endroits où on les rencontre, par exemple, à Chfttel-Saint-Denis, canton de Fribourg, il
L'KrOqi.'i: C'UKTAl'KK.
n’y a que des animaux marins ; par conséquent, ces végétaux ont probablement vécu dans la mer; ce qui nous conduit à penser qu’ils appartiennent aux Algues, chez lesquelles on remarque la même distribution verticillée des feuilles et des rameaux (ainsi chez lêsC’hara). J’en connais trois espèces dont une, le Gvrophyllites obtusifolius Hr. (fig. 101), a un verticille de 11 feuilles ovalaires et arrondies à leur extrémité ; la seconde, G. Oosteri Hr. (fig. lül a), a 8 feuilles lancéolées et pointues : chez la troisième*, G. pentamerus llr. (fig. 102), le verticille n’a que 5 feuilles très-étroites à la base et arrondies à l’extrémité ; à ce groupe appartient aussi probablement la l)iscophoritesangustifolius(fig. lu:! H), chez laquelle les feuilles sont étroites, de forme linéaire et insérées à la base d’un coussinet aplati qui donne à ces plantes un caractère trèsspécial.
Les Diatomacées ont joué un rôle important à l’époque crétacée, mais on ne peut pas dire avec certitude qu’on les ait trouvées dans nos rochers; seulement il est très-probable qu’on les y découvrira. Ce sont des plantes microscopiques, composées d’une seule cellule et recouvertes d’une carapace siliceuse. Pendant leur vie, elles renferment une masse gé-
* Les trois dernières espèces sont on la possession de M. Ooster, à Berne, qui u eu l'obligeance de m'en envoyer des croquis. Nous avons reçu dernièrement de nombreux échantillons bien conservés du Discophorites unguslifolius provenant de Saint-Denis et trouvés dans une couche inférieure à celle des Poissons.
POLYTHALAMIKNS.
latineuse tantôt brune, tantôt d’un jaune d’or et qui prend souvent après leur mort une couleur verte. Elles vivent ordinairement en grandes colonies liées ensemble par une masse glutineuse. La forme de ces toutes petites plantes et la construction de leurs caparaces striées ou cannelées otfrent la plus grande variété : on en a distingué un millier d’espèces. Cette richesse de formes se manifeste dans une simple cellule invisible à l’œil nu qui nous rappelle que la nature a paré merveilleusement les plus petits êtres, et a su les revêtir des formes les plus variées. Le mode de reproduction des Diatomacées nous offre également un exemple des moyens bien simples qu’emploie la nature pour arriver à des résultats grandioses. La multiplication des individus s’opère par division, c’est-àdire que la plante unicellulaire est divisée par une cloison qui se produit dans son milieu. En une heure cette opération est accomplie, et, d’après Ehrenberg, après une heure de repos, chacune des cellules qui viennent de se former est à même de se diviser de nouveau. Si cette multiplication se poursuivait seulement pendant peu de jours, pour chaque plante nouvellement créée, on obtiendrait ainsi une masse prodigieuse d’individus. Ehrenberg a calculé que dans l’espace de 4 jours une seule Diatomacée pourrait en produire 140 billions si les circonstances étaient également favorables pour chaque nouveau-né, ce qui probablement ne sera jamais le cas. C’est une preuve du fait général que plus les plantes et les animaux sont petits, plus leurs forces reproductives sont grandes. Ainsi donc l’insignifiance de chaque individu trouve une compensation dans la multiplicité. La carapace de ces petites plantes ne souffrant ni de la chaleur ni de la putréfaction, demeure intacte pendant des milliers et des centaines de milliers d’années; voilà pourquoi le revêtement siliceux de ces pygmées du règne végétal s’est conservé depuis les âges les plus reculés de la terre. On connaît des Diatomacées des terrains de transition et des houillères ; mais nulle part elles ne sont aussi nombreuses que dans la craie. Ehrenberg a démontré que les pierres à feu de la craie, ainsi que le tripoli, proviennent des enveloppes siliceuses des Diatomacées. '
L’ÉPOQUK CRÉTACÉE.
Dans un pouce cube de tripoli de Bilin, il y a environ 41,000 millions de carapaces siliceuses et 70 billions, plus ou moins, dans un pied cube. D’après la prodigieuse fécondité de ces plantes, une seule Diatoinacée pourrait en quatre jours produire deux pieds cubes d’une roche semblable. Ou comprend d’après cela comment il se fait que petit à petit elles forment des bancs de sable, encombrent les canaux et le lit des fleuves et remplissent de boue les ports et les baies. D’après le même savant, les boues des ports de Wismar et de l’illau sur la Baltique consistent pour le V» ou la 7, de leur volume en restes organiques et principalement en enveloppes siliceuses de Diatomacées ; la vase du Nil en est tellement remplie qu’on trouve quelques carapaces siliceuses dans chaque parcelle, du volume d'une tête d’épingle, de la terre des champs le long de ce fleuve. Ces petits organismes ont donc pu construire des roches entières dans un temps relativement court, et contribuer ainsi d'une manière active à la formation de notre croûte terrestre.
Les IihizojKKles, animaux également fort petits, ont eu une importance tout aussi grande. Les uns, comme les Radiolaires ou Polycystieus, sont pourvus d’une carapace siliceuse ou squelette; les autres, comme les Polythalamiens ou Forauiinifères, ont au contraire, une coquille calcaire. Les premiers vivent en légions considérables près de la surface »
des eaux, où ils forment des masses gélatineuses qui, soumises au microscope, présentent une étonnante richesse de formes en même temps que d'admirables détails dans la construction des coquilles ; on en retrouve de nombreuses espèces à l’état fossile ; par places, elles contribuent à la formation des roches.
Les Polythalamiens se distinguent fort bien des Diatomacées et des Radiolaires par leur tunique calcaire et surtout par la construction spéciale de cette tunique. Ils ont souvent l’apparence d’Ammonites lilliputiennes, d’autant plus que leurs coquilles enroulées en forme d'Escargots sont fréquemment pourvues de cloisons intérieures ; mais cette coquille est criblée de nombreux petits pores (de là leur nom de Foraminifères). L’animacule possède une organisation très-simple. 11 a un corps mou,
I‘OLYTIIALAMIKX8.
glaireux, qui sort des pores en filaments. Comme tous les animaux de cette classe se meuvent au moyen de ces appendices en forme de doigts ou de racines qu’ils forment à volonté de leur masse, on leur a donné le nom de Rhizopodes. Plusieurs habitent les eaux douces ; mais tous ceux qui ont plusieurs cloisons appartiennent à la mer. Ils habitent le fond des eaux, rampant sur les plantes et sur les rochers, ou s’enfouissent dans la vase et peuvent vivre à de très-grandes profondeurs ainsi que nous l’avons déjà dit (p. 137). Ils visitent encore volontiers les côtes et les bas-fonds; mais beaucoup d'espèces n’apparaissent que dans la zone inférieure, et de tous les animaux les Rhizopodes sont ceux qui descendent le plus bas. Lorsque nous rencontrons une roche renfermant exclusivement des Polythalamiens, nous sommes fondés à dire qu’elle a été formée dans les grandes profondeurs de la mer.
Les Polythalamiens, comme en général les Rhizopodes ne se reproduisent point par scissiparité, mais par des œufs ; ils doivent avoir une puissance de reproduction analogue à celle des Diatomacécs ; en effet, ils se rencontrent en années innombrables, et participent dans la même proportion que ces dernières à la formation de la vase et des roches marines ; de même que les Diatomacécs ont contribué à la formation de roches siliceuses, les Polythalamiens out produit au moyen de leurs coquilles des roches entières de calcaire.
Chaque morceau des pyramides de Kyscli et des catacombes de Thèbcs en Egypte représente des milliards de jolies petites coquilles assemblées. Le calcaire grossier dont est bâti Paris est en grande partie le produit de semblables petites bêtes (Miliola). Les roches crétacées blanches qu’on rencontre sur les côtes d’Angleterre sont le résultat de l’agglomération d’innombrables billions de coquilles de Polythalamiens, et la craie du commerce laisse voir, sous le microscope, une multitude de petits coquillages.
Les montagnes calcaires crétacées de notre pays sont le produit d’un monde animal admirable, ainsi que l’a démontré dernièrement M. le professeur Kaufmann, de Lucerne; ce savant a eu l’obligeance de me
L’KI’OQl’E CRÉTACÉE.
communiquer le résultat île ses recherches que je reproduirai plus bas mot pour mot. Puisque ces petits animaux ont participé à la formation du calcaire de nos Alpes, ils réclament un examen détaillé. M. Kaufmann les a étudiés dans l’urgonien, le gault et le seewerkalk; c’est dans cette dernière roche qu’il les a trouvés le mieux conservés, et c’est par elle que nous commencerons.
A. POLYTH AL AM I EN S DU SEEWERKALK
Si l’on regarde soit à l’œil nu, soit à la loupe les roches du calcaire dur et homogène de Seewen, on n’y découvre rien qui soit digne d’attention; si même on se sert du microscope pour observer la surface d’une pierre polie et enduite d’huile, on aperçoit seulement çà et là quelques lignes fines et sombres qui attestent, il est vrai, la présence de parois de Polythalamiens ; mais comme ces lignes sont très-faiblement dessinées sur le fond gris, elles échappent facilement à la vue. Il faut une préparation spéciale pour les faire ressortir en nombre suffisant, et d’une manière qui permette de tes bien distinguer. On chauffe au chalumeau un fragment de roche poli ; aussitôt que la pierre est rouge, on la retire et on la laisse refroidir. Si elle reste trop longtemps à l’action de la chaleur, elle se calcine et les organismes sont détruits. On enduit la surface polie avec de l’huile et on l’observe au microscope au moyen de la lumière directe du soleil. Les fines parois des carapaces apparaissent alors blanches sur un fond gris ou noir ainsi que le représentent les figures 104 et 105.
La figure 104 reproduit les résultats ordinaires qu’on obtient, c’est-àdire une foule de corpuscules en forme d’anneaux ou ellipses entremêlés souvent de grandes formes pareilles à celle de la figure 105. On peut déjà voir ces dernières avec la loupe sur une pierre qui n’est ni rougie ni polie, mais seulement avec la lumière du soleil. La forme ordinaire, que reproduit la fig. 104, se rencontre par exemple à Seewen, près de Gersau, au Vitznauerstock, à Bürgen, au Rotzberg, à la Mutterschwan-
POLYTHALAMIENS DU SEEWERKALK.
Ftg. 101. Fig. 10G. Fig. 105.
Seewerkalk. Fi". 101 et 105, provenant d’une carrière de Seewen ; surface polie grossie 50 fois. — Fisr. 106. Lagena sphærica Kaufm. gross. 200 fois. — Fig. 107. Lagena ovalis Kaufm.; a. coupe longitudinale ; 1». coupe transversale gross. 200 fois.
denbcrg, et dans une roche dont un morceau reçu de la Mcglisalp au Sentis, se trouve au Musée de Zurich ; on en trouve aussi dans les roches (variété rouge du seewerkalk) qui forment les parties sud de l’Urmiberg, près de Brunnen. Les organismes do la fig. 105 sont jusqu’ici plus rares, on en a obtenu de Seewen et de Rot/.berg ; la polissure en donne cependant de plus grands qui ne sont pas dessinés sur notre figure. On ne se rend pas compte de ce que peuvent être les petits parallélipipèdes qu’on y remarque ; isolés, ils se présentent comme des corps solides, prismatiques et composés de carbonate de chaux.
Dans tous les fragments de seewerkalk que j’ai observés, je n’ai pas encore vu, même sur les plus petites surfaces, un seul morceau qui d’une manière ou de l'autre ne possède pas les caractères que je viens de décrire; on peut par là se faire une idée de l'incroyable quantité d'organismes microscopiques enfouis dans le seewerkalk.
Pour une inspection plus minutieuse des petites carapaces, il ne faut pas polir les pierres trop dures ; elles doivent de préférence être cherchées dans les parties molles et marneuses des roches, afin d’être soumises isolément au microscope. On délaie la masse, puis on met à part les
l’époque crétacée.
parties fines et on les fait sécher. La découverte de formes plus grandes parait présenter de sérieuses difficultés, mais les petites dont la taille n’excède pas V» de millimètre pourront facilement être vues si on mêle le fin résidu à du baume. -Le baume de Canada, employé par Ehrenberg, rend à la vérité les objets très-clairs; mais, en se durcissant, il a l'inconvénient de ne plus permettre de tourner l’objet. Je préfère donc l'emploi du baume de Pérou qui reste liquide. Au moyen de ce procédé, j’ai découvert jusqu’ici dans le seewerkalk un certain nombre de formes, dont G espèces de Polythalamiens qui paraissent avoir été très-répandues.
1. Lagena sphærica Kaufm. (Miliola arcella Ehrbg. V M. spluerula Ehrb.?) tig. 100. La carapace est transparente, brillante, calcaire et sphérique ; souvent aussi elle s’écarte plus ou moins de cette forme et se présente comme comprimée. Les parois ont différentes épaisseurs, de 0,003 à 0,01 millimètres; l’intérieur est ordinairement sombre et souvent rempli d’une masse grenée ou cristalline. La bouche est ronde, unie et, dans la plupart des cas, visible seulement lorsque l'objet est placé de manière à ce qu'elle se trouve au bord. Le diamètre est de 0,035 à 0,1 millimètre.
La forme en anneaux blancs que reproduit la pierre polie (tig. 104) est la plus commune dans les pétrifications de Seewen; un pouce cube de ce calcaire doit en contenir plusieurs millions. Les individus isolés de la tig. 10G proviennent de Seewen et de Rotzloch.
Cette espèce se trouve aussi en masses innombrables dans la craie blanche de Itügen; elle n’est pas rare dans le gault, surtout dans les gisements supérieurs (Rotzloch, Bürgen, Urmiberg).
2. Lagena ovalis Kaufm. (tig. 107, Miliola ovum Ehrbg. en partie?)*. La carapace est ovale, lisse, transparente, calcaire, sans pores, arrondie sur la coupe transversale, souvent plus ou moins comprimée et écrasée ;
* Elle est assez identique avec la Miliola ovum d'Elirenberg de nie Ma>n, Microgéologie, pl. 29, fig, 45, mais non pas avec les ligures, pl. 23 (du nunimulitiquc) et pl. 31 qu'Elireuberg donne également pour la Miliola ovuiu.
l'OLYTIIAL AMIENS DU SEEWERKALK.
les parois sont généralement épaisses, mais ordinairement très-minces dans la partie inférieure, inégales, intérieurement hérissées et comme parsemées de cristaux. L’intérieur est souvent rempli d’une matière opaque; le bord de l’ouverture buccale est arrondi et non rayonné. La longueur varie de 0,05 à 0,075 millimètre.
Elle est représentée sur la fig. 104 par des corps ovales ; elle accompagne constamment la Lagena sphærica, surtout dans le seewerkalk et vient immédiatement après elle quant à l’abondance ; ce sont donc ces deux espèces qui ont le plus contribué à la formation de ce calcaire.
Les exemplaires isolés de la fig. 107 proviennent de Scewen. Je l'ai aussi trouvée en masses énormes dans la craie blanche de Rügen. La ressemblance de cette craie avec le seewerkalk, au point de vue de l’abondance de ces deux espèces, est complète. On trouve çà et là cette dernière dans le gault (Rotzloch, Mutterschwandbcrg).
3. Oligostegina lævigata Kaufm. (fig. 108). Chez elle, la carapace a deux ou trois chambres. La paroi de la seconde chambre porte une échancrure à l’aide de laquelle elle embrasse une partie de la première ; la paroi de celle-ci est très-mince là où cette doublure a lieu.
La troisième chambre s’applique contre les deux autres. Toutes sont sur le môme plan.
La bouche est inconnue, et il est permis de supposer que ces formes ne sont que des espèces plus grandes, mais à l’état jeune, par exemple, des Nonionines ; ce qui en ferait douter, c’est que les individus à deux chambres sont très-fréquents, tandis que ceux à trois sont assez rares.
La carapace de la seule espèce connue jusqu’à présent est transparente, calcaire et brillante. Les chambres sont globuleuses ; la première est sphérique et généralement un peu plus petite que la seconde. Le diamètre varie de 0,05 à 0,12 millimètre.
La forme à deux chambres est assez répandue dans le seewerkalk
Oligostegina lævigata
KAufm. gross. 2U0 fois-
L’ÉPOQUE CRÉTACÉE
(Scewen, Gcrsau, Bürgen, Rotzloch), ainsi que dans la craie blanche de Rügen. Elle est abondante dans les couches moyennes et supérieures du gault (Mutterschwand, Rotzloch, Bürgen, Vitznauerstock, Uriniberg); dans cette dernière localité, elle se rencontre en grandes masses.
La forme à trois chambres se voit ici et là dans le gault, en plus grande quantité dans les couches supérieures que dans les moyennes.
.4. Textilaria globulosa Ehrbg. (fig. 109). La carapace est transparente, calcaire, polie, à trois faces, peu comprimée, arrondie sur les bords, obtuse à la partie inférieure et oblique à la supérieure. Les chambres sont disposées de 3 à 5 de chaque côté, elles sont globuleuses et séparées par un étranglement assez accentué.
L’ouverture des chambres déjà anciennes a ceci de remarquable que les parois du bord interne ne, se soudent pas les unes aux autres. Le diamètre est de 0,04 à 0,15 millimètre.
Le nombre des chambres varie beaucoup; elles sont souvent un peu anguleuses, arrondies ou élargies. Suivant moi, les formes extrêmes sont liées par des formes transitoires, et on ne peut avec sûreté les séparer spécifiquement. Cette espèce est commune dans le seewerkalk (Seewen, Gersau, Bürgen, Rotzloch), ainsi que dans la craie blanche de Rügen et d’Angleterre (Lewes dans le Sussex, Charlton, près de Londres, Kent) et dans le pliinerkalk de Toplitz. Ehrenberg l’a rencontrée dans la craie blanche d’Égypte, de l’Anti-Liban, de Sicile, de Meudon près Paris, de Gravesand en Angleterre, de l’Ue de Mcen, de Wolsk sur le Volga, enfin des territoires du Missouri et du Mississipi.
5. Nonionina Escheri Kaufm. (fig. 110). La carapace est transparente, calcaire, polie, assez fortement comprimée, ovale dans le sens de la largeur et plus ou moins lobée. Cinq ou six chambres cintrées entourent la première chambre centrale qui est pentagonale ou hexagonale, d’une
Fig. ion
Textilaria globulosa Ehrb.
gros?. -00 foi».
PO LYTHAL AMIENS DU SEEWEIÎKALK.
couleur sombre et de grosseur variable. La dernière chambre et souvent l’avant-dernière sont d’ordinaire fortement renflées; dans ce cas, il y a de fortes cloisons entre toutes les chambres. La bouche n’est pas visible. La construction est équilatérale. Le diamètre est de 0,055 à 0,12 millimètre.
Fig. no.
Nonionina Escheri Kaufm. gross. 200 fois.
Cette espèce, dédiée à M. le professeur Escher de la Linth, n’est pas rare dans le seewerkalk (Seewen, Gersau) et dans la craie blanche d’Angleterre ; elle se rencontre fréquemment dans les couches moyennes et supérieures du gault de Rotzloch et d’Urmiberg.
6. Nonionina globulosa Ehrbg. sp. (fig. 111). I,a carapace est ronde ou oblongue, transparente, calcaire, lisse, plus ou moins comprimée. Les chambres sont globuleuses et les soudures profondes. Les cloisons sont droites ou un peu courbées; la torsion a un ou deux tours. L’ouverture se trouve au bord interne des chambres, mais elle n’est pas toujours visible. Le diamètre est de 0,055 à 0,1 millimètre.
Les formes varient beaucoup entre elles, mais je crois qu’il ne faut pas les distinguer spécifiquement, car elles représentent diverses transitions *.
* Ehrenberg, dans sa inicrogéologie, en a déterminé au moins 13 espèces qui peuvent rentrer dans les formes ci-dessus, savoir : Hotalia globulosa, R. leptospira, R. Wolgensis, R. laxa (pl. 31, lig. <42, mais non pas pl. 25, fig. 34), R. senaria, R. protolepta, R. protaemæa, R. densa, R. quaterna, Phanerostomum hexalepttim, Ph. quaternarium, Planulina eusticha, Pl. saxipara. Il faut cependant observer que la comparaison de ces formes avec celles de la fig. 111 présente quelques difficultés, car les caractères géologiques manquent dans la microgéologie d’Ehrenberg, et les planches ne donnent que le côté latéral des coquilles. Ces espèces d’Ehrenberg proviennent de la craie blanche de l’Égypte et de l'anti-Liban, de la Sicile, de Meudon, de Gravesand, de Mœn, de Riigen, de Wolsk, du Missouri et du Mississipi.
246 L’ÉPOQUE CRÉTACÉE
Fig. 111.
Nonionina globulosa Ehrbg. pp. gross. 200 fois (Rotalia, Phanerosfomnm et Plannlina
Ehrbg. sp.)
Pour sc faire une idée exacte de la parenté rapprochée des formes, il faut, dans la fig. 111c, retrancher les deux dernières chambres ; on obtiendra ainsi un dessin qui ne présente pas de différence essentielle avec les types e et g; c représentera un individu plus âgé; on pourra de la même manière déduire les autres formes les unes des autres. La Nonionina globulosa est commune dans le seewerkalk de Seewen, Gersau, Bürgen, Rotzloch, ainsi que dans la craie blanche de Riigen et d’Angleterre, dans le turonien de Maidstone (Kent) et dans le pliinerkalk de Toplitz. Elle n’est pas rare dans le gault (Urmiberg, Mutterschwand).
B. POLYTHALAMIENS DU GAULT.
Le gault du Rotzberg, de Bürgen et du Vitznauerstock se compose :
a. Dans l’étage inférieur : d’un calcaire gris-clair, spathique, grossier, semblable à de la brèche éehinodermique avec de rares grains verts. Cette roche polie, chauffée et soumise à un grossissement de 50 fois, laisse voir çà et là un réseau à grandes mailles d’apparence corallienne. Elle ne renferme pas de Polythalamiens.
b. Dans l’étage moyen : de schistes sombres, plus ou moins remplis de rognons, ou compactes, pleins de grains verts souvent microscopiques, et généralement riches en pétrifications (Inoceramus concentricus).
c. Dans l’étage supérieur: d’une roche calcaire qui va du gris au noir, dure, siliceuse, avec de nombreux grains verts soit compactes soit (principalement près des couches de seewerkalk) séparés par des lames d’une
POLYTHALAMIENS DU liAULT.
substance d'un vert foncé disposées en couches ondulées et moins décomposées à la surface que le calcaire; entre ces laines se trouvent entassés des rognons ellipsoïdes d’une couleur plus claire, tels qu’on en rencontre souvent dans le seewerkalk.
Dans les étages h et c, on découvre presque partout des Polythalainiens, surtout dans les couches supérieures où ils se présentent en grandes masses ; mais ils ne deviennent visibles que lorsque la roche a été calcinée. Les grains verts de glauconit se noircissent, et les parcelles de pyrite prennent par l’oxydation une couleur rouge.
Fig. 112. Gault (surfaces polies gross. 50 fois) provenant d’nn rognon ellipsoïde des étages
La ressemblance des formes microscopiques du gault et du seewerkalk est ici très-frappante. Dans ce dernier, il est vrai, l’agglomération des individus est plus considérable que dans le gault où souvent il n’y en a que peu ou point, surtout dans les roches au sein desquelles les grains verts et les pyrites sont très-dé veloppés. Les Lagena dominent dans le seewerkalk et les Oligostegina dans le gault.
Souvent notre gault a de l’analogie avec le grès vert nummulitique et le calcaire siliceux du néocomien (surtout dans les altmannschichten pointillés de vert), d’où il suit que lorsque ces roches sont dépourvues de pétrifications, il est impossible de les distinguer entre elles. Les procédés que nous avons indiqués permettent actuellement de reconnaître le gault,
L’ÉPOQUE CRÉTACÉE
air de nombreuses expériences ont démontré que les roches nummulitiques et néocomiennes ne possèdent aucun reste organique de cette nature. Les mêmes procédés appliqués au seewerkalk ont servi à isoler les carapaces. Les espèces suivantes ont pu être observées : Lagena sphærica, L. ovalis, Oligostegina hevigata, Nonionina Escheri, N. globulosaet quelques autres qui n’ont pas encore été suffisamment étudiées ou qui sont trop rares pour être citées ici.
L’identité des espèces du seewerkalk et du gault n’a pas lieu de nous surprendre, car Ileuss a prouvé, grâce à ses nombreuses recherches, que beaucoup d’espèces de Polythalamiens de la craie blanche se reucontrent aussi dans des étages plus anciens (le turonien et le cénomanien), et quelques-unes même jusque dans le gault. Chez nous comme ailleurs, il n’y a de ligne de démarcation très-tranchée pour les Polythalamiens qu’entre le gault et l’urgonien. L’association de ces deux étages est trèsfréquente en Suisse ; et, comme on le sait, là où elle n’a pas lieu, on ne rencontre ni l’une ni l’autre de ces formations.