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(2) Gic., De orel, 1, 8, 82 Liv, Epit, LXNIIL — (3) CXXXVII.
dans le cas du dernier roi de Pergame, quelque raison privée, une dissension familiale dont ne parlent pas nos maigres sources touchant cet épisode P Toujours est-il qu’un deuxième héritage vint à échoir aux Romains par voie testamentaire.
Rattachée à l'Égypte de très ancienne date, la Cyrénaïque avait été, en 117, érigée en royaume au profit du bâtard d’un Ptolémée, Apion. Ce monarque, demeuré fort obscur, légua en mourant (96) son royaume aux Romains. L'affaire n’eut pas le même retentissement que celle de 133. Les circonstances avaient changé ; on ne rêvait plus de donner aux Italiens besogneux des terres exotiques, dont ils ne voulaient pas. Et puis on ne parlait plus de richesses fabuleuses ; le domaine était infiniment moins vaste, à moins qu’on ne fit état des sablesinfertiles. Tout se réduisait, en somme, à une Pentapole : Cyrène, Apollonie, Ptolémaïs, Arsinoé et Bérénice (1). Sans doute les conditions actuelles n’ont plus de rapport avec le passé, çar, sur les terrasses du plateau, on produisait du blé, du vin, de l'huile, on élevait du bétail, On ne pouvait toutefois utiliser qu’une bande étroite le long du littoral.
Le Sénat éprouva quelque embarras des responsabilités nouvelles qui s’annonçaient pour lui ; le régime de la clientèle lui avait suffi jusque-là. Après réflexion, il accepta les biens personnels du roi défunt, qui étaient surtout des terres, laissa la liberté aux cités helléniques (2), et, sans imposer aux tribus indigènes un gouverneur, abandonnant à leurs chefs barbares le soin de les administrer, préleva sur elles un tribut annuel qu’elles devaient fournir en nature. Elles furent admises à se libérer en expédiant régulièrement quelques livres de la denrée devenue le grand article d’exportation du pays et sa richesse principale : le silphbium (3), célébré dans l'antiquité comme parfum, remède et condiment, Seulement les Romains le connaissaient mal et mirent longtemps à en acheter sur le
(1) CVII, p. 273 et suiv,; CXXX VI, IL — (2) Liv,, Epil, LXX. (3) RAINAUD, XLIII, s. vw.
marché de la métropole, où il ne trouvait pas preneur. Eut-il plus de vogue au temps de Pline, qui détaille ses vertus (1), assez vaguement pour qu’on se demande toujours quelle a pu être cette plante mystérieuse P Elle n’aura pas beaucoup enrichi les Romains. Mais la situation devint difficile en Cyrénaïque : les cités se querellaient ; Cyrène subit des tyrans. Contre l’anarchie grandissante, Lucullus dut prendre des mesures (2), et finalement on dépêcha un questeur dans la province nouvelle (74) qu’il parut préférable de créer (3). Entre temps, du reste, la situation intérieure de Rome avait évolué ; mais jusque-là il est indéniable que le Sénat, encore maître de la politique générale, ne poussait point à l’extension des frontières et redoutait les annexions trop considérables et trop brusquées (4). Les auteurs conservés nous montrent les pères conscrits de l’époque sous un jour inquiétant ; hommes corrompus, d’une grande vénalité et pour la plupart incapables ! L’exagération est évidente ; les reproches touchant la probité et les talents militaires semblent les mieux fondés : mais que tout esprit politique eût disparu de la curie, c’est ce qu'on ne saurait admettre. Ce devrait être un axiome que toute conquête est téméraire quand les annexions antérieures restent mal assurées ; les difficultés incessantes rencontrées en Espagne commandaient la circonspection. Il n’était pas non plus interdit au Sénat, intérêt personnel à part, de considérer comme le meilleur gouvernement celui qui avait fait ses preuves pendant des siècles, et sous lequel la puissance romaine avait grandi au delà de toutes prévisions. Or, c’était un gouvernement civil que ce régime aristocratique où la haute assemblée avait prééminence ; il recourait au besoin à la force militaire, mais dirigée et dominée par lui. Cette suprématie était facile à maintenir tant que les guerres se dérou:
(1) Hist. nat., XXII, 23, 48-49.
(2) PLur., Luc., 2. — (3) APr., Bell. civ., 1, 111, (4) CVII, p. 273 et suiv.
laient dans le voisinage de l'Italie ; celles qu’il fallait conduire au loin laissaient inévitablement plus large initiative aux chefs d'armée et ne pouvaient qu’accroître dangereusement leur rôle. Les plus clairvoyants des sénateurs avaient sans doute comme un pressentiment de l’ascendant funeste qu’allaient prendre les généraux vainqueurs. Assurément, les territoires légués étaient une proie tentante ; mais l’expérience faite dès la première fois, la guerre de trois ans qu’on dut soutenir en Asie avaient pour l’assemblée valeur d'avertissement, d’exhortation à la prudence. De telles complications pouvaient se reproduire, et en effet le don gratuit de la Bithynie, un peu plus tard, allait donner à l’instinctive réserve du Sénat une justification saisissante.
Ce n’est pas au point de vue de l’histoire intérieure de Rome que nous nous placerons pour les étudier; c’est là un sujet traité ailleurs (1). Ce qui relève du nôtre, ce sont les conséquences, pour l'expansion romaine, des luttes civiles qui devaient remplir les soixante dernières années de la République.
La première de toutes ces dictatures, celle de Marius, procède de la réforme militaire, qui substitua aux armées de citoyens des armées de partisans. Cet homme de peu, fils d’un simple journalier, ouvre d’autre part une série nouvelle de dirigeants, celle des politiciens qui arracheront au peuple leurs premiers honneurs en achetant ses suffrages. Lui, penset-on, avait obtenu par d’adroites spéculations les ressources nécessaires ; d’autres s’endetteront pour le même objet et demanderont à la conquête de les remettre à flot.
Le hasard ne lui permit pas d’étendre le territoire de la République, le cantonna dans les guerres défensives que nous avons vues : guerre contre les Teutons et les Cimbres, guerre contre Jugurtha. Cette dernière n’aboutit qu’à renforcer le protectorat sur la Numidie, puisqu'il fallait payer la traîtrise de Bocchus qui avait hâté l’heureux dénoûment ; et puis le Sénat n’était pasencore éclipsé parlatoute-puissance des chefsde mercenaires. Marius n’osa lui-même, à Rome, se compromettre