‹ LE MONDE ROMAINChapitre 46 sur 91 · L'ADMINISTRATION ROMAINE · texte numérisé non relu

L'ADMINISTRATION ROMAINE

Depuis le temps de Pompée jusqu’à l’établissement du principat, cette administration ne présente point en Syrie l’aspect d’un régime régulier et durable, Les gouverneurs, d’abord, sont des chefs d’armée qui ont à asseoir une suzeraineté, à en fixer les limites, à préparer ou à commencer de véritables guerres contre les nouveaux voisins, Arabes ou Parthes;

& (4) CLXIII, IL, p. 418 et suiv. — (2) CXLV, IL, p. 19 et suiv. (3) Zbid., I, p. 226 et suive M.R- 47

d'autre part, plus encore que les agents de Rome, ils sont les hommes d’un parti; on a ainsi pu distinguer (1), dans cet intervalle de moins de quarante ans, une période où la Syrie subit l'influence prépondérante de Pompée (avec Scaurus, Gabinius, Licinius Crassus, Cassius Longinus, Bibulus, Metellus Scipio), une autre où les intérêts de César sont en question (avec son parent Sextus, Antistius Vetus), une troisième où le même Cassius se montre en champion de la République menacée, enfin une sorte de royauté de Marc- Antoine, qui place en Syrie ses lieutenants (Saxa, Ventidius, Sosius, Munatius Plancus).

Après Actium, Octavien lui-même doit commencer par certains règlements sur les lieux; puis intervient le partage de l’an 27. Dès lors la Syrie fut, et resta, province impériale (2), une des plus considérables du monde romain (3); aussi échut-elle à des personnages de première importance (4), tels qu’Agrippa, Varus (qui allait succomber en Germanie); Quirinius, qui dut pourchasser des brigands en Cilicie (5) et ensuite présider au recensement des Juifs ; Pison, dont le souvenir est inséparable de la mort de Germanicus ; Quadratus, en fonctions dix ans ; Corbulon, préposé à la ‘guerre d'Arménie, et de futurs empereurs (Trajan, Hadrien, Pertinax) ou candidats au trône (Avidius Cassius et Pescennius Niger).

Le légat de Syrie avait sous ses ordres (6) quatre légions qui, veillant aux frontières, devaient aussi maintenir l’ordre à Pintérieur, où l'esprit d’insubordination régnait généralement ; à Antioche, en particulier, des troupes s’imposaient. Rome pensa bien faire en évitant de mettre dans ces garnisons des gens du dehors : le recrutement régional, de règle un peu

(1) CC, I, p. 304-316. — (2) J. Dogras, Histoire de la province romaïne de Syrie, 1, Prague, 1925 (en tchèque). — (3) CLXII, XI, p. 2 et suiv.

(4) CC, I, p. 818-337; CXXI, p. 11-42.

(5) F. BLESKMANN, X XIII, XVII (1921), p. 104-110.

(6) LX XXI, p. 72 et suiv.

partout sous les Antonins, semble être entré dans l’application beaucoup plus tôten Syrie. En Palestine, on avait d’abord formé des auxilia de Juifs, et c’est sous Vespasien déjà que, selon Tacite (1), les soldats de la légion ZI Gallica, légion syrienne, acclament et saluent le soleil levant. Satisfaisant en — d’autres provinces, le système se révéla mauvais dans celle-ci : peu portés à la discipline, les indigènes n’y étaient point invités par le mauvais exemple des cités turbulentes (2).

A partir de l’an 6, disions-nous, un nouveau gouvernement fut constitué dans le Sud, et la Judée eut à satête des magistrats qualifiés peut-être d’abord préfets, ensuite procurateurs (3). La question reste à trancher (4) de savoir s’ils étaient entièrement autonomes ou relevaient des légats de Syrie ; sice ne furent pas véritablement des sous-ordres, on ne peut croire davantage à leur indépendance absolue. Ils résidaient à Césarée mais devaient fréquemment se rendre à Jérusalem. Nous avons la liste complète (5), et d’ailleurs courte, de ces agents, qui, bien que médiocres dans l’ensemble et point toujours fort scrupuleux, restèrent parfois de longues années à ce poste. De Vespasien à Hadrien (6), quelques noms seulement ont surnagé, et cependant, depuis la première insurrection, les gouverneurs de Judée sont des légats, prétoriens d’habitude, consulaires en temps de crise, par exemple ce Tulius Severus, qui mit fin à la deuxième révolte sous Hadrien.

L’étendue de la Syrie a beaucoup varié; ainsi qu’en Palestine, il y eut des annexions temporaires, abandonnées puis reprises. Entre l’Euphrate et la Cappadoce, un massif montagneux, le Nemroud-Dagh, dessinait comme un compartiment isolé (7), où des dynastes de langue grecque, mais qui se disaient Perses, en réalité métis, les souverains de Commagène, s’étaient cram-

(1) Hist., UI, 2. — (2) CLXII, XI, p. 5. — (3) CXXIX, p. 384 et suiv.

(4) Ibid., p. 406 et suiv. — (5) CC, IL, p. 487, 565-585.

(6) Depuis Hadrien, cf. S. KRAUSS, XXXIV, LXXX (1925), p. 113-130.

(7) CXXXVII, p. 259 et suiv.; LXXXI, p. 269 et suiv;., HONIGMANN, XLVII, Suppl. IV, col. 978-990.

ponnés près de deux siècles. L’un d’eux, un Antiochos, se fit élever un monument qui traduit à merveille la nature composite de cette dynastie et de ses sujets. Tibère avait fait main basse sur ce territoire ; opération brusquée, mais politiquement bien comprise. Caligula renonça à la Commagène, rattachée vingt et un ans à l'empire (17-38) ; Vespasien la ressaisit en 72, et définitivement cette fois.

Le dernier de ces Antiochos, qui avaient leur capitale à Samosate, possédait une part de la Cilicie dite Trachée. La Cilicie Campesiris formait alors une partie intégrante de la province de Syrie; mais certainement, au début du nr siècle, il n’en allait plus de même. Or on ne voit pas quand le changement s’opéra ; il semble probable que la Cilicie obtint son unité, non pas sous Domitien ou Trajan, comme il a été soutenu, mais depuis Vespasien, et la fondation de Flaviopolis, dans la Campestris, en 73, dut coincider avec une réorganisation d’ensemble (1).

Au cours du rer siècle encore, le petit royaume libanais de Chalcis et la tétrarchie d’Abilène, entre Béryte et Damas, furent incorporés à la Syrie (2), et la dynastie d’Émèse cessa de régner sous Domitien.

Page 1