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L’ARABIE

Les régions à l’Est du Jourdain et de l’Anti-Liban s'étaient ouvertes également aux influences grecques, mais, dès la fin des Séleucides au plus tard, parvint à y prédominer celle des Arabes. Un ensemble de villes constituait la Décapole ; on a tant de peine à en dresser la liste qu’elles durent, en réalité, dépasser le chiffre de dix; helléniques d’origine, elles comptaient presque toutes fort peu de Juifs dans leur population;

(1) CXXI, p. 72-77.— (2) CC, I, p. 707-725,

les plus notables étaient sûrement : Héliopolis, Philadelphie (Amman), Gerasa (Djerach) et Damas (1).

La condition de cette dernière soulève encore un problème. Marquardt et Mommsen (2) estimaient qu’elle fut possession des rois arabes de Petra, jusqu’à la fondation de la province d'Arabie, — dont elle se trouva exclue, ce qui déjà paraît étrange. Plus vraisemblablement,avecles autres cités grecques, elle fut rattachée à la Syrie dès la formation de cette province, mais sous un régime de liberté municipale (3). Toutefois, en vertu de quelque faveur impériale, elle dut un moment appar. tenir au roi d'Arabie, car un ethnarque y gouvernait au nom de celui-ci du temps de saint Paul, et les séries monétaires romaines qui proviennent de Damas s’interrompent curieusement entre Tibère et l’an 64. L’empire avait noué des relations fréquemment amicales avec ces souverains, les Arétas et les Malchos (4). Divers éléments vivaient du reste côte à côte dans cette ville ; les Juifs, par exception, y pullulaient ; aussi Hérode lui avait-il fait don d’un théâtre et d’un gymnase.

Ces Arabes Nabatéens ressemblaient déjà à ceux d’aujourd’hui, sauf qu’on n’en voyait guère d’adonnés à l’agriculture; nomades presque tous, ils pillaient les champs des Grecs ou des paysans syriens, rançonnaient les caravanes ; ils étaient presque insaisissables, habitant avec leurs troupeaux de véritables cités souterraines, dont on ne pouvait forcer l’entrée, d’ailleurs à peine visible. Le roi Agrippa (I ou II) les exhorta naïvement et vainement à quitter ce genre d’existence (5). Le Haouran (6) souffrit beaucoup de leurs déprédations.

Une bonne part du commerce de l’Inde et de l’Arabie avec l'Occident longeait les côtes de la mer Rouge et, du port de

(1) BENZINGER, XL VII, IV, col. 2042-2018; H. VON KIESLING, Damaskus, Leipzig, 1909 ; CG. WATZINGER et K. WULZINGER, Damaskus(Wissenschaflliche Verôffentlichungen d.deutsch.türk.Den/malschutzkommandos, IV), 1921-24.

(2) CXLII, p. 14. — (3) BENZINGER, Loc. cit., et CC, I, p. 734, 790.

(4) CC, I, p. 726-744, — (5) Inscription de Canatha, XLIV, Il, 1223.

(6) CLXXXVIL

Leucé Kômé, gagnait par une route Petra, puis Gaza (1). Pour protéger les convois, Trajan finit par mettre la main sur ces contrées ; il y eut des résistances de la part des Nabatéens, puisque cette annexion fut tenue pour une conquête. Elle eut pour exécutant le gouverneur de Syrie A. Cornelius Palma en 105 (2) ; bientôt une province d’Arabie absorba le royaume des Nabatéens originaires de l'Arabie Pétrée, accru de quelques villes de l’ancienne Décapole, principalement Philadelphie et Gerasa. Le premier légat connu gouvernait en 111, mais l'annexion est antérieure, vu l’ère de Bostra (22 mars 106) (3). Cette ère provinciale ne supprima pas l’ère de Pompée pour certaines villes, ni même les ères locales.

Les frontières de l'Arabie changèrent au cours des temps. Celle de l’Est, à la première époque, sont indiquées par les milliaires (4). Deux grandes voies existaient déjà au temps de Trajan : l’une, terminée en 111, allait en droite ligne, depuis le terminus Nord du côté de la Syrie, à Bostra, Philadelphie, et de là, suivant la lisière de la province, à Petra et à la mer Rouge ; l’autre, restaurée en 112 pour usage militaire, conduisait par un détour de Philadelphie à Bostra par Gerasa et Adraa (Der’at). Où devait passer la frontière ? Un peu à gauche de cette voie, entre Gerasa et Adraa, laissant l’Adjloun (5) à la Syrie, mais à l’Arabiele territoire de Gilaad, jusqu’au Yabbok au Nord ; la frontière Nord, peu distante de Bostra et d’Adraa, coupait probablement le massif montagneux du Haouran, là où il culmine vers 1 800 mètres, formant une sorte de centre de partage des eaux, des eaux fort rares et intermittentes, d’après les témoignages épigraphiques (6). En somme, le Sud du

(4) StrAs., XVI, 4, 23, p.780 C ; Peripl. mar. Erythr., 19; PLIN., Hisi. nat., VI, 28, 144.

(2) LXXIII, I, p. 249 et suiv. — (3) bid., p. 803.

(4) P. THOMSEN, Die rümischen Meilensteine der Provinzen Syria, Arabix und Palästina[XXX VIII, XL (1917), p. 1-103].

(5) Carl STEUERNAGEL, Der Adschlun, Leipzig, 1925.

(6) LX XIII, III, p. 265 et suiv.

Haouran seul appartenait à l'Arabie dans le principe; mais, vers le temps de Septime-Sévère, on y aura rattaché quelque morceau de la partie Nord.

Dans le Sud, Aïla, au fond du golfe qui borde à l'Est le triangle du Sinaï, relevait de la province ; au delà vers le Sud- Est toute délimitation serait arbitraire, et l’on ne sait de quel gouvernement dépendaitla région désertique au SuddelaJudée.

Le Haouran (dont les Arabes rendent ainsi le nom grec Auranitide) se couvre de moissons aujourd’hui encore à la fin du printemps; les gens y peuvent vivre, ignorants de toute civilisation, grâce aux vestiges laissés par celle des Romains : les réservoirs antiques, bassins ou citernes, sont toujours là pour procurer de l’eau; nombre de maisons, après plus de quinze siècles (1), fournissent de précieux abris: élevés avec de longues pierres grises, volcaniques, parfaitement jointes sans mortier, elles ont souvent un étage, sont ornées de pampres et d’inscriptions; des dalles plates forment le plafond ; pas de bois, tout est en pierre. L'artiste qui ;voudrait retracer des scènes de la vie du Christ et des Apôtres trouverait là pour ses tableaux les éléments d’un décor fidèle ; les habitations de cette contrée l’aideraient à situer les grandes figures de l’Évangile; pour habiller ses personnages, il s’inspirerait à bon droit des costumes qu’on portait dans cette cité de Palmyre, qui nous retiendra tout à l’heure et dont les tours sépulcrales rappellent de très près les mausolées du Haouran.

Des Arabes, d’abord païens, adorateurs d’un dieu que les influences helléniques firent nommer Dusarès et assimiler à Dionysos (car la vigne poussait en ces pays, et des inscriptions grecques y ont été retrouvées), embrassèrent de bonne heure le christianisme et, parmi les premiers, eurent leurs monastères. A quel point ils s’ouvrirent aux idées et usages d'Occident, — bien que l’organisation en villages indigènes ait généralement

(1) M. DE Vocüé, Syrie centrale, architecture civile el religieuse, Paris, 1866-1877,

prédominé, — on en juge par les ruines de Bostra, capitale de la province, dont il subsiste non seulement des restes du mur d'enceinte et un arc de triomphe, mais des thermes et une partie des gradins d’un assez vaste théâtre (1). Dans les régions absolument désolées, l’initiative des nouveaux maîtres du pays ne s’est marquée que par la construction de camps et de forteresses : Doumer (2), Daganiya près de Maan, El-Ledjoun, Kasr-Bcher, El-Kastal (3), Odrouk dans le voisinage d’Akaba (4) ; ces noms modernes de quelques-uns reflettent encore leur antique fonction (/egto, casira, castellum).

Quant à Petra (5), la vieille métropole des Nabatéens qui avait si magnifiquement résisté aux Grecs, elle accepta une sorte de protectorat de Rome bien avant que la formation de la province d'Arabie en eût fait, de la capitale d’un roi, une cité secondaire ; les descriptions précises de Strabon et de Pline montrent les effets immédiats de cette pénétration antérieure. Dans cette vallée aujourd’hui déserte, il y eut un théâtre magnifique, dont les voyageurs modernes ont pu compter les trentre-trois gradins ; dès le 1°* siècle de notre ère, les façades de tombeaux monumentaux creusés dans le roc combinent des éléments palestiniens et helléniques, surtout corinthiens, d’un type qui s’est propagé jusqu'aux environs de Médine. Des arcs de triomphe, des temples, de style baroque, mais grandioses, confirment la prospérité de Petra, lieu de commerce et de passage durant plusieurs siècles. On devait plus tard lui rendre son rang de capitale, à la tête de la Palæstina IIT où Salutaris (6); mais les progrès des Arabes indépendants la ruinèrent et firent prendre au trafic de tout autres chemins.

(4) LXXIII, [I.— (2) Zbid.— (3) Ibid., IL.— (4) Ibid. 1.

(6) L. DE LABORDE et LINANT, Suppl. au Voyage en Syrie, Paris, 1842; W. BACHMANN, C. WATZINGER, Th. WIEGAND, Petra (Wissensch. Verüffentl. d. d. iürk. Denkm., 1), 1921; voir les planches d’Alexander KENNEDY, Petra its Hstoryy and Monumenis, London, 1925,

(6) CLXXXIX, p. 22-30.

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