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DEUXIÈME PÉRIODE DE L’HISTOIRE DE SYRIE

En 193, la Syrie avait pour légat C. Pescennius Niger, alors que, Pertinax assassiné, les prétoriens venaient de mettre lPempire à l’encan ; toutes les légions des frontières s’en montrèrent indignées ; celles d'Orient acclamèrent Pescennius, chef de la plus importante province, sans considérer la tiédeur de quelques gouverneurs voisins (1). Mais leur champion ayant succombé, le vainqueur, Septime-Sévère, estima que la province de Syrie, trop considérable, donnait trop de pouvoir et de tentations à ceux qui y commandaient, et la scinda, sans doute dès 194 (2),en Syria Cœæle (Syrie Creuse) et Syria Phænice, la première avec deux légions, la seconde une seulement. La Syrie Creuse, la plus septentrionale, ne comprit pas uniquement, ni entièrement, la vallée de l’Oronte; il est bien difficile de la délimiter (3). Celle du Sud paraît avoir été la plus étendue, atteignant Laodicée et Apamée d’une part, la Damascène de l’autre (4), maïs la plus éloignée de l’Euphrate et des Parthes. Elle englobait notamment la célèbre Palmyre (5).

L'automobile, aujourd’hui, y mène de Damas en quelques heures; ce trajet, tout récemment, exigeait une longue expédition, non sans risques ; pourtant les caravanes n’avaient pas cessé de traverser Palmyre.

Elle entre dans l’histoire quand les Romains commencent à s’occuper d’elle ; ses richesses déjà tentèrent Marc-Antoine, qui poussa jusqu’à elle, pour le pillage. Ne l’imaginons pas isolée des régions côtières autant que le sont ses ruines et reliée à Damas par une voie absolument désertique, jalonnée tout juste

(1) CXXI, p. 78-86.

(2) 1bid., p. 87-90. Les gouverneurs connus : #bid., p. 53-64. (3) LXXIII, III, p. 249 et suiv. — (4) ULPIEN, Dig, L, 15, 1. (6) LXXX, p. 14-20; cf. XV, 1925, p. 277,

de quelques points d’eau ; assurément, elle se trouvait à distance et à part du monde syrien, d’où une situation spéciale de demi-indépendance. Mais l’Islam et ses pratiques de déboisement ont fait le vide complet autour d’elle. Ce fut une république vassale, organisée en cité hellénistique, divisée en tribus, dont une prit le nom de l’empereur Claude, avec une assemblée populaire, un conseil des Anciens, des archontes, des décaprotes, des syndics ; dans la population, assez bigarrée, entraient des Syriens, des Arabes, des Grecs, des Juifs, des Perses même — l’onomastique en fait foi. Ville trilingue, où l'empire tolérait l’usage officiel du dialecte araméen, local, les hautes classes connaissant le grec et même le latin, utile dans les rapports avec l’autorité romaine ;.l’épigraphie porte ici témoignage, car bien peu d’inscriptions sont rédigées en une seule langue.

Pour des Occidentaux, Palmyre était une grande oasis au milieux de régions très pauvres; mais les Palmyréniens s’effrayaient peu des steppes qui les entouraient. D’après Appien (1), lorque Antoine voulut les dépouiller, il ne trouva qu’une cité vide ; les habitants avaient transporté leurs biens au delà de PEuphrate, prêts à se défendre sur la rive gauche. Ils tenaient donc déjà la ligne du fleuve, et les fouilles récentes à Doura-Europos (Salihiyeh) (2), à quelque 150 milles romains de Palmyre, ontapporté desérieuses présomptions dans le même sens. De là une position stratégique exceptionnelle sous la République : dans les contestations sans fin entre Romains et Parthes, Palmyre pouvait rester neutre (et Antoine prit prétexte de cette neutralité), ou donner son appui à l’un des deux adversaires. En fait, son intérêt la rapprochait des Romains, maîtres des territoires syriens, pour elle les plus proches et les plus faciles à atteindre, pourvu qu’on lui épargnât un assu-

(1) Bell. eiv., NV, 19.

@) F. CumonT, XXX VII, III (1922), p, 208 et suiv,

jettissement trop étroit. Rome n’a pas dû lui interdire toute force armée particulière (1).

La campagne victorieuse de Trajan en Mésopotamie resserra les liens entre Rome et Palmyre; rassurée enfin par la politique générale d’Hadrien, celle-ci s’appela depuis lors Hadriana Palmyra, en attendant de devenir une colonie au mi siècle: Son caractère propre n’en fut guère altéré : la grande colon: nade (2) qui la coupait d’un bout à l’autre procède assurément du style gréco-romain, mais sans perdre son type asiatique ; les consoles appliquées sur les fûts, pour recevoir une statue ou un buste, ne doivent rien à l’ornementation classique. Le grand temple (3) associait des procédés de larchitecture romaine, qu’explique le voisinage, à un décor qui se ressentait de la dédidace à une divinité solaire. Les tours sépulcrales, mausolées de famille, en ont inspiré d’autres, maïs n’ont rien copié. Les ‘portraits funéraires (4), toutefois, qui rendent avec tant de réalisme les traits sémitiques des visages et reproduisent une bijouterie voyante et lourde, montrent des personnages en toge; mais ces Palmyréniens avaient qualité de citoyens romains, car, sinon les plus beaux, du moins la plupart des hauts-reliefs conservés sont postérieurs à Caracalla ; ils datent de l’apogée de Palmyre, du n1° siècle.

La ville n’avait cessé de prospérer sous Ja tutelle romaine ; c’est chez elle que résidaient les chefs des caravanes gagnant les comptoirs commerciaux des bords de l’Euphrate. Les finances locales tiraient de gros revenus des douanes, indépendantes sans doute, mais approuvées par l’autorité supérieure, dont une longue inscription nous a conservé le tarif (5), daté du règne d’Hadrien.

On sait que les circonstances donnèrent à Palmyre, au milieu

(4) CLXI, X, p. 271. — (2) LXXX, pl. VIII. — (8) Zbid., pl. I-IV.

(4) D. SIMONSEN, Sculptures de Palmyre à la Glyptothèque Ny-Carlsberg, Copenhague, 1889.

(5) XLIV, III, 106; LXXX, p. 23-58.

du in siècle, un rôle hors de proportion avec celui qu’elle avait tenu jusque-là. Les tendances monarchiques, qui prévalurent toujours dans l'Orient asiatique, avaient fait placer, au moins à cette époque, au-dessus des fonctionnaires municipaux, une sorte de chef suprême qualifié dans les inscriptions exarque ou prince, et sénateur romain. Un dignitaire ainsi désigné, Hairanès, avait rendu de singuliers services à Septime-Sévère dans sa guerre contre les Parthes. Quand Valérien fut tombé en captivité (260), le fils d'Hairanès, Septime Odenath, harcela utilement les troupes perses qui revenaient d’Antioche en guerroyant pour leur propre compte. Gallien, non encore reconnu, courant au plus pressé, répondit aux avances d’Odenath (1), qui prit le titre de roi, laissant l’administration de la ville à un autre notable, à la fois procurateur impérial et fonctionnaire royal ; pendant ce temps, ce nouveau souverain, non content de voir les Perses repoussés, s’opposait aux Goths en Cappadoce et allait par deux fois attaquer en plein Iran les Sassanides ; il n’avait jamais enfreint les apparences du loyalisme lorsque, mystérieusement pour nous, il fut assassiné avec un de ses fils.

L'autre, né de sa seconde femme, Zénobie, fut proclamé ; elle-même prit le titre de reine et gouverna pour ce Waballath, un enfant. Nous ne saurions retracer ici (2) l'épopée fulgurante = cette domination de six ans (267-273), l'occupation de l'Egypte par les Palmyréniens, leurs garnisons poussées jusqu’en Asie Mineure, aux portes de Byzance. 1l y eut là comme une réaction vive du monde arabe et araméen, suscitée par le désordre des temps et facilitée par le mandat qu'avait confié au prince de Palmyre l’empire aux abois ; les officiers romains restés sur place n’avaient aucun titre très sûr à le contrecarrer. Quand Aurélien, pour rétablir l'unité, rompit avec Wabal-

(1) Homo, XXXV, CXIII (1913), p. 235-248.

(2) CE CLXIL, X, p. 290 et suiv.; Homo, De Claudio Gothico, p. 60-68.

lath (1), aussitôt proclamé empereur par les siens, toutes les troupes romaines de Syrie ne se rangèrent pas sous les mêmes étendards : les légions l’emportèrent sur les escadrons de nomades dont les « raids » avaient réussi tant que le pouvoir central s’abstenait. L'élément syrien de la région côtière, nullement séparatiste, ne s’opposa point à la ruine de Palmyre, qui devint un simple village où les caravanes ne fréquentaient plus.

Rome avait bien senti où gisait le danger : déjà, avant ces événements, la légion X Frelensis avait été transférée de Jérusalem à Aïla, plus tard, la 7/7 Gallica fut postée entre Damas et Palmyre et la /V Scythica aux environs de cette dernière, qui, déchue comme ville, servit de camp pour une légion supplémentaire, qu’y plaça Dioclétien (2).

Rien d’incertain dans le détail comme la naissance et l’exacte délimitation des provinces plus réduites du 1v® siècle dans ces contrées (3). Nul souvenir appréciable du rôle qu’y ont pu jouer les assemblées provinciales : aucune n’est attestée pour l'Arabie ; quelques monnaies seulement rappellent les koëna de Syrie et de Phénicie.

La politique tendant à reconnaître des chefs arabes (4), vassaux de l’Empire, ne cessa pas après la chute de Zénobie. Par diverses sources nous connaissons plusieurs phylarques du nom d’Imroulqais, qui au 1v° siècle procurèrent de la cavalerie aux Romains, et une « reine des Saracènes », Maouiya, dont la fidélité montra quelque flottement. À la fin du v® siècle et au début du suivant, les relations entre ces Sarrasins et l’empire provoquèrent toute une série de négociations et d’ambassades. Enfin Justinien devait approuver la formation d’un Etat arabo-romain, pour balancer l’État arabo-perse de Hira. On en retira des services précaires, exigeant des subsides que le

(1) CXXXV, p. 84-115.— (2) LXXXI, p. 88.

(8) LXXIII, I, p. 260, 271 et passim. — (4) Ibid., p. 285; GC.

Trésor parfois avait peine à payer. Le danger arabe, en Syrie, fut un des grands soucis de Byzance (1).

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