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LA VIE ÉCONOMIQUE

Depuis qu’elles sont administrées par des puissances européennes, en vertu d’un mandat de la Société des Nations, la Syrie et la Palestine ont été recensées. Maïgre résultat : trois millions d’habitants, trois métropoles (Damas, Alep, Beyrouth}) et un certain nombre de villes moyennes. L’époque romaine, très certainement, connut des chiffres bien plus élevés. L’Islam a déployé sur cette terre fortunée sa paresse, son fatalisme devant les ruines, son insouciance de l’hygiène, sa résistance aux progrès matériels. De plus, bien des produits lointains, changeant d'itinéraire, sont convoyés par eau. La Syrie d’aujourd’hui compte moins que l’ancienne comme région de passage ; le tarif de Palmyre énumère quantité d’articles dont le transit a cessé même le long des côtes. Et les ressources locales ont diminué; le champ d’exploitation s’est rétréci, principalement au Nord; autour d’Alep, centre artificiel, né d’un besoin de sécurité qui pousse à l’entassement, c’est maintenant partout la lande déserte, et la rive droite de l’Oronte est à peu près abandonnée.

L’antiquité laisse entrevoir un tout autre tableau (3). Là où s’éparpillent de misérables campements de « scénites » modernes, abrités, pour quelques heures peut-être, sous un lambeau de toile grossière, le voyageur qui s’aventure sous bonne escorte remarque une foule de citernes et de réservoirs rupestres, que l’Empire ottoman ne sut même pas entretenir ; et il traverse les ruines de cités véritables, qui représentent une conquête méthodique sur le désert, commencée peut-être

(1) LXXXI, p. 30-35. — (2) LXX XIII, p. 36-65 ; CXC, bis, p. 242-253. (3) CLXII, XI, p. 26 et suiv.

dès le Haut-Empire, mais sans doute ruinée par les batailles, et en tout cas reprise entre les rv°et vi® siècles, auxquels remontent des constructions délicatement ornées, maisons, couvents, églises, qui dévoilent la part très large de la Syrie dans la formation de l’art chrétien oriental (1). Dans le Haouran, on ne se contentait pas, sous le régime romain, de la ressource des pluies d’hiver emmagasinées ; des aqueducs captaient les eaux lointaines et les amenaient en terre sèche.

La production indigène (2) a également perdu en variété et en abondance. Les céréales poussent dru partout où on les sème, et la culture maraîchère, les arbres à fruits bénéficient toujours d’un soleil fécondant ; la vigne, tardivement réintroduite par des missions chrétiennes et des colonies étrangères, a repris racine dans un sol des mieux appropriés et dont les crus antiques se répandaient en Perse tout comme en Italie. Le mouton, qui exige peu de soins, est presque seul article d'élevage ; que valent les rares buffles de la plaine d’Antioche auprès des bouveries célèbres qui firent, avec les haras royaux, la réputation d’Apamée ?P Industriels, les Syriens de l’antiquité travaillaient la laine et le lin, répandaient sur tous les marchés des toiles prisées pour leur finesse, dont l’Édit de Dioclétien sur le maximum consacra la réputation. On ne s’étonnera pas de la disparition des teintureries de pourpre; la verrerie phénicienne n’est plus qu’un souvenir, alors que les procédés de soufflage furent peut-être découverts à Sidon ; la décadence, il est vrai, en remonte au 1v® siècle (3). La Syrie possédait de précieuses pierres à bâtir, basaltes, calcaires, marbres de Sidon; lPactivité constructive des anciens, le pavage des routes dans les régions proches des rivages avaient développé l’exploitation des carrières : celles d’Enesh, aux bords de l’Euphrate (4),

(1) H. CrosBY BUTLER, American Archaeological Expedition lo Syria in 1899-1900 (I, Archilecture and other Arts), New-York, 1903; Exæploralion lo Syria 1904-1909, Leyde, 1915 et suiv.; HONIGMANN, XXX VIII, XLVI

(1923), p. 149-192; KLVII (1924), p. 1-64. — (2) LXXI, chap. VI. (3) XLIIT, art. Vitrum, p. 937, 938, 944. — (4) XCII, p. 151 et suiv.

révèlent encore les modes d’extraction, avec recours usuel à la main-d'œuvre militaire. L'Européen surtout utilise aujourd’hui ces matériaux ; l’indigène s’accommoderait de l'appareil archaïque en pisé. Enfin les richesses forestières, objet de convoitise, fournissaient un matériel de choix aux constructions navales ; mais les futaies ont disparu et du Liban et de la Commagène ; la grande végétation arborescente ne persiste que dans les districts largement arrosés, tels que la basse vallée de l’Oronte, ou par endroits sur les bords de l’'Euphrate.

L'étude du passé révèle les « possibilités » qui s’offrent encore à la Syrie sous une tutelle plus éclairée. Les heureux dons de la race, du moins pour le négoce, avaient poussé les Syriens à s’expatrier, à se répandre partout où pouvaient naître de vastes entreprises (1). Les Romains de vieille souche constataient cette invasion véritable en affectant de s’en indigner.

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