‹ LE MONDE ROMAINChapitre 5 sur 91 · AVANT-PROPOS IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS IX

élail une « pieuvre » (1). L’énumération détaillée des produits que fournissait chaque province permet de mesurer le bien-être, l’abondance, l’opulence dont on fouissait au cœur de l’empire — et qui ont transformé les mœurs nationales (2). D'autre pari, le relevé des améliorations techniques, des commodités de toutes sortes — aqueducs, ponts, thermes, réservoirs, citernes, habitations confortables (3) — dont les provinces furent redevables à Rome ; des magnifiques monumenis — théâtres, temples, arcs de triomphe — dont le monde, alors, se para et qui subsistent en ruines grandioses, parfors méme dans des régions abandonnées; des écoles qui répandaïent les leltres latines un peu partout, — mais dans les villes seulement (4) et dans les hautes classes, car Rome, même en Italie, ne prit pas grand souct de l'instruction (5) : cet invenlaire précis de l’œuvre impériale montre quelle part les diverses régions prenaïent à la civilisation romaine (6).

Ce qui fait le mérite essentiel de ce tableau, c’est l’effort de notre collaborateur pour reconstiluer, dans la mesure du possible, la vie régionale, par conséquent pour discerner, sous l’untformité relative, les différences réelles, la persislance ou, malgré les coniaminations, les survivances du caractère particulier, da génie local (7).

Il y a eu des races réfractaires : les unes qui se dérobaient nellement, des Sémites, par exemple, — nomades d'Arabie,

(1) Cf. F, Lor, t. XXXI, p. 81.

(2) Voir GRENIER, tome XVII, et Coin, dans l’Hellénisation du monde antique, p. 370; cf. LOT, t. XXXI, pp. 86-86.

(3) CHAPOT, p. 462. É

(4) Carthage, Cirta, Madaure (p. 463), Bordeaux, Autun (pp. 377, 379) font concurrence à Antioche, Alexandrie, Athènes.

(5) Voir CHAPOT, p. 194.

(6) On voit, ici et là, naître des villes, les unes pour une prospérité momenlanée, les autres, aux endroils d'élection, — Paris, Londres, par exemple, — pour un splendide avenir. Cf. Lor, t. XXXI, pp. 132 el Suiv.

(7) Sur les survivances ou même les innovations qui rompent la monotonie de l'architecture, de l'art, de la littérature importés, voir CHAPOT, pp. 198. 249, 370, 388, 411. Cf. LoT, t. XXXI, p. 12.

5e AVANT-PROPOS

Juifs indomptables el fanatiques ; les autres qui se rélai. nt, mais superficiellement, Égypliens et Berbères, par exemple, ou Bretons à une autre extrémité de l’Empire. Au sujet de l'Égypte, Chapot dit qu’elle n’a élé romanisée à aucun degré; ce n’est qu’en partie, d’ailleurs, et momentanément, qu’elle avait été hellénisée : « carrefour entre plusieurs mondes », pays de touristes (1), elle a vu passer des foules cosmopolites, sans que la population indigène att été changée dans son fond; aujourd’hui encore, « celui qu’on voit là-bas, à la charrue, au chadouf ou sur la dahabieh, est fout pareil à son aïeul des fresques pharaoniques; les siècles ont passé sans qu’on s’en aperçoive sur l’âme immuable du fellah (2) ». D'une façon générale, en Orient, Rome a plus maintenu, plus reçu même, qu’elle n’a apporté. Assimilatrice comme nous savons qu’elle l’était, elle a largement recueilli l’héritage de la Grèce. Dans l’Hellade même, elle n'a guère vu « qu'un musée d’antiquailles, gardé par des petits-neveux dégénérés (3) » ; maïs elle n’a pas combattu « cette tendance des Hellènes à se replier obstinément dans les traditions nationales (4) » ; el les grands jeux publics, et l « Université » d’Aihènes, si « byzantine » qu’elle pût étre, conservaient leur prestige et leur attrait. Partout, en Orient, les Grecs étaient privilégiés. En Asie Mineure, en Syrie, en Sicile, comme en Égypte, les Romains n’ont élé que les « continua- “teurs » (5) de l’hellénisme, — maïs d’un hellénisme de surface, bien souvent. L’Orient, dans une large mesure, est resté l'Orient ; l’Orient — P. Jouguet l’a bien fait voir — a pénétré l'Occident (6).

C’est sur les pays dits aujourd’hui de langue romane que

(1) CHAPoOT, p. 291. — (2) P. 333, — (3) P. 218. (4) CHaPoT, p. 210; cf. M. CRoISET, la Civilisation hellén a , ellénique, £. ZI, (5) CHAPOT, p. 218. Cf. M. CRoISET, ouvr. cité, 1. II, p. 88. (6) Pour la pensée hellénistique, voir JouGuET, &. XV, p. xu;: RoBIN, t, XIII, pp. 376 ei suiv. ; M. CROISET, ouvr. cité, 1. II, p. 104.

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