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LES RESSOURCES ÉCONOMIQUES

L'Égypte, pays privilégié, pouvant à la rigueur se suffire et se passer d'importation, fournissait à l’indigène tout ce qui convenait à ses besoins et à ses goûts. L'industrie nationale travaillait surtout pour le dehors. La conquête grecque lui avait déjà plus largement ouvert les marchés étrangers; les Romains n’eurent point à innover dans ce domaine (1). Ils ont plutôt favorisé l'entrée en Égypte des produits asiatiques, ivoires, aromates, etc., par la pacification de l'Érythrée, dont porte témoignage, sous le nom de Périple, un journal de bord arrivé jusqu’à nous et qui fut finalement rédigé à Alexandrie.

La grande ressource de la vallée du Nil était le blé; les chalands de transport sillonnaient le fleuve, véhicule idéal,

. () L. C. WesT, Phases of Commercial Life in Roman Egypt, XXII, VII (1917) p. 45-58 ; CXCVI, p. 51, 65, 214, 227, 444; LXX XIII, p. 16-34.

aidé par le vent du Nord qui facilitait le retour à vide; les routes, le long des berges, répondaient surtout aux nécessités militaires. D’autres bateaux pouvaient amener la précieuse denrée à Ostie et à Pouzzoles, à Constantinople dans les derniers siècles. L’orge venait aussi en abondance et servait à préparer la bière (4504), boisson nationale du menu peuple. La vigne prospérait cependant, et le palmier-dattier, et toutes sortes de légumes, surtout gesses, fèves et lentilles, et des plantes oléagineuses par lesquelles on s’efforçait d’éviter importation trop chère de l’huile d’olive. Un autre produit capital et apprécié, c’était, au lieu du coton d’aujourd’hui, le lin ; le tissage des fils occupait quantité de mains; on en fabriquait des étoffes pour vêtements ou pour suaires ; l’espèce la plus fine était égyptienne. C’est en Égypte aussi, rien que là, que se confectionnaient les feuilles de papyrus, dont le monde faisait une énorme consommation. L'industrie du verre livrait beaucoup d’articles à l’exportation, produits de luxe sous les rois, moins ensuite, après la découverte du soufflage. Mais, pour la vie courante des indigènes, c’était toujours le potier qui exécutait le matériel vulgaire; il restait du moins des clients, à Alexandrie et en Europe, pour les somptueux ouvrages de métal dont la tradition s'était conservée.

Sur l’industrie, en fabrique ou en boutique, coneentrée dans les bourgs plus que dans les grandes villes, sur le commerce local, nous avons moins de données que sur les méthodes agricoles, qui pouvaient, grâce à l’extrême fertilité du terrain, s’attarder aux formes rudimentaires; elles n’ont d’ailleurs guère changé jusqu’à nos jours. La régularité de l’inondation était assurée par un réseau formidable de canaux, petits et grands, conduisant l’eau loin du fleuve et bordés de digues, qui servaient en outre à limiter l’envahissement, à maintenir des chemins de liaison. Les « architectes » nommés par les papyrus sont ceux qui avaient élevé ces digues, les conser-

vaient en bon état, jetaient des ponts de-ci de-là, disposaient des écluses pour répartir au mieux le flot montant. L'entretien des digues fut négligé sous l’administration anarchique des derniers Ptolémées ; dès le temps d’Auguste, on y prêta grande attention, et l’autorité romaine ne se relâcha jamais de cette surveillance. Elle fut peu novatrice, mais sut tenir la main aux prescriptions essentielles.

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