LES IMPÔTS ET LES SERVICES FINANCIERS
Terre d'exploitation, au sens absolu et douloureux du terme, l'Égypte a payé à ses maîtres successifs, aux Romains comme aux autres, des redevances formidables. Dans tout fonctionnaire il y avait un agent, ou un informateur, un aide, de l’administration des finances. Comment le contribuable n’a-t-il pas fléchi sous le poids qui l’accablait P
Une tâche supplémentaire lui était déjà infligée par les déclarations qu’on exigeait de lui. Le chef de famille propriétaire remettait à l'autorité une droyoæpn xar'oixiav, décrivant son habitation, énumérant les membres de sa famille, ses esclaves, ses locataires ; en bas, sa signature et un serment de sincérité. Cet acte se renouvelait tous les quatorze ans, parce que ce nombre d’années est celui qu'il suffisait d'atteindre pour être soumis à la capitation;s mais la relation des deux choses n’apparaît pas très bien, puisque les déclarations indiquaient l’âge de chacun, avec son signalement physique, y compris les défauts corporels même cachés, son métier et sa situation vis-à-vis du tribut et du service militaire. L'’aroypas était dressée en plusieurs exemplaires (2), remise à plusieurs agents, mentionnait le bureau où avait été précédemment inscrit celui qui changeait de domicile. Des déclarations de naissance et de décès complétaient cette grave pièce d'état civil.
Outre l'inventaire des personnes, l'inventaire des biens,
(1) CCXIX, I, 1, p. 153-161, 185-219.
(2) A. CALDERINI, I, I (1922), p. 841-345; Ip., Rendiconti dell’ Istit. lom-
bardo, LV (1922), p. 533-541 ; A. CALDARA, S/udi della Scuola papirologica, Milano, IV, 2 (1924).
reposant sur d’autres droyoasa{ (déclarations), dont la périodicité reste encore incertaine (1). On les présume plus fréquentes en ce qui concerne les meubles, dont la situation est plus difficile à saisir ; quant aux immeubles, le cadastre en rendait compte; mais les mutations finissaient par l’embrouiller. Alors le préfet requérait une étoyoavñ d'ensemble pour les immeubles de tout le pays: simple contrôle à longs intervalles, car tout transfert de propriété était déclaré par l’acquéreur dans les six mois depuis l’opération, avec les hypothèques pesant sur l’immeuble et les noms des créanciers.
L’assiette de limpôt se fondait sur une répartition ; c’est à Rome qu’on fixait la somme globale attendue de l'Égypte, et le préfet, garant de la perception, préparait les rôles individuels, aidé par une foule de procurateurs (ëx{rosror) spécialisés et par des eclogistes, qui, chacun pour son nome, dressaient à Alexandrie, où ils avaient leur résidence (sans doute pour soumettre plus rapidement à quelque autorité supérieure les cas embarrassants), le double relevé des contributions à obtenir et des individus à atteindre; de là ressortait par le calcul la part virile à exiger. On expédiait aux percepteurs divers des listes nominatives (plus d’une nous est parvenue) ; pour le contrôle on en établissait encore ne concernant que les assujettis d’une seule localité. Et l’on conservait à Alexandrie, aux archives centrales, des exemplaires de ces deux séries parallèles de rôles. La plupart des quittances étant données sur des tessons de poterie, la masse des ostraka (2) déterrés en Égypte nous fournit de précieux renseignements.
La contribution personnelle (ëmixesdhaiov), qui remonte aux premiers temps de l'occupation romaine, n’épargnait, nous VPavons vu, que les classes supérieures : Romains, citoyens d'Alexandrie et descendants des clérouques ; les autres l’ac-
(1) O0. EcEr, Zum ägyptischen Grundbuchiwesen in rômischer Kaiserzeil, Leipzig, 1909.