‹ LE MONDE ROMAINChapitre 74 sur 91 · CALE · texte numérisé non relu

CALE

TITI CPL

BRIGANTES

Camulodur .Lurocornovium Vesulamium

a ae Ondinium Portu,s Lemanse

Orlu,

Carte VIII. — La Bretagne.

fort très appréciable en un temps où, sur toutes les côtes de Bretagne et de Gaule, on travaillait à écarter les pirates

répandus dans la mer du Nord. L’aventurier se fit reconnaître de la Bretagne entière; il avait pris d’ailleurs à son service bon nombre de ces Francs ou Saxons qui préludaient aux invasions. Constance Chlore venait de lancer une expédition contre lui, quand ce Carausius fut assassiné (293) par un officier subalterne, Allectus, lequel, s’étant fait proclamer empereur à son tour, ne succomba que trois ans après dans un engagement près de Vectis (île de Wight). La séparation de la Bretagne et de Rome avait duré quelque dix années; l’accueil ménagé, à l’heure de la victoire, au nouveau Britannicus Maximus indique que les Francs enrôlés par l’usurpateur avaient pris toute licence vis-à-vis des populations.

La division de la Bretagne en deux gouvernements n'avait donc pas eu les effets que Sévère en attendait. Dioclétien conclut qu’il fallait pousser plus loÿn le morcellement; c’est à lui probablement que remontent les quatre provinces indiquées déjà vers 297 par la liste de Vérone : Britannia I et 11, Maxima Cæsariensis, Flavia Cæsartensis. On a vainement travaillé à les situer (1); il est seulement établi par un texte épigraphique que Durocornovium (Cirencester) (2) dépendait de la Britannia Î, laquelle devait ainsi embrasser le Sud-Ouest de l’île. La création ultérieure d’une cinquième province, la Valentia (3), ne fait que dérouter les investigations.

Durant la première moitié du 1v° siècle, les épisodes locaux échappent à nos regards autant que ceux du 1°. On ne voit pas pourquoi, à son tour, Constantin prit le titre de Britannicus. Son fils, Constant, dut passer la Manche pour régler à la frontière d'Écosse quelques difficultés que nous ignorons. Mais, à partir du règne de Julien, Ammien nous fait sur la Bretagne des rapports qui ne rappellent que trop ce que l’on sait du reste de l’empire (4) : ce sont les malversations de tel haut commissaire envoyé par l'État; ce sont les invasions, répétées,

(1) CXCIII, p. 217. — (2) F. HAVERFIELD, IV, LXIX (1920). (3) Amm. MarcC., XX VIII, 3, 7. — (4) CXCIII, p. 259 et suiv.

meurtrières et dévastatrices, des barbares du Nord revenus à l'assaut sous les noms nouveaux de Pictes et de Scots, et des Francs ou Saxons, arrivés par mer, ravageant les cantons plus voisins de la Gaule. Un chef énergique, Théodose, père du futur empereur de ce nom, sut tenir tête à ce double péril ; mais, lorsqu’un certain Maxime, officier de haut grade dans l’île, se fut, par ses manœuvres, fait octroyer la pourpre, et, pour se rapprocher de l'Italie, eut emmené avec lui ses troupes et les jeunes Bretons qui le suivaient volontairement, la Bretagne sans défense fut encore attaquée de toutes parts. Laissons le détail des événements, d’une histoire qui toujours recommence; un fait est attesté par les enfouissements de trésors, de plusen plusnombreux : l’insécurité générale ;etmaintenant c’étaient les Bretons eux-mêmes qui appelaient à la rescousse les forces romaines, retirées de leur pays en vue de quelque autre opération estimée plus urgente. Vint un jour où, nettement, Honorius avoua pour définitive une situation qui remontait à trois ans, à 407 : les habitants, pressés par les Saxons, ne devaient plus compter que sur eux-mêmes (1).

On a essayé de contester (2) cette solution et prétendu que seule la barrière du Nord futalors délaissée, maïs que l’abandon total ne se produisit qu’en 442, sous Valentinien III. A cette opinion la Notitia diontlatum ne donne qu’un frêle appui, vu qu’en d’autres contrées, sûrement détachées de Rome, elle signale encore des garnisons d’empire (3); la dure réalité choquait les scribes de cour. Par l’étude des monnaies, au contraire, on est arrivé à constater (4) que le mur de frontière céda vers 383 et qu’aprè 410 tout lien était rompu entre la Bretagne et ses anciens maîtres, que les Saxons avaient remplacés.

(1) ZosiME, VI, 10, 2.

(2) J. B. BurY, XXII X (1920), p. 131-154; Edward FoorDd, The Last Age of Roman Brilain, London, 1925.

(3) F. Lor, XX XII, XXV (1923), p. 56.

(4) R. G. COLLINGWOOD, XXII, XII (1922), p. 74:90.

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L'occuparTion (1).

Quanàä cette rupture se produisit, les relations entre Rome et ses sujets étaient devenues plus confiantes ;aux1rIe-1v8siècles, lorsqu’on crée un empereur en Bretagne, ce sont les troupes régulières qui jouent le premier rôle, et les populations, demeurées loyalistes, se désintéressent de lusurpateur. Mais antérieurement il est très manifeste que, pour se soulever, tout prétexte paraissait bon aux indigènes. Trois légions et des troupes auxiliaires, c’eût été beaucoup pour garantirune ligne frontière bien courte; du reste, une moitié des troupes au moins stationnait fort loin du /?mes; c’est donc à une autre besogne qu’elles devaient pourvoir éventuellement (2).

Deux faits symptomatiques donnent à réfléchir: ces unités ont échappé complètement, même depuis Hadrien, au recrutement régional (3), et avant Dioclétien, dans cette armée de Bretagne, on ne trouve pas un corps d’auxiliaires constitué parmi les indigènes; exclusion systématique, qui ne s’observe nulle part ailleurs, PÉgypte exceptée. On se fitun devoir toutefois d’enrôler principalement, pour les garnisons insulaires, outre des Espagnols qui se rencontraient partout, nombre de Gaulois de Belgique et des deux Germanies. Ils y retrouvaient des gens de race apparentée, puisque, indépendamment des liens qui résultaient du celtisme commun, divers peuples belges avaient, du temps de l’indépendance, traversé le détroit pour se fixer au delà. La romanisation relative de la Bretagne est due, pour une bonne part, aux Gaulois et surtout aux Belges (4).

« Nous savons fort peu de chose des organes administratifs

(1) Cf. L. Le Roux, L'Armée romaine de Bretagne, Paris, 1911.

(2) Plus haut, p. 391, — (3) CXCIII, p. 187 et 371.

(4) Léon HALKIN, Le Diplôme militaire romain de Flémalle-Haule ( Publications du Musée belge, n° 44), Louvain, 1913.

qui s’y employaient de leur côté. Le légat, — les légats, après Septime-Sévère, — sont connus par leurs noms dans une certaine mesure (1); la capitale des premiers temps, celles d’après la coupure, ne sont point mentionnées, et l’onne peut tablerque sur la vraisemblance. Pour la justice, quelques noms de legati turidici ne laissent pas deviner le nombre de ces agents à une même date ni celle de leur création; renseignements très pauvres sur les institutions financières de l’île et la perception des impôts ; silence presque absolu des sources sur l’assemblée provinciale et sur les manifestations du culte des Césars — tout porte à supposer qu’elles se maintinrent dans une note fort discrète. Ce n’est pas là que les empereurs trouvèrent le plus facilement des dévots.

Toutes nos données, en somme, portent sur une organisation foncièrement militaire. Les routes, bien entendu, n’eurent pas uniquement un rôle stratégique ; elles servirent comme ailleurs aux besoins du commerce et aux parcours des éléments civils; néanmoins leur construction a devancé les besoins des habitants. Le réseau était extrêmement dense, bien plus que la population elle-même (2); c’est ce qui ressort au moins des indications, suspectes dans le détail, du très médiocre Itinéraire d’Antonin. La connaissance encore imparfaite des voies de Bretagneacependant bénéficié de nombreuses enquêtes poursuivies sur place; les milliaires, rares, déplacés, peu explicites, n’y ont presque pas aidé; mais comme, en cette contrée humide, il fallait des chaussées très résistantes, les constructeurs ont apporté à la tâche tout le soin minutieux prescrit par les techniciens. De fait, parmi ces routes antiques, plus d’une procura des fondations àun chemin moderne. Les chartes et actes royaux du Moyen Age, sous des noms tout nouveaux, désignent aussi des voies qui n'étaient guère que celles des

. () Cf. Donald ATKINSON, The Governors of Britain from Claudius lo Diocletian, XXII, XII (1922), p. 60-73.

(2) LXXXIV, Introduction et la carte.

occupants romains. Les directions principales se trouvaient commandées par la nature des choses; aussi prend-on une idée juste du réseau antique rien qu’à voir la carte des principales lignes ferrées d’aujourd’hui. Déjà nombre de voies rayonnaient autour de Londres ; les lignes méridionales sont naturellement les premières en date ; les nouveaux tronçons s’établirent au fur et à mesure que la province gagnait sur les régions du Nord (1); elles anticipèrent même sur les travaux du lîmes.

C’est ce dernier qui a le plus attiré l’attention des archéologues. Non pas que les forteresses fissent défaut dans le reste de la province; mais on s’est rendu compte qu’elles étaient généralement conformes au type habituel adopté par l’art militaire romain. Les Bretons déjà possédaient, eux aussi, leurs positions retranchées ; leurs forts, simples levées de terre, occupaient des hauteurs. Les Romains préféraient les plaines et les vallées (2), quitte à rendre les châteaux plus résistants ; ils n'avaient pas un simple plan de défensive : il s’agissait pour eux de tenir les routes et, par une prompte sortie, d’être bien vite présents sur le point menacé.

Les grands remparts qui bordaient la province n’ont donné lieu qu’à partir de 1890 aux fouilles méthodiques indispensables ; on est ainsi arrivé peu à peu à une doctrine qui ne semble plus exposée aux variations de jadis.

L’ouvrage d’Hadrien (3), le premier construit, entre 122 et 127, comprenait essentiellement du côté Sud un vallum, du côté Nord un mur, entre les deux une route militaire. De cet ensemble le vallum est le plus ancien élément : il consistait en trois remparts de terre, souvent mêlée de pierres, et un fossé à fond plat, aux bords évasés, d’une profondeur moyenne d’en-

(1) Pour la région d'Édimbourg, cf. Harry INGLIS, Proceedings of the Society of Antiquaries of Scotland, LII (1918).

(2) CXCIII, p. 140 et suiv.

(3) CCX VI, p. 118-137; R. G. CoLLINGWoOD, XXII, X (1920), p. 37-66;

CXX VII, p. 151 et suiv.; cf. pl. ad p. 82.

viron 4%,50; le plus petit des trois remparts, de très faible hauteur, dominait la pente méridionale du fossé, dont les autres étaient distants de quelque 7 mètres — ils s’élevaient à 2 ou 3. La terre enlevée pour creuser le fossé en avait fourni en majeure part les matériaux. Tel était le type, très apparent, du vallum. Sa destination, son objet ont été plus discutés, On s’accorde aujourd’hui à y voir non pas un organe de défense, mais un ouvrage de caractère purement civil : il marquait la limite du territoire provincial, où chacun pouvait circuler ; au delà, jusqu’au mur, s’étendait une zone proprement militaire. Pour un appareil défensif, fossé et remblais eussent été bien insuffisants, et puis le va/lum courait en droite ligne, même dans les bas-fonds marécageux, sans aucun égard aux points stratégiques ni aux courbes du terrain.

Au Nord du vallum se déployait, depuis Hadrien même, la rangée continue des forteresses, à un intervalle moyen d’environ 4 milles, mais en fait très irrégulièrement espacées. Un certain nombre ont été explorées (1) ; quelques-unes formaient de véritables petites villes, dontona reconnules rues, les divers bâtiments. Ces centres de défense essentiels pouvaient loger une cohorte de 500 ou même de 1000 hommes. On les avait constitués en agrandissant quelques-uns des fortinssecondaires, des mile-castles, ainsi nommés des archéologues modernes, parce que leurs intervalles étaient plus constants et que leur nombre total paraît bien avoir été, à peu de chose près, égal aux 73 milles que mesure la barrière sur toute sa longueur ; petits châteaux de taille réduite, sommairement construits, que reliaient encore de fréquentes tours à signaux.

La découverte en 1895 d’un mur de gazon (murus cespiticius), reconnaissable aux raies noires produites à chaque assise de mottes par la combustion des herbes, fit penser quelque temps qu'Hadrien n’avait élevé au Nord du vallum que ce

(1) CCXVI, p. 127.

mur Ge terre, le mur de pierre étant l’œuvre de Septime- Sévère. Mais rien ne prouve que ce mur de gazon ait été poursuivi sur toute la longueur de la ligne, et surtout les fouilles de 1911 ont établi que l’étage inférieur du mur de pierre remonte à la première moitié du 11° siècle. Cette construction a donc suivi de près celle des forts eux-mêmes, qui furent conçus dans le principe comme des ouvrages isolés, indépendants, entourés d’un fossé sur tout leur pourtour. Les recherches les plus récentes (1) ont enfin montré que, de distance en distance, le vallum avait été remanié, des brèches pratiquées dans les remblais et le fossé comblé aux endroits correspondants, de façon à livrer passage aux véhicules amenant les matériaux des carrières situées au Sud du vallum et qu’on avait utilisées pour l’édification du mur.

Grosse entreprise en somme que tout cet ensemble, qui fut l’œuvre de l’armée; on ne voit pas en quoi s’y manifesta l’activité de Sévère. Réfection, rectification, restauration P Un texte unique de Spartien (2), qui lui fait honneur « d’une ligne fortifiée au moyen d’un mur mené à travers l’ile des deux côtés jusqu’à l'Océan », ne mérite sans doute pas plus de crédit que tant d’autres notices de l’Histoire Auguste. La bande de terrain entre le mur et le vallum conservait une largeur variable (entre 27 et 800 mètres, une soixantaine en moyenne), particulièrement prononcée vers le milieu de la course, parce qu’au rebours du vallum le mur n’avait pas été conduit en droite ligne ;il escaladait plutôt les croupes pour barrer les positions dominantes (3). Une voie militaire traversait cette zone d’une mer à l’autre, généralement tout près du mur.

Plus court de moitié, le vallum calédonien, qui traversait l’Écosse dans sa partie la plus étranglée, entre les deux estuaires du Forth et de la Clyde, était en outre beaucoup plus

(1) F. Gerard SIM1LON, Transactions of the Cumberland and Westmore»

land Antiquarian Society, XXII (1922), cf. fig. 6 à 10. (2) Sev., 18, 2. — (3) CCXVI, p. 122, fig. 37; CCXX, p. 68, fig. 13.

simple. Il comprenait une série de châteaux et de stations reliés par un autre chemin militaire ; celui-ci longeait, à la distance de 30 mètres environ, l’agger bordé par un fossé, au delà duquel se profilait encore un remblai extérieur peu élevé. Murus cespilicius, dit à ce sujet Capitolin, et cette indication exacte s’applique au rempart principal, entre la route etle fossé. Antonin le Pieux s’en tint àcet ouvrage sommaire, et ses successeurs n’y ont rien changé. Les fortins étaient plus nombreux, mais bien plus petits qu’au /Îmes d’Hadrien. L’empereur ne dut envisager qu’une mesure de sécurité supplémentaire, une barrière destinée à arrêter les petites incursions à faibles effectifs, qui pouvaient donner dans ces chausse-trapes, masquées par des branchages, dont on a cru trouver des vestiges (1), et aussi à retarder, embarrasser les autres, qui, la première ligne une fois rompue, devaient compterencore avec le mur d’'Hadrien. Entre les deux ensembles de fortifications, le pays intermédiaire fut de tout temps infertile, peu habité ; ses très médiocres ressources ôtaient toute gravité aux ravages qui s’y pouvaient commettre.

En l’absence d’un texte décisif, l’accord ne s’est point fait sur la durée de l’occupation du barrage septentrional ; les archéologues anglais (2) admettent habituellement, après Haverfield, qu’elle cessa au plus tard vers 180.

Ce n’est pas seulement de ce côté que les Romains éprouvèrent des préoccupations ; nous avons vu qu'après les Antonins surtout un sérieux danger se fit jour vers les rivages de la mer du Nord. La piraterie, ce fléau de l'antiquité, fut d’abord enrayée sans trop de peine, du moins le long du littoral, par la classis Britannica. Malgré son nom, elle avait son principal port d'attache en Gaule, à Gesoriacum (Boulogne); textes et inscriptions permettent d’en faire remonter la création jusqu’à

() CLV, p. 232,

; CRT E p. 62; COXX, p. 56; R. G. CoLLINGwooD, XXIT, XIII 23), p. 69-81.

Claude même. Il s’agissait en effet d’assurerles communications entre l’île et le continent, et cette flotte a dû jouer un rôle de convoyeur. Contre les pirates on équipa, en outre, des forteresses côtières, destinées tout au moins à prévenir leurs débarquements. Les points d’appui de l’escadre se trouvaient sur le Pas-de-Calais ou tout près de là, à Dubræ (Douvres}), Portus Lemanæ (Lymne), Rutupiæ (Sandwich), Regulbium (Reculvers) ; des phares ou postes de signaux les aidaïent à correspondre. Au Nord, vers l'Écosse, la classis Britannica possédait encore des abris réservés et même, semble-t-il, des greniers d’approvisionnement éventuel (1). D’après les inscriptions, des terrains lui appartenaient près du mur d’'Hadrien, du côté de la mer d’Irlande; elle a donc dû opérer également dans ces parages.

Elle aura longtemps suffi à sa tâche : il y avait en bordure de mer des villas élégantes sur la Manche; leur sécurité ne paraissait donc pas compromise. Toutefois des garnisons devaient être postées assez près des côtes ; ce n’est point dans l’intérieur que campaient les deux légions du pays de Galles ; le fort, récemment fouillé (2), de Segontium (Caernarvon), en face de l’île de Mona, eut sans doute pour objet de parer aux dangers qui pouvaient venir du large; construit d’abord en bois, il fut refait en pierre et solidement occupé, surtout au temps des Sévères.

En effet, à partir de cette époque, la situation devint plus sérieuse, et 1l fallut prendre des mesures nouvelles contre les attaques par mer des Germains du Nord (3). Carausius fut désigné spécialement pour les contenir ; or il se servit de l’escadre pour affirmer l’indépendance de la Bretagne romaine et s'établir empereur ; on s’aperçut pour la première fois que la maîtrise de la mer pouvait affranchir la contrée de sa dépen-

(1) CXCIII, p. 205.

(2) XXII, XI (1921), p. 224 et suiv.

(3) F. HAVERFIELD, XXII, II (1912), p. 201 et suiv.

dance vis-à-vis du continent ; il a eu l’intuition de la politique britannique dans les siècles à venir.

Mais le gouvernement romain changea de système : Carausius mort, et la province rentrée dans le devoir, Dioclétien, ou l’un de ses collègues ou successeurs immédiats, nomma un comes liloris Saxonici per Britannias (1) et plaça sous ses ordres neuf forts entre le golfe du Wash et les alentours de l'ile de Wight. Au lieu de la classis Britannica, une classis Sambrica (du nom de la Samara ou Somme) eut mission de protéger les deux rivages de Bretagne et de Gaule, reconnus solidaires. La disposition du littoral « saxon » (c’est-à-dire menacé parles Saxons) était bien pour tenter les bandits de la pleine mer : ils trouvaient là des côtes basses où leurs embarcations abordaïient sans péril, des anses où les cacher, des dunes où eux-mêmes pouvaient aisément se dissimuler. Pour obtenir une surveillance constante, on multiplia les postes, on augmenta les détachements; plusieurs des ports construits à cette fin ont été explorés en ces dernières années. On a constaté que, dans la deuxième moitié du 1v® siècle, les mêmes précautions furent adoptées bien plus loin, au delà du Wash, en particulier à l’Est et au Nord d’Eburacum : sur la lisière des bandes désertes (dites Egton Moors), des guettes, à la première alerte, transmettaient un message aux garnisons de l’intérieur ; près de Saltburn, de Scarborough, de Filey, de préférence aux embouchures des petites rivières, fourmillaient des campements, dont les monnaies retrouvées dans les ruines nous indiquent à peu près les dates d’établissement ou de reconstruction ; des fragments de tuiles attestent même que certains forts furent restaurés après l’ayènement d’Honorius. L’abandon de l'ile vers ce temps n’avait donc rien de. prémédité ; mais il fallait des hommes — et l’empire en manquait — pour mettre en fonctionnement un système bien compris; on

() Not. digne, Occ. V, 132 eeck; J. MOTHERSOLE, The Saxon Shore, London, 1924.

vida de ses troupes la Bretagne, parce qu’on jugea plus grave toute autre catastrophe.

La VIE LOCALE.

Notre ignorance est presque complète touchant le régime municipal de la contrée (1). L’épigraphie, du moins, témoigne de la persistance des civilales (2) portant chacune un nom de peuple, très rarement un nom de ville ; à dater de Caracalla, elles durent avoir rang de municipes, posséder leurs décurions. Mais l’époque antérieure reste dans l’ombre : les autorités locales n’éprouvaient point la tentation de graver leurs décisions sur la pierre; les inscriptions, pour la plupart, sont Pœuvre des éléments romains et de l’armée.

La plus ancienne colonie de vétérans fut implantée près du rivage de la mer du Nord, dans la cité déjà importante de Camulodunum (Colchester), vouée au Mars celtique ; cette intrusion la désigna aux fureurs indigènes à l’époque de Boudicca. Glevum (Gloucester) devint colonie sous Néron; on a pu en reconstituer le plan, les deux grandes voies, retrouver des restes de murs, de portes et autres constructions (3). Eburacum aura reçu probablement au 11€ siècle la même qualité; le tracé de l’ancienne enceinte se remarque encore dans l’York d’aujourd’hui (4). Il faut peut-être ajouter Lindum (Lincoln), création des Flaviens, et c’est tout. Cette parcimonie dans l'attribution du droit colonial s’explique par l’annexion tardive de la Bretagne, postérieurement à César et à Auguste.

Bien peu des vieilles cités brito-romaines ont été suffisamment explorées de nos jours. Deva (Chester), au Nord du pays

(1) CXCIII, p. 209. Nomenclature des cités dans LXT.

(2) CLXXXIII, p. 222 et suiv.

(3) HuEBNER, IX, LX (1876) p. 142 et suiv.; LXI (1877), p. 157 et suiv. (4) G. HOME et W. E. COLLINGE, Roman York, London, 1924.

de Galles, quartier général d’une légion à l’embouchure de la Dee, n’a livré que de menus fragments antiques. La mieux connue est Calleva Airebatum (Silchester) (1), important nœud de routes au Sud-Ouest de Londres, ville close, avec un mur d’enceinte et un fossé, dont le polygone irrégulier et les rues perpendiculaires délimitaient une quarantaine d’insulæ. Près de l’intersection des deux grandes avenues s’ouvrait un forum spacieux (2), comparable à celui de Trajan à Rome, un des côtés fermé par une basilique, les trois autres bordés de colonnades qui abritaient des boutiques ; une sorte d’hôtellerie (hospilium), quelques temples rappelant des édifices de la Gaule, un amphithéâtre hors de la ville en constituaient les caractéristiques principales. Mais on doit aussi aux ruines de cette localité la révélation assez précise des maisons de la Bretagne romaine. Venta Silurum (Caerwent) a permis des observations analogues : son forum semble calqué sur celui de Calleva (3).

On reste dans l'incertitude quant aux origines de Londinium, ce Londres tentaculaire, devenu monstrueux, dont la géographie même fait comprendre l’immense développement (4). Un peuplement antérieur à la province y paraît évident, vu la découverte de débris romains qui doivent dater des premières années de notre ère ; le commerce ne se porte pas vers les terrains vides. Tout vestige de route antique a disparu au voisinage de la ville; Tacite (5) la dit renommée, dès le règne de Néron, pour l’affluence des négociants, l’activité du trafic. Incendiée vers ce temps, elle renaquit de ce désastre et fut cette fois pourvue de murailles, basses mais résistantes. Les remaniements que le Moyen Age y apporta

() John Hope, IV, LXI, 2 (1909), p. 473-486 ; CCXX, p. 132.

(2) CCX VI, p. 217, 221.

(3) TV, LXI, 2 (1909), p. 569; CCX VI, p. 221.

(4) F. HAVERFIELD, XXII, I (1911), p. 141 et suiv.; W. LETHABY, Lon= dinium, London, 1922; GORDON HOME, Roman London, London, 1926.

(5) Ann., XIV, 33.

n’ont pas empêché d’en décrire à peu près le tracé : il enserrait en gros la « Cité » actuelle, depuis la Tour jusqu’au delà de Saint-Paul ; l’enceinte, du côté de la Tamise, se tenait à quelque distance du fleuve (1). D’après la localisation des poteries gauloises exhumées lors des fouilles (2) et que l’on peut dater, Londinium avait atteintsous Domitien les limites fixées par ce rempart, et qui ne changèrent plus jusqu’aux invasions barbares; les trouvailles de monnaies indiquent que, vers 400, cette agglomération, toute civile, sans unité peut-être et sans attaches avec le continent, dut succomber aux attaques des Saxons. Elle n’avait euqu’une heure de gloire, par l’hivernage du général Théodose (368-369) et la victoire qui lui valut le nom d’Augusta (3).

D'ailleurs, exploration des villes a beaucoup moïns que celle des installations rurales (4) rendu compte de cette culture mixte ébauchée en Bretagne sousla domination romaine; on l’a dit justement (5), ce n’est point là, proprement, une civilisation urbaine ;ses expressions les plusfrappantes s’observent dans les campagnes, et même les cités lesplus instructives apparaissent plutôt comme des groupements de « cottages ». Bien que ruinées généralement jusqu’au sol, les habitations privées qu’on a pu étudier n’ont plus beaucoup desecrets pour nous, et un fait saute aux yeux dès le premier examen : le décor est latin, ainsi que divers perfectionnements qui contribuent au confort de la demeure ; mais l’ordonnance reste celtique. Deux plans, dit-on, se disputaient la faveur des Bretons; on fait entre les maisons à corridor et les maisons à cour une distinction (6). Elle n’est point fondamentale (7) ; à regarder de près le type « à cour », on s’aperçoit qu’il n’a rien de commun avec la maison pompéienne ou purement latine: cette

(1) Plan dans IV, LXIII (1911/12), pl. LXIV.

(2) Frank LAMBERT, IV, LXVI (1914/15), p. 225-274.

(3) Am. Marc., XX VII, 8, 7-8; XXVIIL, 3, 1. — (4) CXCIIT, p. 334-341, (5) LXXXVI.— (6) CXCIII, p. 332 et suiv.— (7) LXX VII, I, p.297.

cour est entourée non d’un portique ouvert, mais d’un corridor sur lequel donnent les chambres; en outre, dans les spécimens un peu vastes, un autre corridor fait le tour de la maison à l’extérieur; en sorte que les appartements sont complètement enveloppés de couloirs, qui les isolent desrues avoisinantes. D’une façon générale, les demeures « à corridor » sont les plus courantes, les plus modestes; c’estle type initial ; si l'occupant prend de l'importance, il ajoute une aile perpendiculaire avec nouveau corridor, puis même une deuxième, parallèle au logis primitif, une troisième; sibien qu’on aboutit à quatre séries de chambres en carré, avec un corridor pour chaque groupe, longeant l’espace vide au milieu (1) ; les corridors du pourtour extérieur supposent de nouveaux agrandissements. Mais souvent on s’en tient à une seule rangée en ligne. Par contre, les riches villas arrivent à avoir deux cours, séparées par des corps de bâtiments.

Ward (2) signale encore un type « basilical », pour classes indigentes : ni cour ni corridor; plusieurs pièces sont déterminées, dans un seul espace, par deux rangées de piliers parallèles.

Le corridor, bordé par un mur, répondait mieux que le portique ouvert aux exigences d’un climat pluvieux et froid; une autre particularité due au terroir est l’extrême abondance des hypocaustes, même dans les humbles constructions — il ne peut donc s’agir partout d'établissements debains (3). L'usage des vitres garantissait aussi généralement qu’en Gaule contre les pertes de chaleur.

Quel laconisme dans nos sources sur la vie économique dela Bretagne romaine (4)! Grâce au climat, favorable aux pâturages, on exportait force bétail; le blé était aussi une des

() Voir les diagrammes de WarD, CCXVI, p. 148, fig. 41; cf. p. 169, fig. 51, une restauration du corridor. \

(2) 1bid., p. 174 et suiv. — (3) COXX, p. 149, fig. 36.

(9 LXXXIII, p. 208-221 ; CXC bis, p. 212.

grandes ressources de la contrée; les Romains communiquèrent aux indigènes le savoir de leurs agronomes, introduisirent de nouveaux outils agricoles, gagnèrent du terrain sur les marais par des travaux où la main-d'œuvre bretonnes’unissait à la militaire. L’exploitation des mines, d’étain en particulier, avait commencé bien avant l’occupation; celle-ci eut pour conséquence l’établissemeut rapide d’un quasi-monopole au profit de l’État. L’extraction, il est vrai, n’en fut que plus active, et les applications industrielles plus variées. L'art du potier enfin prit un remarquable essor; par leurs formes “usuelles, les vases s’apparentent à la ferra sigillala du continent (1).

LA ROMANISATION.

Question délicate en ce qui concerne chaque province et ici non moins épineuse (2). Si l’opinion n’est pas unanime, en Angleterre en tout cas l’on pense habituellement (3) qu’après la retraite des Romains la Bretagne se retrouva celtique, comme elle avait été quatre siècles plus tôt. Amour-propre national? Non sans doute, ou qui se trouverait d'accord avec une sorte d’instinct profond. On compare volontiers les rapports des Bretons et de Rome avec ceux de l’Angleterre et de l’Inde (4). Les celtisants, que la philologie n’aide guère en Pespèce, gardent beaucoup de scepticisme sur lintensité et lefficacité de l’influence romaine. Il semble qu’on fasse de justes réserves relativement à l’exacte signification de certains vestiges; n’oublions pas que Rome tâchait partout d’agir sur la classe riche et, par là même, cultivée. Celui qui colligerait sans plus les expressions de langue anglaise qui s’étalent partout dans Paris croirait notre capitale en passe de se dé-

(1) CCXV, p. 153-176; CCXX, p. 156 et suiv. — (2) CXXIV, p. 76. (3) Sauf Collingwood, LXXXVI. — (4) CCXX, p .226-235

nationaliser; le peuple oppose une résistance, qui est visible. Dans la Bretagne romaine, on aurait beaucoup plus de peine à la saisir; elle partait de gens incultes ou miséreux ; ainsi devient fort explicable l’absence des inscriptions celtiques.

Haverfield a délimité (1) l’aire en dehors de laquelle le problème soulevé n’existe même pas. Toute la zone militaire du Nord est hors de cause: population indigène clairsemée, malveillante et butée, sol maigre et pauvre; là Rome campe, mais n’assimile rien. À l'Ouest, ainsi que Devon et Cornouailles, tout le pays de Galles s’exclut pareillement. Aïlleurs, dans les plaines basses, les traces de vie romaine s’éparpillent; les villes sont rares et, sauf peu d’exceptions, minuscules. La langue latine a pénétré certainement, même avant César; les graffittes de Calleva sont dus, pense-t-on, à des Bretons des couches inférieures. Sans doute, mais l'Orient moderne nous habitue à la notion d’une classe restreinte, cosmopolite par ses emplois et vaguement polyglotte, qui compte même des indigents. Agricola poussait les fils des principes à l’étude du latin ; il n’y a donc pas à s’étonner de voir un grammairien enseignant en Bretagne vers 80 (2); l’allusion de Juvénal (3) aux juristes bretons éduqués par des maîtres gallo-romains n’a guère plus de portée. Des noms géographiques actuels semblent copiés sur ceux de l’antiquité ; mais formes latines et formes bretonnes se ressemblaient ; de ces dernières, on ignore la vraie prononciation; quelle fut la filière... P

Nous avons noté le caractère local de l’habitation ; l’aménagement intérieur s’inspire des modèles latins; stucs peints et mosaïques ont écarté tout sujet indigène. Néanmoins, dans les modèles acceptés, il y a prépondérance des formes en câble, en guillochis, qu’affectionnera l’art celtique ultérieur; les produits céramiques de Castor et de Durobrivæ témoignent aussi d’un goût particulier : scènes de chasse, têtes renversées des

(1) CXXIII et CXXIV. —(2) H. DESsAU, XVI, XL . 156ess (2) , XLVI (1911), p. 156-160,

animaux, larges emprunts au règne végétal, médiocre usage de la figure humaine. Certaines fibules ont un aspect qui fait déjà songer à l’art barbare du Moyen Age. Jamais la tradition formée sur place n’a été abandonnée. Évidemment, les objets italiens d'importation foisonnent, mais aujourd’hui sauvages et nègres achètent aussi, sans plus d’arrière-pensée, la pacotille européenne. Assurément encore, les cités ont figure romaine, officiellement, avec des magistratures d'emprunt ; on y trouve forums, thermes, basiliques, et aussi, moins souvent, théâtres ou amphithéâtres. Mais des Romains y habitent, ils y ont créé des cercles à leur image. La physionomie des ruraux nous échappe, elle, complètement. Dans la civitas, le peuple fusionne mal avec son chef-lieu; en Gaule, c’est le nom du premier qui persiste et passe dans notre langue; en Bretagne, rien de pareil.

Cette romanisation si limitée n’obtient, au 1°" siècle, que des succès médiocres, qui s’interrompent au second, reprennent aux mie-1v®; mais bientôt, sur la Bretagne abandonnée à ellemême, c’est l’entourage celte de Calédonie et d’Irlande qui exerce son emprise; des immigrants de ces contrées ravagent les centres romains, massacrent ou expulsent les gens ralliés aux modes latines. La liberté rendue au pays, les plus anciens conteurs, comme Gildas au milieu du vi* siècle, n’avaient plus que des idées confuses ou absurdes sur ce qui s’était passé moins de cent ans avant eux.

Nous groupons ici toutes les provinces où coulait le Danubius des Celtes, l’/sler des Hellènes (1). Leur communauté de destin tenait à l’activité batelièrersur le fleuve et, plus encore, à l’étroite parenté des peuples établis au delà de sa rive gauche, à leurs instincts de rapine, à leurs fréquentes tentatives pour forcer les frontières du Nord de l'Italie. Couvrir de ces côtés la péninsule, sa métropole, fut une nécessité qui aide à comprendre la genèse de la conquête, son extension progressive et ses fluctuations. Mommsen (2) déjà avait rendu sensible cette solidarité des terfitoires danubiens. Nous avons seulement, nous séparant en ce point de sa méthode, laissé à part le protectorat romain sur les colonies grecques de la Russie méridionale, qui a une autre origine et intéressait davantage les provinces d’Anatolie.

Marches protectrices, ce sont avant tout des établissements militaires que devaient recevoir les provinces étudiées en ce chapitre. Les renseignements trop pauvres qui nous sont venus sur cette vaste zone se rattachent pour la plupart à historique des armées.

La RÉTIE.

On a vu plus haut comment, sous Auguste, les campagnes

de Drusus et de Tibère réduisirent enfin ces clans germa-

(1) Voir les cartes de XLI, III, Supp. II, in fine. (2) CLXII, IX, chap. VI

niqaes des Rètes, qui s’assemblaient pour le pillage de la vallée du Pô (1). Les Romains emmenèrent, peut-être comme esclaves, bon nombre de jeunes gens de cette nation, ne laissant dans le pays que la main-d'œuvre indispensable à la culture, et des vétérans vinrent remplacer les bannis. Ce qui resta subit de lourdes contributions, à part quelques tribus soumises sans résistance; mais aucun recrutement dans le pays conquis n’ajouta d’abord à ces charges. La contrée ne devait fournir qu’ultérieurement de parfaits auxilia.

La topographie y déterminait deux régions bien distinctes: la plaine des Vindélices, au Nord-Ouest, et le massif montagneux qu’habitaient les Rètes — respectivement, et en gros, la Bavière méridionale et le Tyrol. Rètes et Vindélices ne furent d’abord rattachés que par l’union personnelle sous un seul gouverneur, dit tantôt præfectus, tantôt pro legalo provinciæ Ræliæ et Vindelic.et vallis Pæninæ (2), n’ayant à sa disposition que des troupes auxiliaires. Sous Claude seulement apparaît une province de Rétie tout court ; elle ne compte pas les éléments les plus méridionaux, déjà annexés avant la guerre d’Auguste et attribués aux villes italiennes de Trente, de Côme et de Brescia. Et l’on commence alors à s’occuper des voies et forteresses. La vallis Pæœnina, plus éloignée des éléments germaniques, formait une petite confédération de quatre villes; ce devint le « Valais », autour du Rhône, en amont du Léman ; Claude lui concéda le droit latin.

Les frontières de la Rétie ne peuvent être précisées (3) qu’à l'Est, du côté du Norique, dont la séparait l’Inn, de son embouchure à Passau jusque vers Kufstein; au Nord, le Danube servit d’abord de démarcation ; puis on poussa plus loin, jusqu’au jour où Hadrien fit établir le limes Rælicus. Aux

() CLXXVIIT; Vigilio INAMA, La Provincia della Rezia ed i Reti (Rendiconti del R. Istiltulo lombardo, ser. IH, XXXI [1899], p. 797-815); HauG, XLVII, Ia, col. 42-16.

(2) CLXXV, p. 165 et suiv.; CXLVI, 23.

(3) CLXX VIII, p. 55 et suiv.

premiers temps, comme le Norique, cette province eut pour gouverneurs des procuralores Augusii (1);après Trajan, apparaissent des legali pro prætore (2).

La capitale fut aussitôt fixée dans la partie la plus riche, ‘et Augusta Vindelicorum est devenue Augsbourg. La région montagneuse resta longtemps négligée ; des traces de romanisation ne s’y révèlent qu'à Curia Ræïorum (Coire) et Brigantium (Bregenz). Les habitants avaient vécu jusque-là en communautés indépendantes ; les auteurs latins leur attribuaient quelque affinité avec les Étrusques ; aucun lien entre eux que la langue, dont quelque chose a survécu dans les dialectes du /adin, qui n’est pour les linguistes que du rète romanisé.

On ne retrouve dans le Tyrol presque aucun vestige de romanisation ; cette influence eut cependant pour agents l’armée, les employés de toute nature, plus tard et plus efficacement peut-être le christianisme. Mais les vallées de ce grand massif attirèrent de bonne heure les envahisseurs barbares; déjà sous Marc-Aurèle les Chattes y firent sentir leur pression, tout comme en Germanie ; puis ce fut le tour des Marcomans, encore plus redoutables. On suit par les diplômes militaires le renforcement des garnisons de Rétie (3), consécutif à ces menaces; une ville fit alors concurrence à la cité marchande d’Augsbourg, la forteresse de Casira Regina (Ratisbonne) (4), où prenait garnison la légion Z11 ITtalica, dont le légat devint aussi le gouverneur de la province.

Toute la vie du pays va se concentrer maintenant à la frontière. La paix de Commode, qui, ramenant les troupes sur leurs anciennes positions, réduisait presque à néant l’effort de Vérus et de Marc-Aurèle en ces parages, imposa toutefois aux

(1) CXXIX, p. 390. — (2) Prosopographie: CVIII, p. 54.

(3) H. ARNOLD, Beitrâge zur Anthropologie Bayerns, XV (1991), p. 43-100; B. FaBricius, XVII, XCVIII (1907), p. 1-29.

(4) ŒRTNER, Das rômische Regensburg, Regensburg, 1909.

Marcomans l’abandon, sur la rive gauche du Danube, d’une bande de territoire large d’un mille, où des colons furent établis. De nouveau castella s’élevèrent le long de cette ligne. Septime-Sévère donna une forte impulsion aux entreprises routières, tracés nouveaux ou réfections (1) : la grande voie de lAdige et du Brenner (2), l’ifer Romanum du Moyen Age, fut restaurée par ses soins ; par le Splügen, une autre route menait de Côme à Coire et de là vers le Rhin; on mit en communication Windisch (Vindonissa) et Bregenz, Innsbruck et Salzbourg. Entre temps, le /îmes de palissades constitué par Hadrien était devenu un mur de pierre (3).

À partir de Sévère-Alexandre, des soldats limitanei et ripenses avaient pris position sur la rive gauche du Danube, qui ne devait pas tarder à être évacuée; la dernière inscription latineau Nord dufleuveremonte à Gallien (4). Les Alamans contraignirent les autorités locales à se retrancher derrière la barrière des eaux. Après que Dioclétien eut rétabli en fait l’ancienne division en Vindélicie et Rétie proprement dite sous les noms de Rétie I et II, soumises toutes deux à un dux Rætiarum et rattachées au diocèse d’Italie, les combats continuèrent sur ces confins. Cette région pauvre, faiblement peuplée, par des gens qui n’avaient avec la métropole que des rapports médiocres, car ils gardèrent longtemps le droit pérégrin, n’offrait que des ressources insuffisantes pour l’entretien des paysans soldats qui y montaient la garde. De la légion un détachement était affecté /ransvecliont specierum : il surveillait les convois venant d’Italie. L’inévitable repli des Romains vers le Sud se produisit sous Stilicon; le dux Rætiarum du temps de Théodoric montre toutefois la persistance obstinée des prétentions. Or les Rètes marchaient avec les

(1) INAMA, op. cit., p. 804; XL VII, Ia, col. 55; CVIII, p. 18, carte p. 72

(2) P. H. SCHEFFEL, Die Brennerstrasse zur Rômerzeit, Berlin, 1912. (3) Cf. Der rômische Limes in Œslerreich, Wien, 1900 et suiv.;

LXXXIX, p. 31-49.

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