‹ LE MONDE ROMAINChapitre 75 sur 91 · XLI, III · texte numérisé non relu

XLI, III

Huns à la bataille de Châlons. Les éléments germaniques l’emportèrent ; la plaine fut définitivement la proie des Baiovares, successeurs des Marcomans, et la langue romanche témoigne seule d’une empreinte plus durable du romanisme dans les hautes vallées de l’Inns et du Rhin; mais la plupart des cours d’eau et des cimes ont gardé les noms qu’ils tenaient des idiomes antérieurs.

La romanisation de la Rétie (1) se réduisit donc à presque rien, faute de vie urbaine; il ne s’y forma que trois municipes. Les Celtes du pays, pénétrés de germanisme, résidaient dans les bois, en pleine campagne; les concessions de terres aux limitanei reçurent bon accueil, mais les canabenses ne parvinrent pas à constituer de vraies agglomérations.

Les Romains n’ont abandonné que lentement et morceau par morceau ce boulevard septentrional de leur patrie (2) : tout le long des routes vers l’Italie, les étapes de la retraite finale sont signalées par de nombreux ouvrages de terre ; chacun marquait un recul nouveau sur le précédent et force destructions après une lutte acharnée. Il n’a subsisté qu’un seul édifice romain d’importance, la porte prétorienne de Ratis: bonne (3) ; les ruines des maisons montrent une adaptation de - la demeure au rude climat local: pas de luxe, de la solidité; faible hauteur, peu d’ouvertures ; un développement notable des procédés de chauffage. Les usages romains avaient fini par s’introduire, les costumes populaires d’Italie également; mais les relations entre les diverses parties de la province furent entravées par la nature du pays.

LE NoriQuEe.

Le Norique, qui faisait suite, à l’Est, correspondait aux régions modernes de Haute-Autriche, Carinthie et Styrie. La

(1) CVIIL, p. 371-430. — (2) Ibid., p. 158. — (3) CXLVII, p. 47, fig. 37.

soumission, en 16 avant notre ère, da royaume indépendant qui ÿ avait pris naissance dut $’obtenir sans grand’peine, puisque le monument de la Turbie le passe sous silence. Il résista bien moins que la Rétie aux influences latines (1). Non pas qu'il ait été l’objet d’un traitement différent de la part de Rome, qui en usait de même, en définitive, avec tous. ces pays danubiens. Mommsen insiste sur le fait que la fondation d’Aquilée (2), en 181, donna aux commerçants romains toutes facilités de pénétrer par les vallées du Frioul et celle de la Save; mais ces facilités eurent plus d'importance pour la Pannonie que pour le Norique, et peut-être tenaient-elles au voisinage des Marcomans, lesquels, avant de devenir, depuis Marc-Aurèle, de dangereux adversaires, avaient observé à l’égard des Romains une attitude moins hostile que les autres Germains et même noué avec eux des rapports d’amitié au temps de Marobod, sous Auguste (3). Notons aussi que les populations du Norique, très mélangées, tendaient moins à faire bloc contre une influence étrangère : le premier noyau illyrien s'était fondu à la longue dans une masse celtique immigrée, qui, elle-même en bon accord avec les indigènes, n’avait opposé nulle résistance farouche aux infiltrations italiennes. Déjà pendant la République, sous le nom de Nauportus (Oberlaybach), s’était organisé un marché romain, un autre à Emona (Ljubliana), où Auguste établit une colonie, qui précéda l’annexion entière du Norique. Les fouilles récentes ont révélé le plan, en damier, de la cité de l’an 34, avec ses rues recouvrant des canalisations voûtées (4). Fortifiée par précaution, Emona s’adonnait surtout au négoce pacifique ; les rivières voisines l’y aidaient. Toutefois d’autres localités se fondèrent en

(1) CLXII, IX, p. 25.

(2) Cf. C. HERFURTH, De Aquileia commercio, Halis, 1889.

(3) ALMGREN, Mannus, Zeilschrift für Vorgeschichte, V (1913), p. 265 et suiv.

(4) XIX, XIX-XX (1919), Beïblalf, col. 155-164; cf. V (1902), col. 7 et suiv. MAR 21

dehors des voies commerciales fréquentées : Celeia (1) (Cilli), Aguntum (Lienz), luvavum (Salzbourg), Virunum (près Klagenfurt), Teurnia (2) (Peter im Holz), qui laisse voir des ruines étendues; plusieurs de ces villes n’ont été remplacées de notre temps que par des localités sans importance. Il y a encore sur les hauteurs des vestiges appréciables d’habitations romaines. Et rien de tout cela n’est dû à l’armée; ces centres de population reçurent de Claude le régime des municipes italiens. L’occupation militaire (3), dans les deux premiers siècles, se réduisit à quelques camps pour ailes ou cohortes; Marc-Aurèle dut fixer une légion à Lauriacum, près d’Enns; mais elle ne surveillait que les voisins : les gens de l’intérieur, loin de songer à un soulèvement, entraient volontiers, en foule, dans les légions romaines et dans la garde prétorienne.

Le gouverneur du Norique (4) porta peut-être d’abord le titre depræfectus civitatium in Norico, puis de procurator regni Norici (ou provinciæ Noricæ), qui témoigne suffisamment des grandes commodités qu’avaitrencontréesl’annexion. Puis Marc- Aurèle, procédant comme en Rétie, donna tous les pouvoirs au légat de la légion Z7Z Pia Ttalica (5). Dioclétien coupa en deux la province: le long du Danube s’allongea un Noricum Ripense; au Sud s’y accolait le Noricum Mediterraneum. Mais on ne put que retarder l'invasion barbare, dont la marée submergea tant de centres florissants.

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