‹ LE MONDE ROMAINChapitre 77 sur 91 · XLI, III · texte numérisé non relu

XLI, III

(6) Routes de Serbie : XIX, IIT (1900), Beiblatt, col. 104-178; IV (1901) Beïblait, col. 73-162.

(7) RosTowzew, XXII, 11 (1902), p. 80-95.

la vague d’assaut gothique arracha à l’empire les possessions transdanubiennes de la Mésie Inférieure, et même au Sud du fleuve tout semblait compromis, quand Claude II sauva la situation par sa grande victoire de Nisch (268) (1). Aurélien, Mésien de naissance, prit les mesures nécessaires et, par des contre-attaques au delà de la Dobroudja, garantit la sécurité de la frontière. Constantin repoussa sans peine les nouvelles tentatives de ces pillards. Entre temps, Dioclétien coupa en deux la Mésie Supérieure, dite Prima, dont la partie Est forma la province de Dardanie, et la Dobroudja devint la Scythie Mineure.

La Dacre.

Quand fut constituée, après les succès de Trajan (2), la province de Dacie, on dut penser d’abord que celles de Mésie ne formaient plus une défense de première ligne sur toute leur étendue. En vérité, les Romains ne jetèrent pas immédiatement leur dévolu sur toute la rive gauche du Danube ; d’un bout à l’autre, en face de la Mésie, on n’y trouvait qu’une plaine alluviale n’offrant pas la moindre position dominante; où arrêter la zone de couverture P A l'Est, on se perdait dans le steppe illimité. Du moins la Transylvanie procurait une sorte de grande redoute naturelle, de « bouclier », qu’il semblait bon d’accaparer, ne fût-ce que pour empêcher ses habitants de menacer périodiquement les confins de l’empire. Du reste, déjà alors cet immense réduit était occupé, non plus par ses hôtes primitifs, mais par des gens d’origine thrace, les Daces, qui l'avaient envahi et par là s’étaient affranchis de l’ancienne prééminence d’un peuple frère, les

(1) Homo, De Claudio Gothico, p. 49-59. — (2) Plus haut, p. 69.

Gètes, limités maintenant aux terres basses de Valachie et de Moldavie (1).

Tel quel, toutefois, il ne pouvait suffire qu’à des pillards Rome avait pour tâche une prise de possession méthodique (2] et un raccordement aux autres territoires provinciaux. Les recherches de Tocilesco (3) ont fait la lumière sur bien des points, montré, par exemple, que les travaux de fortification en Dacie ne furent pas tous postérieurs à Trajan. Avant lui, pour délimiter le terrain dace et les districts valaques où les Romains avaient déjà planté quelques jalons, un grand vallum, composé d’un fossé et d’un épaulement de terre de 3 mètres, courait d'Ouest en Est, partant du Danube au Sud de Turnu- Severin et aboutissant, par Craïova et Ploïesti, à Tufesti, au Sud de Braïla (les noms modernes nous donnent des repères), suivant ainsi la base des derniers contreforts de la montagne. Un second, plus court et plus méridional, couvrait seulement en gros l’arc de cercle que décrit le Danubeentre ses affluents, PArgesiu et l'Oltu. C’est là cequ’on appellele /imes Danubianus.

Comment douter de son ancienneté ? A quoi aurait servi son tronçon occidental du jour où le /imes Alutanus, parallèle à V'Aluta (Oltu), eut relié la barrière fluviale à la chaîne carpathique ? Ce dernier est une muraille de terre, large de 2 mètres, haute de 3, surmontée d’une galerie à créneaux, qui se déployait à l'Est de l’Oltu sur 235 kilomètres, renforcée à faible distance par une série de caslella et de tourelles. Sa construction remonte, non à Trajan, ni même à Hadrien, qui répartit seulement de petites garnisons sur les rives de l’Oltu,

mais à Septime-Sévère, qui dut faire face à une situation beaucoup plus grave qu’au siècle précédent. Des routes stratégiques, bordant la rivière et le limes, mettaient en relation les camps, occupés par des auxiliaires.

On reconstitue difficilement les lignes de défense au Nord-

() BranDis, XLVII, IV, col. 1948 et suiv.; CCX, p. 12 et suiv. (2) CCX, p. 179 et suiv.— (3) CCVII.

Ouest et au Nord ; les crêtes montagneuses y suffisaient peutêtre; pourtant un tronçon de vallum a été dégagé, allant de Porolissum vers le Sud, et une série de remparts sillonnaient la plaine parallèlement à la Tisza, à quelque 100 kilomètres à PEst de ses rives; des voies menant vers le Danube les coupaient par endroits (1). On connaît moins encore le fossé qui, poussant vers l'Est, allait aboutir près de l’embouchure du Dniester sur l’'Euxin.

Pour réparer les vides résultant de la guerre et répandre au plus tôt l'esprit latin dans la contrée, les Romains, par un procédé d’exception, y jetèrent d’un seul coup une foule de colons (2), ramassés un peu partout, notamment dans les pays grecs, dans la péninsule thraco-illyrienne : on amena des mineurs de Dalmatie, des soldats des pays celtiques. Et Trajan transplanta dans la nouvelle province 12000 familles daces des contrées non soumises qui entouraient les Carpathes. Enfin nombre d’Italiens se laissèrent attirer par les mines d’or, et des mariages mixtes rapprochèrent les divers éléments.

Trajan avait créé deux Dacies : la Supérieure et l’Inférieure, qu’on ne saurait délimiter. Puis Marc-Aurèle, au début de son règne, en fit trois, dont on voit au moins la répartition : au Nord la Porolissensis, du nom de sa métropole Porolssum (près de Mojgrad) ; à la suite lApulensis, dont le chef-lieu Apulum, encore marqué à Karlsbourg par des mines importantes, était quartier général d’une légion, colonie et carrefour de routes; au Sud la Malvensis (Valachie occidentale). L’ancienne ville royale des Daces, Sarmizegelusa (3) (Varhély), demeura la capitale commune, mais rénovée depuis Trajan par l'établissement d’une colonie. Reliée par des routes à Viminacium de Mésie et à Apulum, ainsi qu'à Drobela (Turnu- Severin), vieux municipe des Flaviens, puis communiquant avec l’autre rive du Danube par le pont de pierre qu’y con-

(1) FINALY, Archæol. Ertesitô, 1903, p. 164 et saiv. (2) CCXXI, p. 59 et suiv. — (3) VULITCH, XLVII, Ila, col. 25-27.

struisit Trajan, Sarmizegetusa devint une cité très florissante, un centre de vie religieuse; plusieurs mithræa attestent ses relations avec d’autres parties de l’empire. Elle affirma par un monument (1) sa reconnaissance à Marc-Aurèle, qui avait repoussé loin d’elle la menace marcomane ; des empereurs acceptèrent chez elle la qualité de duovirs, se faisant suppléer par des præpositi. L’étendue des ruines, les mentions fréquentes d’esclaves et d’affranchis évoquent une vie économique active, comme d’ailleurs un peu partouten Dacie; trois procurateurs assuraient la perception des taxes.

La colonisation (2) opéra presque exclusivement le long des rivières : l’Oltu, le Maros (Marisus), le Szamos et leurs affluents ; la masse indigène finit par être dominée ; on n’oserait parler de fusion; les mêmes textes épigraphiques nomment à la fois un municipe et une colonie à Apulum, la cité la plus populeuse. La langue latine se répandit grâce à l’armée et aux progrès de l’association, car c’était l’idiome adopté par les collèges funéraires, les groupements de secours mutuel, les syndicats de bateliers (ufricularti) qui transportaient les richesses du pays : le sel, le fer, le marbre. Les rois daces avaient commencé l'exploitation de l'or ; l’État romain la continua, sous le régime de la ferme. Les voies avaient surtout un intérêt militaire ; elles reliaient, outre les auxilia, les nombreuses vetillaliones tirées de la légion XZ1I Gemina, car on restait un peu partout sur le qui-vive. La période qui suivit immédiatement la conquête fut de beaucoup la plus tranquille, encore qu'Hadrien ait dû rejeter une attaque des Sarmates et des Roxolans. On ne croit guère à l’assertion des auteurs de basse époque, que cet empereur aurait songé à abandonner la Dacie ; on lui attribue plutôt le creusement du fossé entre les Carpathes et le Dniester.

Sous Marc-Aurèle, la situation devint critique : M. Claudius

(1) XLI, II, 7969. — (2) CCXXI, p. 73 et suiv.

Fronto, conduisant à la fois les armées de Mésie et de Dacie (1), fut vaincu — et tué — par les Quades et les Marvomans ; l’empereur lui-même intervint et refoula l’ennemi. Septime-Sevère renforça les postes, multiplia les camps; l'ancienne Drobeta (2) lui doit son nom actuel de Turnu- Severin ou tour de Sévère. Sur l’emplacement de Romula, la moderne Caracal rappelle aussi, mais trop vaguement, l’activité de Caracalla. Dès lors, l’insécurité de la Dacie passa à l’état chronique (3); Maximin, Dèce, Gallien, Aurélien gagnèrent successivement le titre de Dacicus : c’est qu’en dehors de la contrée soumise restaient les Daces libres, d’une liberté incomplète, car, dans diverses agglomérations de leur pays, on procédait au recensement (4) pour y lever des taxes. Ils cherchaient à s’affranchir de cette sujétion partielle, d’où les opérations qu’on dirigea contre eux. Et voilà comment quelques inscrip‘ons latines ont été trouvées hors de la province, avec des briques légionnaires, qui témoignent d’un stationnement, plutôt que d’un passage, de contingents romains.

Les deux Philippe avaient perdu une part de la Dacie, que Dèce dut reconquérir. Ils eurent le surnom de Carpicus pour avoir repoussé les Carpes — ennemis secondaires auprès des Goths. Les petits succès remportés sur ceux-ci par Gordien, Dèce, Gallien, là grande victoire de Claude II n’en réduisirent point la menace, et comme ces barbares visaient les régions au Sud du Danube plutôt que la Dacie, qu’ils contournaient, lPoccupation de cette province absorbait inutilement des troupes, quand l’empire en manquait. Aurélien prit donc nettement le parti de l’évacuation, mais peut-être après une reconquête, postérieure à l’abandon que certains auteurs placent sous Gallien (5). Aurélien voulait une retraite en bon

(1) PREMERSTEIN, X XIII, XII (1912), p. 145.

(2) PATSscH, XLVII, V, col. 1710. — (3) COX, p. 192 et suiv. (&) XLI, IL, 827.— (5) N. Vuurcx, XX VIII, XX VII (1923), p. 253 et suiv.

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