‹ LE MONDE ROMAINChapitre 78 sur 91 · MR · texte numérisé non relu

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ordre : il retira de Dacie « l’armée et les provinciaux » (1). Les érudits roumains estiment (2) qu’avec les troupes seuls s’en allèrent les gens aisés, compromis dans leurs biens par le départ des garnisons, tandis que les pauvres, colons obscurs, anciens soldats, détachés dès lors de touteorganisationromaine, plus gênés pour partir, risquaient moins à rester. Comme ils étaient incultes, on n’a retrouvé aucune inscription 9ostérieure à ces événements.

Aurélien conserva le nom de Dacie, par une sorte d’hypocrisie verbale ou d'hommage à Trajan, comme si ce terme s'était appliqué, non à une région désormais abandonnée, mais à une population en fuite, qu’il transplanta outre-Danube, entre les deux Mésies, assez dépeuplées elles-mêmes; son nouvel habitat constitua une Dacia Ripensis et une Dacia Mediterranea (3). On a soutenu que la renonciation à la € Transylvanie » romaine ne fut même pas officielle; les barbares auraient occupé comme fédérés les camps récemment évacués, les deux rives du Danube demeurant terres d’empire, et les habitants du côté Nord s’organisant en « Romanie » autonome (4). Quoi qu’il en soit, pour les Roumains modernes, la durée de l’occupation est d’intérêt minime, plus essentielle la persistance d’un élément romain transmettant sans arrêt aux générations suivantes le dépôt précieux du n° siècle de notre ère (5); c’est l’œuvre de Trajan qui a obtenu, il y a quelques années, sa définitive consécration.

On aurait espéré de prime abord, sur ces contrées danubiennes si vastes, une information plus précise et plus riche.

(4) Vorisc., Aur., 39; CXXXV, p. 313-321.

(2) CCXXI, p. 100 et suiv. : CCX, p. 195.

(3) B. FiLow, XXIII, XII (1912), p. 234-239.

(4) N. JorcA, XV, 1924, p. 66.

(5) Sur les théories à ce sujet, CXXXIV, p. 316, note 3; JORGA, Revue belge de philologie et d'histoire, III (1924), p. 35-50.

La vie locale surtout nous échappe presque entièrement (1). L’occupation a été trop courte, en des pays trop neufs, et trop constamment minée. La solidarité dans chaque gouvernement fut bien en peine de s’affirmer ; comment retracer le rôle des assemblées provinciales (2)P On en cherche presque vainement les traces. À Sarmizegetusa se tint le concilium Daciarum trium ; mais en Norique, en Rétie, nul vestige n’apparaît ; pour la Dalmatie et les deux Pannonies, de vagues souvenirs s’attachent à des autels impériaux et à des prêtres qui y sacrifiaient, sans doute devant les délégués des villes. Les enquêtes archéologiques, il est vrai, n’ont fait que commencer, et c’est d’elles que, peut-être, nous viendra à la longue quelque lumière.

(1) Voir seulement XCX bis, p. 216-232.

(2) KORNEMANN, XLVII, IV, col. 807 et suiv.

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