AVANT-PROPOS XIII
Une sorte de réaction contre une adnuralion jugée conventionnelle entraîne quelque injustice. Chapot cite d’ « amers criliques », comme Littré disant : « César ne fonda qu’une décadence terminée par une catastrophe (1). » Wells, dans sa synthèse intéressante mais passionnée, dresse contre Rome un vérilable réquistloire : « De lous les empires, celui-là fut le plus ignorant, le plus dépourvu d'imagination. Il ne sut rien prévoir... Organisation d’une valeur plus que douteuse... Empire sans âme (2). »
Incontestablement, Rome a eu des qualités morales, des facultés juridiques, des aptitudes administratives; elle a exercé une action pactficatrice et untftante ; elle a étendu la civilisation à l’Occident. Aurait-elle dû conquérir cet Occident avant l’Orient — qui, comme l’a montré Homo (3), Pa contaminée de son luxe et de sa mollesse P Maïs c’est l’Ortent, comme le montre Chapot, qui, pour l'extension de ses conquêtes, lui a fourni les ressources indispensables. Le mal l’emporte-t-il sur les avantages P Problème insoluble ; question vaine.
Il est également assez vain, semble-t-il, de se demander ce que seraient devenus les ,peuples qui formèrent l’empire romain, st cel empire n’avail pas exislé. Mais en ce qui concerne l’évolution des caractères, — Rome a-t-elle étouffé des originalités, « tué à jamais des âmes collectives » (4)P — nous avons répondu d'avance à la question en cherchant, avec Chapot, à préciser la nature de l’unilé réalisée, le degré de pénétration de l’influence romaine.
A quoi bon, enfin, devant le fait accompli, discuter st la ruine aurait pu étre évilée, la dislocation retardée P Mais
(1) P. 476, note 2.
(2) Esquisse de l'Histoire Universelle, pp. 243, 244, Wells exagère l’ignorance des Romains ; mais leur faiblesse spéculative était réelle : un Lucrèce, un Marc-Aurèle sont des exceptions.
(3) Voir t. XVI, Conclusion.
(4) CHAPOT, p. 480,