‹ Le monde slave: études politiques et littérairesChapitre 15 sur 39 · Childe Ilatvld, chant IV, clxxv · texte numérisé non relu

Childe Ilatvld, chant IV, clxxv

non pas seulement au Pont-Euxin, qu'il ne devait plus revoir, mais aussi à la poésie cosmopolite et byronienne. Le séjour à Mikhaïlovskoé allait mettre Tinterné en contact quotidien avec le moujik de la Grande-Russie, avec ses légendes, ses traditions, son histoire. Il était soumis à la sévère surveillance de son père, Serge Lvovitch, qui devait répondre de lui et qui voyait dans le jeune poète un monstre, un fils dénaturé. Ce père geôlier lui rendait la vie fort dure. Rappelez-vous le mot de Victor Hugo :

Cet aigle en celte cage!

Désespéré, Tinterné écrivait des lettres suppliantes à Joukovsky; il demandait par grâce qu'on renfermât dans une forteresse, qu'on l'envoyât dans la mer Blanche aux îles Solovetsk. Par bonheur pour lui, son père quitta Mikhaïlovskoé. Le soin de surveiller le poète fut confié au maréchal de la noblesse et à un supérieur de couvent voisin qui venait de temps en temps le catéchiser. Mikhaïlovskoé étaitr un séjour des moins confortables. Une seule et même pièce servait de chambre à coucher, de cabinet d'étude et de salle à manger. La visite

de quelques amis consolait seule Texilé. Parmi eux figuraient Alexandre-Mikhailovitch Gortchakov, le futur chancelier de l'empire et le poète Delvig. Un peu plus tard, il eut la bonne fortune d'avoir pour voisin le poète lazykov, qui a chanté en vers agréables le séjour où il trouvait réunis dans la personne de Pouchkine :

« Voltaire, Gœthe et Racine ».

La solitude est une bonne muse pour les poètes. C'est à Mikhaïlovskoé que Pouchkine écrivit les chants IV, V et VI d'Oniéguine, qu'il acheva les Tsiganes^ qu'il composa le drame de Boris Godounov, établi, non pas sur le plan tyrannique de la poésie française, mais sur le type plus libre du drame shakspearien. C'est à Mikhaïlovskoé que, grâce aux contes de sa vieille servante, il prit vraiment contact avec la terre russe. M. de Vogué affirme * que l'œuvre de Pouchkine ne révèle aucun caractère ethnique. Ce jugement me paraît un peu sévère : l'homme qui écrivait sous la dictée d'Arina Rodionovna, qui, de son propre aveu, « réparait les défauts de sa maudite éducation », est assurément moins russe dans l'ensemble de ses œuvres que Tolstoï

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