Le Roman russe, chap. ii
OU Dostoievsky. Néanmoins, en lisant ses œuvres, même dans une langue étrangère, il est bien difficile de ne pas reconnaître en beaucoup de ses poésies un caractère essentielleraent national. Non seulement Pouchkine écoutait Arina Rodionovna, mais il se plaisait à recueillir des hylines * de la bouche des paysans. Il appréciait à leur juste valeur les premières œuvres de Gogol qui donnent une peinture si fidèle de la Petite-Russie.
Son séjour forcé à Mikhaïlovskoé le préserva de prendre part à la révolution manquée de 4823, au complot des Dékabristes et lui sauva la vie ou tout au moins la liberté. Au mois de septembre 1826 sa disgrâce prit fin. Un feWjœger apparut à Mikhaïlovskoé et lui intima Tordre de se rendre à Moscou. Dans cette capitaie, il fut présenté à l'empereur Nicolas, qui lui pardonna ses incartades, lui permit de résider où il voudrait et lui promit d'être lui-même le censeur de ses œuvres.
C'est vers cette époque que Pouchkine rencontra son illustre confrère, le poète polonais Mickiewicz pour lequel il professait une sincère
\. Épopées populaires. Voirie livre de M. Rambaud. la Russie épique.
admiration. L'histoire de leurs relations constitue une des pages les plus nobles de la vie littéraire au xix® siècle. Je Tai étudiée ailleurs. On me dispensera d'y insister ici *. Je persiste à penser qu'un monument, une médaille tout au moins, devrait consacrer le souvenir de cette noble amitié. Il honorerait à la fois les deux poètes et ceux qui auraient le courage d'en prendre ou d'en autoriser l'initiative. Pouchkine s'était déshabitué des grandes villes. Il ne trouvait à Pétersbourg que « sottise et grossièreté ». Ce sont là ses propres expressions. Il revenait avec plaisir s'enterrer dans cette campagne qui avait naguère été pour lui un lieu d'exil.
Jusqu'en 1821, il n'avait guère écrit qu'en vers; désormais, dans son œuvre, la prose alterne avec la poésie. Il écrit tour à tour Poltava (1828), un poème d'allure héroïque où il célèbre les hauts faits de Pierre le Grand, le Voyage à Erzeroum (1829), récit d'une excursion au Caucase, qui a influé sur le coloris de certaines de ses œuvres, des poésies lyriques d'une allure mélancolique où revient parfois
1. Voir sur Mickiewicz et Pouchkine^ Russes et Slaves, 3» série, p. 219-255.
ridée (le la mort et comme le pressentiment (l'une fin prochaine.
En 1830, un grand événement se produit dans sa vie*. 11 devient profondément amoureux de Nathalie Nicolaevna Gontcharov. Il Tépouse à Moscou au mois de février 1831. Cependant les joies de la lune de miel ne lui font pas oublier ce que Victor Hugo, dans son style un peu solennel, appelait la fonction du poète. Au moment où la Pologne, révoltée et vaincue, s'efforce d'ameuter toute l'Europe contre la Russie, Pouchkine oublie
Les molles chansons et le loisir serein, ... ajoute à sa lyre une corde d'airain *.
C'est alors qu'il écrit la pièce fameuse Aux détracteurs de la Russie et Y Anniversaire de Borodino. L'éducation toute française qu'il a reçue dans sa première enfance n'a fait aucun tort à son patriotisme.
Grâce à ces poèmes, grâce à la protection de son maître Joukovsky, Pouchkine rentra complètement en grâce auprès de l'empereur. Il fut attaché au ministère des Afifaires étrangères avec un traitement extraordinaire de cinq mille