DE REIMS
On ne sait pas exactement comment TEvangéliaire de Reims est arrivé aux mains du cardinal de Lorraine. En revanche on sait parfaitement d'oii ce manuscrit est originaire. La seconde partie, écrite en caractères glagolitiques, se termine par cet expHcit, écrit non plus en slavon d'église, mais en langue tchèque vulgaire avec les caractères glagolitiques :
En Tan du Seigneur 1395. Ces évangiles et ces épîtres en langue slavonne, doivent être chantés toutes les fois que l'abbé dit la messe sous la couronne {sub infula). Et l'autre partie de ces livres qui est suivant le rite russe, saint Procope l'a écrite de sa main. Et c e manu s
1. Introdiiction à l'édition fac-similé de TEvangéliaire slavon de Reims connu sous le nom de Texte du sacre (Heims, librairie Michaud, 1899).
22 i LE MONDE SLAVE.
dit russe le d«''funt Charles IV empereur des Romains Ta (loiinr pour la j^lorilication de cette église, et en rhonneur de saint Jérôme et de saint Procope. Seigneur, daigne lui donner le repos éternel.
Ce texte est parfaitement clair et fait tomber toutes les légendes qui avaient cours au temps jadis et qui notamment supposaient que l'Evangéliaire avait été apporté en France par la reine Anne de Russie, femme d'Henri I".
Le manuscrit vient donc de Prague. Il se compose de deux parties. La partie cyrillique a été donnée à un monastère par le roi de Bohême Charles IV (1346-1378); Tautre partie est postérieure de dix-sept ans à la mort de ce souverain.
L'Evangéliaire de Reims constitue un recueil factice, mais les deux parties qui le composent ne sont ni écrites de la même main ni originaires du même pays.
Comment Charles IV avait-il été amené à donner la première partie du manuscrit à un monastère et quel était ce monastère?
Charles IV, empereur des Romains, roi de Bohême, se plaisait volontiers à se considérer comme un prince slave. Après cinq siècles écoulés, les Tchèques si cruellement éprouvés,
L'EVANGÉLUIRE SLÂVON DE REIMS. 225
tant de fois déçus par des souverains d'origine étrangère, le considèrent encore aujourd'hui comme un des bienfaiteurs de leur langue et de la nationalité ^
Dans la célèbre Bulle d'or h laquelle son nom est resté attaché on lit les paroles suivantes :
La majesté du saint empire romain doit prescrire des lois et commander à plusieurs peuples de diverses nations, mœurs et de différentes langues. Il est juste que les princes électeurs qui sont les colonnes de l'empire aient la connaissance de plusieurs idiomes, leur devoir étant de soulager l'empereur en ses plus importantes affaires. En conséquence nous ordonnons que les (lis et héritiers du roi de Boliôme, du comte palatin du Uhin, du duc de Saxe et du margrave de Brandebourg, qui doivent savoir Tallemand pour l'avoir appris dès l'enfance, apprennent à partir de sept ans les langues latine, italienne et slave, de façon à les posséder à l'âge de quatorze ans.
Dans une lettre qu'il adressait au tsar de Serbie Douchante Fort pour rengager à accepter l'union avec Téglise romaine, Charles IV lui rappelait qu'ils étaient issus de la même race, qu'ils parlaient la même langue :
Fratre carissimo quem et ejusdem nobilis slavici idiomatis participatio facit esse communem, cum ejusdem generosœ linguie sublimitas nos felicibus auctore Domino et gratis auspiciis parturiverit utrobique.