‹ Le monde slave: études politiques et littérairesChapitre 20 sur 39 · j chap. vin à xii · texte numérisé non relu

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Prague, sur la rivière du même nom, aux environs de Benesov. Les bénédictins étaient soustraits à la juridiction des évêques. L'ermite Procope put donc introduire dans le monastère fondé par les princes Oldfich et Bfetislav, les innovations qu'il jugeait convenable. Il pratiqua dans son monastère de Sazava la liturgie slave en caractères glagolitiques*. Ce détail est important : le Saint- Siège était moins hostile à la liturgie glagolitique — qu'il tolère encore aujourd'hui dans certaines parties de la Dalmatie et au Monténégro — qu'à la liturgie cyrillique. Introduite vers 1040, cette liturgie glagolitique, mal vue du pape Grégoire VII, disparut sous son pontificat. Les livres slaves du monastère de Sazava furent brûlés.

Saint Procope, malgré son nom hellénique, n'était pas, comme on l'a cru en France, un saint grec ; il n'a rien à voir avec l'hagiographie byzantine. Nous avons sur lui tout un ensemble de documents, notamment une légende rimée en vers tchèques et une légende latine. Ces deux documents ont été publiés au tome P"^ des Fontes rerum bohemicarum, édités par le musée de

l. J'ai visité Sazava en 1895. (Voir mon volume Russes et Slaves, 2' série, p. 312 et suiv.).

Prague (1873). La légende rimée donne à Pro-

cope une épithète qui mérite d'être relevée :

elle l'appelle Théritier slave {dedic slovensky)^

c'est-à-dire celui qui a reçu de la Providence le

soin de veiller sur la terre slave. Elle nous

apprend qu'il était de race slave {slovenského

rodu) et né aux environs de (]esky Brod. Si

l'Évangéliaire cyrillique qu'on lui attribue était

vraiment de sa main, nous aurions le devoir de

nous appesantir sur sa biographie. Mais le

manuscrit est probablement postérieur à Pro-

cope, et rien ne prouve qu'il eût été capable de

copier un texte cyrillique. La biographie rimée

fait l'éloge de ses vertus et de ses miracles, se

tait complètement sur ses talents de copiste ou

de calligraphe. Elle fait cependant allusion au

caractère slave du monastère de Sazava :

Prince, disent les adversaires de la liturgie slave au prince Spytihnev, il y a ici certains Slaves, ils ont une autre ccriture; — cette autre écriture c'est la glagolica; — ils l'ont beaucoup de choses inconvenantes; ils se servent do. la |»arole slave; ils se conduisent comme des liéréti(iu<^s (ï.égende rimée, § XLIX)*.

l. La légende latine s'exprime à peu près dans les mêmes tenues : « Eos (les moines slavisants) mullifariis viluperiis piiblicabant, scilicet dicentes; per sclavonicas litteras heresis secla ypocrysisque esse aperte irretitosac omnino perverses. Qiiamobrem ejectis eis in loco eoriim latinum abbatem et fratres constituere omnino esse honestura constantes affirmabant, »

Le prince fait partir les bénédictins tchèques et venir des Allemands latinisants (td., L). Saint Procope ne peut souffrir Taffront fait à sa communauté; il apparaît miraculeusement aux moines allemands et les chasse à coups de bâton. On peut admettre que le manuscrit cyrillique de Reims a fait partie de la bibliothèque de Sazava, mais il est certain qu'il n'a pu servir pour la liturgie. Peut-être Favait-on fait venir pour le transcrire en caractères glaçolitiques seuls autorisés par l'Eglise romaine.

Des indications liturgiques ajoutées au texte des Evangiles, il résulte que ce manuscrit appartient à la liturgie orientale. Les saints dont il signale les fêtes sont tous de l'Eglise orientale. Feuillet22, on trouve l'indication Ttpox, c'est-à-dire Tcpox£|jL£tvov. Le prokeimenon, en latin graduale^ c'est le verset généralement tiré des psaumes qui se dit immédiatement avant l'évangile *. Donc, en dehors des raisons que nous dirons tout à l'heure, saint Procope n'aurait pu consacrer ses loisirs à copier ce manuscrit cyrillique; il l'aurait transcrit en caractères glagolitiques. Le manuscrit cyrillique appartient à l'église d'Orient. Dans un

1. Léon Gliignet, D iclionnai vu rjvrc- français des noins litur. giques en usaije dans Ce ff lise grecque, Paris, 1895, sub voce.

monastère slavisant, il pouvait seulement semr à établir des textes, à en reviser.

Malgré l'intervention miraculeuse de saint Procope, la communauté slave de Sazava ne resta pas longtemps en possession du monastère. A la fin du xi*" siècle, elle fut définitivement remplacée par des moines latinisants.

Dans la première moitié du xiv* siècle, Charles IV entreprit de reconstituer à Prague une communauté slave. Le 9 mai 1346, il obtint du pape Clément II une bulle qui Tautorisait à fonder en Bohême un monastère où la liturgie serait célébrée en langue slavonne *.

Nous avons le texte de cette bulle datée d'Avignon, 9 mai 1346. Elle renferme des assertions assez singulières et prouve notamment que le Saint-Siège n'était pas très au courant des différences qui existaient alors entre la langue tchèque et la langue slavonne en usage dans les églises

1. La langue slavonne des glagolites, la langue croate qui était leur lanj^ue de conversation, ne pouvaient en réalité être entendues des Tchèques pas plus que ne le seraient choz nous les sermons de prédicateurs italiens ou portugais. Le pape Clément VI ignorait évidemment ces détails.

glagolitiques. Le pape Clément VI s'exprime ainsi : « D'après ce que nous a fait savoir notre cher fils Charles, margrave de Moravie, en Slavonie et dans quelques pays de langue slavonne, la messe et les heures canoniques sont chantées en langue vulgaire avec l'autorisation de l'Église romaine. »

Ceci n'est pas exact; chez les Slaves méridionaux, au XIV® siècle, le slavon traditionnel ne pouvait déjà plus être identique à la langue vulgaire.

Dans ces pays il y a des couvents de moines bénédictins ou autres qui pratiquent ce rite ex antiqua consuetudine, et ont été détruits ou ruinés par les troubles et ies guerres. Les moines et les frères sont réduits à un état de vagabondage ; le culte divin et la foi sont compromis. Or, d'après ce qu'on nous a appris, il y a dans les pays du royaume de Bohême beaucoup de schismatiques et d'infidèles qui, lorsqu'on leur lit ou leur explique l'Écriture en latin, ne veulent pas l'entendre et ne peuvent être facilement ramenés à la foi; les moines et les frères qui pratiquent le rite susdit pourraient donc être utiles dans ce royaume pour y augmenter la foi chrétienne.

Charles IV publia le 21 novembre, à Nuremberg oii il résidait alors *, l'acte d'érection du nouvel établissement '. Il devait être comme

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