‹ Le monde slave: études politiques et littérairesChapitre 22 sur 39 · kopitar, l'rvlegomçna histotica, p. xui · texte numérisé non relu

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appelée « lingua Hieronymiana^ seu Dalmatorum aut Illyriorum », dans le curieux ouvrage de Guillaume Postel : « Linguarum duodecim charactœribus differentium Alphabetum, introductio ac legendi modus longe facillimus (Paris, Denis Lescuier, sub porcelli signo 1538). »

Ainsi chez les Slaves du sud et de TOccident saint Jérôme était universellement, à tort d'ailleurs, considéré comme le traducteur des Ecritures en caractères glagolitiques. En Bohême, Cyrille et Méthode étaient vénérés comme les traducteurs de TEcriture en langue russe. La chronique tchèque rimée dite de Dalemil raconte (ch. xxiii) que le prince Borivoï fut baptisé par Svatopluk, roi de Moravie, et par Méthode, archevêque de Velehrad :

Ten arcibiskup Rusin biese Msiu svû Slovensky slùzieâe.

« Cet archevêque était russe, il disait la messe en slavon (vers 19 et 20). » L'auteur de celte chronique vivait au xiv° siècle. Son témoignage concorde avec celui du copiste anonyme de notre Évangéliaire glagolitique qui déclare que Tautre partie du livre — c'est-à-dire la partie cyrillique — est suivant la loi (ou le rite) russe — podk

rusïskeko zakoyia — et que Tempereur Charles IV a donné cette écriture russe, immo russïko, pour glorifier le monastère.

L'acte d'érection du nouveau monastère atteste à la fois la dévotion de Charles IV et son patriotisme slave. Il le place uniquement sous le patronage de saints slaves : saint Jérôme — considéré à tort comme tel — , saint Cyrille et saint Méthode, apôtres de la Moravie et de la Bohême et traducteurs des Ecritures; Adalbert, évêque de Prague, apôtre des Hongrois et des Lithuaniens et martyr, enfin Procope de Sazava, tous « patrons dudit royaume, martyrs, et confesseurs ». Après avoir énuméré les biens qu'il assigne pour l'entretien de la nouvelle fondation, l'empereur-roi invoque contre ceux qui oseraient résister à ces prescriptions la malédiction de Dieu tout-puissant et des saints Jérôme, Cyrille et Méthode, Adalbert et Procope. Le manuscrit liturgique glagolitique semble avoir voulu commenter les intentions de l'empereur. Il comprend en effet des offices en l'honneur de saint Procope, abbé (p. 25), de saint Vacslav, un patron de la Bohême oublié par Charles IV (p. 34), de saint Jérôme (p. 36), enfin des saints Cyrille et Méthode. Examinons un peu ces textes. Ces

iifficos rrtiislituciit un propre du diocèse, mais du iliuci'sc sittvc de Prague.

L'ufficp de saint Procope comprend un leste de l'éptlrc de saint.Paut aux Romains et un texte de saint Luc. Ils n'ont pas d'intérêt spécial. A noter cependant le mot tchèque latin opat, abbé, employé pour qualilicr le saint: dans un texte cyrillique on lirait plutôt igumem (hégoumène). Le commencement du texte de saint Luc débute par une lettre ornée qui renferme un portrait de saint Procope coiiTé d'une mitre blanche, vêtu d'une robe brune et tenant en main le bâton [lastoral. La page 31 renferme un office de saint Venccslas (Viatchoslav), martyr. 11 s'agit du patron de la BuliOme. L'office de saint Jérôme (p. 3G) débute par ces mots : en l'honneur de saint Jérôme docteur, notre père. Docteur est traduit par doklor : dans un texte cyrillique on aurait lu nci'lelj; noter ces mots : notre père, c'est-à-dire notre père spirituel, celui auquel nous devons noire église et notre liturgie. Le texte de saint Luc est emprunté au passage où il est question île ceux qui ne mettent point la lumière sous li; boisseau, et un fragment de l'Apocalypse fait allusion aux peuples nombreux qui .selicnncnt devant le trône et devant l'Agneau,

vêtus de robes blanches et portant des palmes. Ce sont évidemment les Slaves convertis grâce à la traduction de saint Jérôme. Le portrait de rillustre docteur figure d'ailleurs dans la lettre ornée de la page 27. Il est représenté portant le chapeau rouge des cardinaux, conformément aux traditions des miniaturistes du Moyen Age.

Enfin, page 56, figurent les noms des deux apôtres Cyrille et Méthode malheureusement cette fois sans miniature. Il eût été intéressant de voir comment on se représentait en Bohême les deux illustres frères. L'office leur applique un texte du livre de la Sagesse : « Reddidit Deus raercedem laborum sanctorum suorum et deduxit illos in via miraculi. ïranstulit illos per mare rubrum et transvexit illos per aquam. Inimicos illorum demersit in mari... Ideo justi tulerunt spolia impiorum et decantaverunt nomen tuum, Domine. Et victricem manum tuam laudaverunt. » Hélas! l'œuvre de Cyrille et de Méthode n'a p^s été aussi victorieuse, du moins en pays catholique, que ces textes pourraient le faire croire.

Ainsi le manuscrit nous fournit quelques lueurs sur la foi patriotique de celui qui l'a compilé. Cette foi répond aux sentiments qui

avaient inspirt; à Charles IV l'idée de ta nouvcile fondation.

La Bohême latinisée n'avait point de prêtres connaissant la liturgie slave glagolitique ; it fallut en faire venir des pays croates ou dalmates où cette liturgie était en usage. Les documents contemporains ne disent rien sur l'arrivée de CCS moines, le lieu d'oîi ils étaient venus. Un écrivain du xvi' siècle, laroslav Bîlovsky (1480inilil), qui fut prédicateur et curé de Prague, aftirinr, sans doute d'aprt^s des traditions locales, qu'ils venaient du diocèse de Senj ou Zengg (littoral croate) où la liturgie glagolitique était toujours en usage'. L'évêque de Seoj, Protiva, était à Prague en 1336 et avait peut-être parlé à l'empereur-roi de la liturgie de son diocèse. M. Tomek, dans son Histoire de (a ville de Prague', a reconstitué la liste des abbés. Le premier s'appelait Jean (1 359), le second Paul (13C8-U12), le troisi<>mc Kiiz (Jil2-14i4), le quatrième Paul (141ÎÎ-1426). Des moines tchèques se Joignirent à leurs confrères croates. Les noms relevés par M. Tomek {loc. cil.) appar-

1. Dans l'ouïrane intitulé Ki-onika Cirkevni, Chronique ercltsiastiquc, Nurt-nber].', 1331 (rcimprimé <i Prague en 18)6).

tiennent nettement pour la plupart à la nationalité tchèque.

Le monastère slave fut établi sur la rive droite de la Vltava*,.non loin de cette rivière, presque au pied de la colline historique et légendaire du Vysehrad. Il existe encore aujourd'hui. La construction dura de longues années. Il ne fut achevé qu'en 1372. Le lundi de Pâques il fut inauguré par l'archevêque de Prague, Jean Ocko de Vlasim, en présence de l'empereur et des hauts dignitaires. On lut ce jour-là à l'office l'évangile des pèlerins d'Emmaûs (Luc, xxiv, 13-35)-. Les Tchèques qui l'entendirent en slavon (il ne figure pas dans notre Evangéliaire de Reims) purent se convaincre que si la langue slavonne glagolitique était plus intelligible aux auditeurs que le latin, bien des mots cependant échappaient encore à leur oreille. Je citerai seulement celui de Jésus : en slavon Isous, en tchèque Jezis (lejich). Quoi qu'il en soit, le nom d'Emmaiis frappa l'imagination populaire. Il est resté au couvent : on l'appelle encore aujourd'hui Emmaiis et la rue sur laquelle il était situé s'appelle na

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