‹ Le monde slave: études politiques et littérairesChapitre 29 sur 39 · Cette hypothèse était absolument exacte · texte numérisé non relu

Cette hypothèse était absolument exacte

M. Regnault, chanoine, y retourna après midi et pria M. le secrétaire de lui faire la lecture de la première page de ce livre et de lui dicter en François, ce qu'il fit gracieusement et M. Hegnault écrivit, suivant qu'il me l'a donne ainsy (numéro page 19).

La citation comprend toute la première page du texte cyrillique, page qui porte en slavon le chiffre 19.

L'abbé Pluche, dans le Spectacle de la Nature {^'^ éd., Paris, 1732, 8 vol.), s'est occupé de notre manuscrit. Il avait des raisons spéciales de s y intéresser. Il était né à Reims, il y avait enseigné les humanités au collège de cette ville. Dans son ouvrage (t. VII, p. 256), il mentionne Ebbo, archevêque de Reims au ix'' siècle, qui fit des missions en Saxe. « On croit, dit-il, que c'est de lui que provient cet ancien recueil d'épîtres et d'évangiles en lettres esclavonnes * sur lequel nos rois mettoient la main dans leur sacre en faisant serment de rendre la justice. On se sert à présent du livre des évangiles en. caractères d'usage.... » Cette dernière mention est à examiner : que veut dire « à présent » ? Louis XV fut sacré en 1722; Louis XVI en 1775. L'abbé Pluche savait-il ce qui s'était fait au sacre de

i. Ces assertions, bien entendu, sont de pure fantaisie et ne méritent même pas d'être discutées.

Louis XV? Aucun texte officiel relatif au sacre — M. Jatlart a eu Textrême obligeance de les relever tous — ne précise le livre ou le manuscrit sur lequel le roi prête le serment ou quMl baise à la (in (le la cérémonie. En revanche les textes de Bûsching et de Storch que nous citons plus loin sont formels. D'après la version de Pluche le manuscrit aurait servi pour le sacre de Louis Xin. Il écrit avec une telle légèreté que Ton ne peut guère prendre au sérieux ses assertions.

La réputation du manuscrit était telle au xviii* siècle qu'il figure parmi les curiosités de la ville de Reims dans la Géographie universelle de TAllemand Biisching. Biisching ajoute qu'il servait au serment des rois de France et cette circonstance est toute naturelle si Ton songe aux traditions qui rattachaient le manuscrit à saint Jérôme et aux reliques insignes dont il était orné. Voici le texte même de Biisching :

Das Evangelienbuch auf welches die Kœnige den Eid ablegen und welches auswendig mit Goldblech oberzogen und mit ungeschliffenen Edelsteinen besetzet ist soll in slawonischer Sprache geschrieben sein (Ed. de SchafThouse, 1769, 11^ partie, p. 122*).

1. Le livre des Evangiles sur lequel les rois prêtent le serment du couronnement e\ qui est garni extérieurement de

L'ÉVANOÉLIAIRE SLAVON DE REfMS. 26b

Ce texte si précis de Biisching' indique pour notre manuscrit une possession d'état qui paraît incontestable.

En 1182 rimpératrice Catherine II entendit parler du fameux manuscrit. Elle demanda des renseignements au gouvernement français et on lui adressa une note qui a été publiée en 1839 dans la Revue de Saint-Pétersbourg {Syn oiechtestva *). Un de mes élèves actuellement à Saint- Pétersbourg, M. Laronde, a bien voulu copier pour moi le texte de ce document. Il est ainsi eoaçu :

NOTE SUR UN TEXTE DES ÉVANGILES QUE POSSÈDE l'église DE REIMS.

Le livre sur lequel on demande des renseignements est un texte des évangiles donné à Téglise de Reims en ISS^* {sic) par le cardinal Charles de Lorraine son archevêque. L'inventaire des effets appartenant à l'archevêque, qui a été fait peu de temps après cette époque, rapporte qu'il avait été tiré du trésor de Gonstantinople, qu'il fut donné au dit Cardinal comme un ouvraj^e précieux et provenant suivant une ancienne tradition de la bibliothèque de saint Jérôme.

La première partie de ce manuscrit est en langue orientale à l'usage des caloyers et en caractères servien s (c'est-à-dire serbes) dits de saint Cyrille.

plaques d'or et de pierres précieuses brutes, est, dit-on, écrit en langue slavonne.

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