T. Vin, section VI, p
La deuxième partie est en langue esclavonne et les caractères illiricns dits de saint Jérôme *. Les alphabets de pfs deux espèces de caractères sont rapportés dans le premier volume de la Diplomatique des PP. Tassin et TousUiin, bénédictins (II** partie, page 702). Les caractères des deux parties du manuscrit dont on parle y paraissent exactement conformes.
Le vice-chancelier du czar Pierre 1", passant à Reims le 27 juin 1717, fit lecture sans difficulté de la première partie, ainsi que deux seigneurs qui étaient avec lui. Us dirent que c'était leur langue naturelle, mais ils ne purent lire la deuxième partie.
Ce manuscrit est sur vélin dans le format in-4», relié en bois et maroquin rouge, recouvert d'argent doré avec plusieurs cristaux sous lesquels sont des reliques de la vraie croix et de plusieurs saints. On voit aux quatre coins les figures en argent émaillé de l'aigle, de l'homme, du lion et du bœuf, emblèmes des quatre évangélistes. Le reste de la couverture est parsemé de pierres précieuses enchâssées dans le vermeil. L'ouvrage est assez bien fait et se rapporte, pour le goût et la manière, à ceux que l'on connaît du xvi* siècle.
Le roi fait le serment royal le jour de son sacre sur ce volume. On s'en sert de préférence pour cet usage, sans doute parce qu'il réunit le texte des évangiles et des reliques précieuses, deux monuments sur lesquels on a coutume de faire les serments dans l'Église catholique.
On voit encore dans le trésor de l'église de Reims un texte des évangiles moins précieux, sur lesquels nos rois faisaient le serment de leur sacre avant que le cardinal de Lorraine ait donné l'exemplaire dont on vient de parler.
1. Nous trouvons ici pour la première fois la partie glagolitique identifiée.
L'ëVANGÉLIAIRË SLâVON de REIMS. SbT
Voilà, certes, un texte décisif. On ne peut regretter qu'une chose, c'est qu'il ne soit pas signé.
Vers 1785 ou 1786, d'après Alter et Vœlkner S le chanoine Mayer, de Hambourg, aurait écrit en Allemagne une lettre où il parle de l'Evangile de Reims écrit en langue slave sur lequel les rois prêtaient le serment. Ce Mayer (Frédéric-Jean- Laurent) a en effet visité la France à diverses reprises. On ne trouve rien sur Reims dans les ouvrages de lui que j'ai pu consulter à Paris.
Le texte décisif du géographe allemand Bûsching est confirmé par son compatriote, le voyageur Heinrich Storch {S/nzzen, Scenen und Bemerknngen auf einer Reise durch Frankreich gesammelt, Heidelberg, 1887). Je n'ai pas pu mettre la main sur l'édition allemande, mais j'ai rencontré à la Bibliothèque nationale une édition hollandaise publiée h Leyde en 1792 : Schetzen, Tooneelen, en Warnemengen verzameld op eene Reize door Frankryk. On y lit ce qui suit dans la description de la cathédrale : « Le riche évangile garni de pierres précieuses, sur lequel les
l.Vœlkner, Allgemeiner lUlerarischerAnzeiger,Leipz{g, 1797, n° LXXUI, p. 752. — Aller, Philologisch Krilixche Miscelaneen, Vienne, 1799, p. 242-2i4 ; Aller, Allgemeiner lillerarisclier Anzeiger, Leipzig, 1801, p. 1165-1167 (d'après Sylvestre de Sacy).
rois de France prêtent serment lors de leur couronnement, est écrit en langue slavonique. »
La note adressée à Catherine II que j ai citée plus haut paraît être simplement la paraphrase de celle qu'on trouve sur une tablette explicative datée de 4782 et conservée aujourd'hui à la bibliothèque de Reims (manuscrits, 256) et qui est ainsi conçue :
Ce texte des évangiles a été donné à l'église de Reims par le cardinal de Lorraine en 1554. La tradition est qu'il provient du trésor de Constantinople et qu'il a été tiré de la bibliothèque de saint Jérôme.
Les deux alphabets ci-joints (conservés sur une autre tablette nis, 257 de la bibliothèque de Reims) sont coppiés sur ceux qui se trouvent dans le premier volume de la Diplomatique des PP. Tassin et Toustain, bénédictins, deuxième partie, page 702, et sont conformes à ceux que la Propagande fît imprimer en 1629.
La première partie du livre est en caractères serviens dits de saint Cyrille et en langue orientale à Pusage des caloyers. La seconde partie est en caractères illyriens, dits de saint Jérôme, et en langue indienne * ou esclavonique.
Le vice-chancelier du czar passant à Reims, le 27 juin 1717, fit lecture très facilement de la première partie, avec deux seigneurs qui étoient avec lui, ils dirent que c'étoit leur langue naturelle, mais ils ne purent lire la seconde partie.
Le roi prête son serment le jour du sacre sur ce livre^
1. Le copiste de la tablette a évidemment voulu dire illyricnne. La note adressée à Catherine II emploie le mot illi" riens (vide supra).
dont le couvercle est garni de plusieurs chatons qui renferment des reliques ; par une suite sans doute de Tancien usage rapporté par les historiens de faire les serments sur les évangiles ou sur les reliques et autres symboles de la religion.
Les deux alphabets d'autre part, on été imités sur l'impression dans la dernière exactitude par un nommé Perseval, écrivain et vigneron, à Sacy, en 1782.
En 1782, il y avait sept ans que Louis XVI avait été sacré ; il n'était pas difficile de se rappeler quel texte de l'Evangile avait été employé pour la cérémonie. Il est vrai que la relation officielle est absolument muette sur ce détail, mais aucune relation n'a jugé convenable de mentionner l'édition manuscrite ou imprimée des Évangiles employée pour la cérémonie.
Le précieux manuscrit enlevé au trésor de la cathédrale disparut pendant la Révolution. On le crut détruit. C'était précisément l'époque de la renaissance des études de philologie slave. Les slavistes pleurèrent à l'envi la perte d'un document dont nul d'entre eux n'avait eu l'occasion d'apprécier l'exacte valeur. En 1800, Silvestre de Sacy le croyait disparu. Ce précieux manuscrit, disait-il dans le Magasin Encyclopédique, était connu sous le nom de Texte du sacre :
« Je dois en grande partie ces renseignements,
ajoutait-il, au citoyen Poirier, toujours disposé à être utile aux lettres et à ses amis, et au citoyen Ëngrand, son ancien confrère, conservateur des dépôts littéraires de la ville de Reims. »
Schlozer écrivait au premier volume de son Nestor (I, p. 42) * : < L'évangile slave de Reims devait être très ancien, malheureusement le cannibalisme Ta détruit au début de la Révolution. »
Un peu plus tard Dobrovsky, dans le recueil de mémoires philologiques intitulé Slawin (Prague, 1808), consacre à notre manuscrit une dissertation spéciale. Elle renferme de nombreuses erreurs. Dobrovsky est convaincu que le manuscrit a été sacrifié sur les autels de la déesse Raison quand elle a pris possession du temple de Reims et il s'écrie douloureusement avec Horace :
Undc manum juventus Metu Deorum contiuuit? Quibus Pepercit aris...?
Il renouvelle ce cri de douleur dans la préface de ses Inslituliones linf/uœ slavicse dmlectiveteris (Vienne, 1822).