‹ Le monde slave: études politiques et littérairesChapitre 5 sur 39 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

La Pologne, aujourd'hui partagée entre trois États, la Prusse, rAutriche-Hongrie et la Russie, a constitué jadis un royaume indépendant qui, à certains moments, a joué un rôle considérable dans les destinées de l'Europe orientale. Cet État dans lequel figuraient diverses nationalités, a été organisé par un peuple slave qui se donna luimême le nom de Polaci [Polak au singulier). Ce nom vient du mot slave po/e, plaine. Il ne doit pas être confondu avec celui des Polianes dont il est question dans les anciennes chroniques russes, pas plus qu'on ne doit confondre celui des habitants de la Champagne française ou de la Campine belge avec celui de la Campanie italienne. Ces Polonais sont le plus souvent dési-

gnés par leurs voisins russes, hongrois ou turcs sous le nom de Lechs qui paraît avoir un sens analogue. Si Ton jette les yeux sur une carte ethnographique de l'Europe orientale, on constate à première vue que les Polonais proprement dits sont loin d'occuper tout Tespace formé par le territoire de leur ancien État. En Prusse, on trouve des Polonais dans le duché de Poznan (Posen), dans la Prusse orientale et occidentale et dans la Silésie. Ceux de la Prusse orientale et de la Silésie ne faisaient point partie de TÉtat polonais au moment du premier partage. Ces Polonais sont mêlés à des Allemands qui pénètrent chaque jour de plus en plus nombreux au milieu de l'élément slave primitif. En Autriche, les Polonais occupent en masse compacte la partie occidentale de la Galicie et une partie de la Silésie autrichienne ; ils forment des groupes ou des colonies dans la partie orientale de la Galicie et dans la Bukovine. Dans Tempire russe, les Polonais constituent le fond de la population dans l'ancien royaume de Pologne et sur la frontière de quelques gouvernements voisins. Dans les gouvernements de Podolie, Volynie, Kiev, Vilna, Grodno, Minsk, Mogilev, Vitebsk,Kovno, ils forment, au milieu de populations juives,

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lithuaniennes, russes (Russes blancs et Petits- Russes), des îlots ethnographiques.

Si Ton superpose la population purement polonaise à Tensemble des habitants de Tan-

cien Etat polonais, on constate que cette population compacte ne couvre pas le quart de l'ancien État polonais, que Timmense majorité de cet Etat est occupée par des populations de langue et de religion étrangères à la langue et à la religion des Polonais proprement dits. Dans sa trop courte carrière historique, la Pologne n'a pas eu le temps d'assimiler complètement les peuples non polonais et d'arriver à Tunité comme la France, l'Angleterre, TAUemagne ou Tltalie. Quel est le nombre total des Polonais? Question très délicate à résoudre : évidemment les statistiques officielles ont plutôt intérêt à diminuer qu'à augmenter ce nombre. Un historien distingué, Korzon, évaluait la population totale delà Pologne en 1776 à 11 millions; mais sur ce chiffre, en défalquant les Israélites, les Allemands et les Russes, il n'y avait guère que la moitié de Polonais (6 millions environ). En 1887, un statisticien, Edouard Czynski, dans un travail très consciencieux, évaluait le nombre total de ses compatriotes à 12 millions. Depuis, un tra-

vail, plus récent, M. Olszewski, estime le nombre des Polonais, dans les pays de Tancienne république, à 15 millions dont 7 millions dans le royaume, 2200 000 (en chiffres ronds) dans les provinces dites occidentales, le reste en Allemagne et en Autriche (3 ISO 000 en Allemagne, 3 400 000 en Autriche). Ce sont les Polonais du royaume, de la Prusse et de TAutriche qui constituent le véritable noyau de la nationalité polonaise. Si Ton considère le chiffre des Polonais dans l'ancienne Lithuanie, on constate que partout ils constituent la minorité : 23 p. 100 dans le gouvernement de Vilna, 27 p. 100 dans celui de Grodno, 6,71 p. 100 dans celui de Vitebsk, 3,21 p. 100 dans celui de Kovno. On constate aussi que certains éléments, qui naguère étaient considérés comme polonais, se rattachent aujourd'hui à une antre nationalité (lithuanienne ou russe). Ainsi dans les provinces occidentales, dans Tancienne Lithuanie, les Israélites évoluent dans le sens de la nationalité russe. Au total des Polonais européens, on peut ajouter les nombreux émigrés disséminés en Europe et dans le Nouveau Monde et que Ton évalue à environ 200 000. Les Polonais des provinces dites occidentales (ancienne Lithuanie) invoquaient autrefois sur

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les Russes indigènes la supériorité de la fortune et deTintelligence. Mais les circonstances se sont beaucoup modifiées depuis un demi-siècle. La plupart des fortunes se sont évanouies, et les Russes de la Petite-Russie ou de la Russie blanche se sont élevés à la vie intellectuelle. D'autre part, dans les mariages mixtes entre catholiques et orthodoxes, les enfants doivent, d'après la loi russe, appartenir à la religion orthodoxe. Des familles polonaises par le nom et les traditions religieuses se russiflent peu à peu.

Le sol sur lequel se sont accomplies les destinées primitives de la Pologne occupe les bassins de rOder (rive droite) et de la Vistule. Sauf au sud-ouest, vers les Karpates, il n'a nulle part de limites naturelles bien déterminées. Les forêts qui le couvraient ont disparu peu à peu. La Pologne, ainsi que son nom l'indique *, est un pays essentiellement agricole. Ses premiers habitants appartenaient au groupe slave qui occupait tout le nord de l'Europe jusqu'àTElbe, et dont une grande partie est aujourd'hui complètement germanisée. Ils vivaient par tribus, isolés, sans organisation politique. Parmi ces tribus, on

i. Pôle, le champ.

peut citer : les Mazoviens ou Mazurs, vers le milieu du cours de la Vistulc; les Chrobates, sur le cours supérieur de la Vislule, du San et du Dniestr avec la ville de Gracovie; les Silésiens, sur le cours supérieur de TOder; les Pomoriens ou Poméréliens, voisins de la mer (;;o, le long de ; more, mer ; un nom analogue subsiste encore dans celui de la Poméranie prussienne); enfin, les Polonais établis sur la Warta, dans une situation centrale, au milieu des autres tribus auxquelles ils ont donné leur nom.

C'est chez ce peuple des Polonais que s'élabore pour la première fois Tidée d'un Etat polonaise Gniezno (en ail. Gnesen) en aurait été le premier centre, et un personnage légendaire, Piast, le fondateur. Le premier personnage historique est le duc Mieszko (Mieczyslav? 960-992). Il avait épousé on 965 la princesse Dubravka, fille d'un duc (Ip Bohême, qui le convertit au christianisme, c'est-à-dire au catholicisme romain. La Galicie orientale, un siècle auparavant, avait été touchée par l'apostolat slave de Cyrille et Méthode. Mais la liturgie slave y disparut bientôt devant la liturgie latine venue de Gniezno. Il importe de noter ce détail : le catholicisme romain des Polonais devait être pour eux

une cause de sérieuse infériorité dans leur longue lutte contre les Russes de religion grecque ou orthodoxe. Le fils de Mieszko, Boleslaw le Vaillant (992-1025) est à coup sûr le véritable créateur de l'Etat polonais; il élargit sa frontière jusqu'aux rives de la Baltique, il enlève aux Tchèques la Chrobatie occidentale. Eii Tan 1000, il reçoit à Gniezno la visite de l'empereur Othon. L'empereur pose sa couronne sur la tôle de Boleslaw etle proclame ainsi patrice ou ami de l'empire. Certains historiens ont considéré cet acte comme un couronnement, qui donnait à Boleslaw le titre de roi. Après la mort d'Othon, Boleslaw guerroya pendant de longues années contre les Allemands, contre la Bohême à laquelle il enleva la Moravie ; il conquit également la Lusace, et fut le premier souverain polonais qui s'attaqua aux Russes ; il poussa jusqu'à Kiev, s'empara des ^villes du pays de Tchervensk, et se fit couronner roi en 1024; il fonda des évêchés, organisa la hiérarchie catholique, créa des monastères, mit sous les armes de nombreuses milices. Il n'eut point de capitale fixe : on le voit résider tour à tour à Poznan, Cracovie, Plock, Breslau. Il est tour à tour un chef d'armée et un despote patriarcal. Il occupe

dans rhistoire primitive de la Pologne un rôle analogue à celui de notre Gharlemagne. Sous ses successeurs directs, la Pologne décline. Elle reprend des forces avec Kazimir le Restaurateur (1040-1058). Boleslaw le Hardi (mort vers 1081) entreprend des expéditions heureuses en Hongrie, en Russie, en Bohême; elles ont un caractère aventureux et peu pratique. Elles font perdre de vue aux Polonais ce qui aurait dû être le véritable programme de leur politique, la conquête, Tassimilation des Slaves, encore païens, de la Baltique et de TOder. Si ce programme avait été sérieusement posé et sérieusement exécuté, la Pologne occuperait aujourd'hui dans ces régions la place qu'elle a laissé prendre à la Prusse allemande. Dans un accès de colère, Boleslaw le Hardi eut le malheur de tuer révêque de Cracovie, Stanislas; il dut s'enfuir à l'étranger, et le despotisme patriarcal que ses prédécesseurs avaient inauguré fut gravement compromis par cet acte criminel. Son successeur Wladyslaw Herman (1080-1104), laissa le pouvoir aux mains d'une oligarchie civile et religieuse, renonça à prendre le titre de roi, toléra l'établissement de grands domaines correspont^n'^- dant aux anciennes tribus, pourvus d'adminis-

trations spéciales qui tinrent en échec Tautorité du prince, eut auprès de lui un véritable maire du palais dans la personne du voiévode Sieciech, et vit ses propres fils lui discuter le pouvoir.

L'un d'eux, Boleslaw à la Bouche torse (H02-H39), réussit à contenir les grands seigneurs terriens, tint en respect l'empire, la Bohême, la Hongrie et la Russie, obligea les princes poméraniens à reconnaître sa suzeraineté et à embrasser le christianisme; malheureusement, le clergé polonais se montra incapable d'aider le prince dans cette entreprise ; il fallut faire appel à l'apostolat d'un évêque allemand, Otto de Bamberg. Le commerce prospéra, les arts religieux commencèrent à se développer. Les fils de Boleslaw à la Bouche torse ne surent pas continuer l'œuvre de leur père. La Pologne était loin encore de l'unité ; les fils du souverain avaient des apanages qui constituaient de véritables Etats dans TEtat; en partageant le pays entre ses héritiers, Boleslaw à la Bouche torse décida que celui qui posséderait Cracovie serait considéré comme le chef de famille ; mais les fils cadets investis, l'un de la Grande Pologne (actuellement Pologne prussienne), les autres delà Cujavie, de la Mazovie, etc., étaient chacun

plus puissants que celui qui avait le maigre privilège du séniorat : Toligarchie militaire ou ecclésiastique de chacun des petits Etats pouvait tenir tête à son chef en le menaçant de passer au service du voisin. Des guerres civiles éclatèrent et eurent pour conséquence l'intervention des Allemands. La Grande Pologne (N.-O.), la Petite Pologne (S.-O.) se disputèrent jusqu'à la fin du xin* siècle la prépondérance.

Toutes deux avaient à leur tête des princes de la dynastie des Piasts, branche aînée dans la Grande Pologne, branche cadette dans la Petite. En 1177, la diète [coUoquium) de Leczyca reconnaît la priorité à la branche cadette représentée par Kazimir dit le Juste (mort en 1194). Ses décisions sont confirmées par le pape Alexandre III. Cependant Mieszko le Vieux (mort en 1202) réunit à un certain moment, sous son autorité, toutes les terres polonaises, sauf la Silésie et la Poméranie. Il représente encore l'idée du pouvoir patriarcal; mais cette idée est de plus en plus menacée par la résistance de l'Eglise et des seigneurs terriens. Malheureusement, les Polonais de cette époque ne comprennent pas l'intérêt majeur qu'ils ont à porter, à consolider leur domination jusqu'aux rives de l'Oder ou même

de l'Elbe, ils laissent Albert FOurs organiser chez des Slaves la marche de Brandebourg (H57). Leurs guerres contre les Prussiens païens ont plutôt le caractère de croisades que d'expéditions politiques. Ils s'efforcent de pénétrer dans les pays russes et de les assimiler (pays de Lublin, Podlésie, Russie Rouge) sans soupçonner les difficultés que leur créeront un jour la différence des religions et la formation d'un État moscovite.

Ainsi, dès le xui'^ siècle, la nationalité polonaise représente un organisme qui ne croît pas dans le sens normal et qui cherche* d'autres frontières que celles que lui assignent l'ethnographie et la religion.

Cette croissance pénible est encore contrariée d'une part par les chevaliers teutoniques, de l'autre par les invasions mongoles. En 1220, Konrad, duc de Mazovie, établit les chevaliers teutoniques à l'embouchure de la Vistule pour tenir en échec les Prussiens païens; le début du XHi® siècle voit s'établir dans les pays prussiens des colonies allemandes, Thorn, Chelmno (Culm), Marienwerder, Ebling, Braunsberg, Heilsberg qui tiendront en échec l'expansion naturelle du peuple polonais vers l'embouchure du fleuve

national. La même fatalité semble peser sur la Silésie. Henri le Barbu (1201-1238) s'allie par mariage aux Hohenstaufen et introduit des colons allemands dans cette province. Grâce à son énergie, elle devient pendant quelques années le centre de gravité du pays polonais; elle fait reconnaître sa primauté par la Petite et la Grande Pologne. Rien n'était aussi désirable que l'union de tous les pays polonais au moment même où les Mongols ou Tatares s'apprêtaient à fondre sur l'Europe. En 1241, ils se jettent sur la Pologne, brûlent Sandomierz, Cracovie, Breslau, culbutent les troupes polonaises àLignica. Henri le Pieux, prince de Silésie, périt dans cette bataille (1241). La Pologne lutta bravement et sauva peut-être l'Europe d'une terrible invasion. La Silésie ne réussit point, comme on eût pu l'espérer un instant, à grouper autour d'elle les terres polonaises. Au contraire, après la mort de Henri le Pieux, elle se divisa elle-même en plusieurs principautés qui se germanisèrent de plus en plus. A dater de la seconde moitié du XIII® siècle, la Silésie devient étrangère aux destinées du peuple polonais. Elle passe sous la suzeraineté de la Bohême. Cette époque est d'ailleurs pour ce peuple une période de mor-

cellement. On voit se former une infinité de principautés dont la plus importante est celle de Boleslaw le Chaste (Cracovie et Sandomierz). Les divers princes introduisent à Tenvi dans leurs domaines des colons allemands. Ces colons jouissent de privilèges considérables; ils sont exemptés des impôts, du service militaire et règlent leurs affaires d'après le droit allemand dit de Magdebourg. Les progrès du commerce et de l'agriculture, de l'exploitation des mines, dus à ces étrangers, devaient être un jour payés chèrement. Ils ont marqué une forte empreinte sur la langue administrative et commerciale de la Pologne, sur la technologie des arts et métiers. On compte aujourd'hui en polonais environ 3 000 mots allemands. Cette période est pour le clergé polonais une époque de renouveau moral; les prêtres renoncent définitivement au mariage, les monastères se multiplient : les saints se rencontrent jusque sur les marches du trône. En 1254, Stanislas est proclamé patron de la Pologne ; l'aristocratie militaire s'organise ; nul n'est considéré comme chevalier s'il ne possède un domaine terrien ; les nobles adoptent des armoiries ; il faut une décision du prince pour être admis à porter ces armoiries; à côté des

indigènes attachés à la terre, les nobles prennent sur leurs domaines des colons libres venus d'Allemagne. Le souverain n'est plus considéré comme régnant suivant le droit patriarcal, mais en vertu d'un contrat librement consenti.

En 1269, Varsovie est fondée par le prince Konrad.

Vers la fin du xni* siècle, les Polonais commencent à comprendre le danger que fait courir à leur pays son morcellement en une foule de principautés sans autorité centrale. Przemyslaw II, prince de la Grande Pologne, est couronné roi en 1295, avec la permission du pape. Il est tué peu de temps après, à l'instigation du margrave de Brandebourg, mais l'idée de la royauté lui survit. Après sa mort, les chevaliers offrent la couronne au roi de Bohême Vacslav(Wenceslas) qui régna jusqu'en 1306 sur tous les pays polonais, sauf sur la Mazovie; il fait gouverner le pays par ses lieutenants ou starostes et lui donne tout ensemble le sentiment de l'unité et de l'obéissance à l'autorité royale. « Qui sait, dit un historien moderne, si sans le gouvernement de Vacslav nous aurions jamais formé une monarchie unitaire? » Au roi de Bohême succéda un prince indigène, Wladyslaw Lokietek ou le

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Bref (1306-1333). Il se fit reconnaître par tous les pays polonais, sauf par la Silésie devenue vassale de la Bohême, la Mazovie indépendante et une partie de la Cujavie. Lokietek eut d'ailleurs, dans ses propres domaines, à lutter contre de vigoureuses résistances. Chaque pays prétendait garder ses institutions particulières. En 1319, Lokietek se fit couronner dans la cathédrale de Cracovie. D'abord allié des chevaliers teutoni* ques, il ne tarda pas à deviner les dangers que leur ambition faisait courir à la Pologne, En 1309, le grand maitre établit sa résidence à Marienbourg, menaçant ainsi tout le cours inférieur de la Vistule. Lokietek comprit que c'était Tavant-garde de l'Allemagne qui s'avançait. Il réclama aux chevaliers la Pomérélie, s'allia avec le grand prince de Lithuanie. La lutte fut longue et acharnée. Les chevaliers s'assurèrent l'alliance de la Bohème, ravagèrent la Pologne qui sauva avec peine son indépendance. Les efforts que les Polonais avaient dû faire en commun les préparèrent à l'unité nationale. Le fils de Lokietek, Kazimir le Grand (1333-1370), continua la lutte contre les chevaliers teutoniques ; il dut, malgré ses efforts, abandonner définitivement la Silésie

à la Bohême et la Pomérélie aux chevaliers.

Refoulée à Fouest et au nord, la nationalité polonaise chercha des compensations à Test c'est-à-dire dans les pays russes. Ces pays étaient divisés en diverses principautés, souvent en guerre les unes contre les autres. Kazimir s'empara de la Russie Rouge et la réunit à la couronne de Pologne par une union purement dynastique . Des évêchés catholiques furent fondés dans les pays orthodoxes et préparèrent la polonisation de la province qui, cependant, n'a jamais été complètement effectuée. Désormais la partie supérieure de la Vistule, les bassins du San et du Boug étaient ouverts à l'expansion polonaise. Mieux eût valu — on ne saurait trop le répéter — l'expansion chez les Slaves baltiques. Kazimir s'efforça de faire

fleurir le commerce dans ses Etats, y attira les juifs qui, en vertu de leurs aptitudes naturelles, . absorbèrent «^vec les Allemands le trafic et détournèrent les Polonais de la vie commerciale. L'agriculture et la guerre restèrent l'occupation principale des Slaves, Polonais ou Russes. Il ne se forma pas un tiers état polonais. Le règne de Kazimir le Grand est d'ailleurs pour la Pologne une époque de richesse et de prospérité. On l'appela le roi des paysans. Il fonda en 1364

l*Université de Cracovie, établit des fonction- i

naires royaux, réduisit une aristocratie turbu- '^

lente à l'obéissance. Il ne pouvait chasser les Allemands des villes où ils étaient établis, mais il les obligea à reconnaître la juridiction suprême non plus de Magdebourg, mais d'un tribunal spécial établi à Cracovie. Un voit cependant ftous son règne apparaître, en 13B2, la première Confédération (ligue de nobles réunis pour faire échec à Tautorité royale). Il obligea tous ceux qui possédaient la terre, nobles ou ecclésiastiques, à fournir des troupes en cas de guerre et organisa les cadres d'une armée nationale. Il prépara ainsi les succès militaires de la période suivante. La Mazovie reconnut sa suzeraineté, mais il dut confirmer l'abandon de la Silésie. Malheureusement, il mourut sans enfant. Avec lui s'éteignit la ligne directe des Piasts. Il y en avait bien des branches collatérales, noais Kazimir estima qu'aucun de leurs représentants n'était capable de lui succéder, et il désigna pour son héritier Louis de Hongrie (1370-1382) qui fut couronné à Cracovie. Ce prince eut à lutter contre la noblesse qui réussit à lui extorquer de nouveaux privilèges. Après sa mort, le trône resta vacant pendant quatre ans. En 1386, il fut

décerné à Hedwîge, deuxième fille de Louis de Hongrie. Sur les instances de la noblesse et du clergé, cette princesse se décida à épouser Jagellon, prince païen de Lithuanie, qui s'engagea à embrasser le christianisme. Il prit au baptême le nom de Wladyslaw et fut reconnu roi. La Pologne catholique espérait ouvrir ainsi de nouveaux territoires au christianisme latin. En effet, les Lithuaniens pur sang embrassèrent sans répugnance le christianisme et se laissèrent plus ou moins poloniser. Mais les Russes, qui constituaient rimmense majorité de la Lithuanie, étaient depuis longtemps convertis au christianisme, ils appartenaient à TÉglise orthodoxe. L'évêché catholique établi à Vilna n'eut d'abord pour diocésains que les Lithuaniens proprement dits, convertis au catholicisme. Assurément l'union — purement personnelle — des deux pays était un acte d'habile politique : les Lithuaniens convertis, les chevaliers teutoniques qui avaient prétendu leur imposer le christianisme, perdaient leur raison d'être.

Jagellon. s'établit à Cracovie, laissant le gouvernement de la Lithuanie à son parent Vitovt. En 1404, il se fit rendre, par les chevaliers, le pays de Dobrzyn et entreprit contre eux une

guerre qui les obligea à restituer la Samogitie à la Lithuanie (victoire de Grûnwald, 1410).

En 1413, au congrès de Horodlo, la Pologne et la Lilhuanie, ou plutôt les boiars lithuaniens et les pans * polonais, resserrèrent les liens qui les unissaient : il fut décidé que les affaires concernant les deux Etats seraient décidées dans des diètes communes; des privilèges furent accordés aux Lithuaniens catholiques. Il n'était nullement question du peuple russe orthodoxe. On décidait en outre qu'après la mort de Jagellon et de Vitovt, les Polonais ne nommeraient pas un roi, ni les Lithuaniens un grand prince, sans l'assentiment de l'autre partie.

L'institution de congrès ou diètes limite l'autorité royale à une époque où il eût été nécessaire qu'elle fût plus solide que jamais. L'oligarchie nobiliaire exploite la petite noblesse et le peuple. Cette oligarchie enfante d'ailleurs des hommes remarquables qui poursuivent avec persévérance l'agrandissement de leurs domaines privés et de la patrie commune.

Le clergé, qui a converti le roi et les Lithuaniens païens et sur lequel on compte pour convertir aussi les orthodoxes, joue un rôle de plus en

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