septembre, Berne; 3, Lausanne; 4, Genève
Avant de faire la connaissance personnelle de Mickiewicz, le jeune Krasinski avait eu l'occa-
1. Cette note ligure au t. I (p. 74) de la correspondance de Mickiewicz. Il semble que les éditeurs n'aient aucune idée de la topographie de la Suisse. Les noms les plus connus sont défigurés par des coquilles scandaleuses.
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sion (le s'occuper de lui et de le présenter au public suisse dans des pages qui se lisent encore aujourd'hui avec intérêt.
La Bibliothèque universelle avait publié en 1829 un article de Mlle Anastasie de Klustine sur la littérature russe. Bonstetten eut l'idée de demander à Krasinski un travail analogue sur la littérature polonaise. Krasinski rédigea pour lui, sous la forme d'une lettre, une dizaine de pages qui furent publiées au tome XLIII, p. 135 et suivantes de la Bibliothèque. « Cette lettre écrite de Paris me semble, disait Bonstetten, digne de faire le pendant de celle sur la littérature russe que vous devez à une demoiselle de vingt ^s.
L'une et l'autre prouvent que chez les nations slaves
Le talent n'attend pas le nombre des années.
Le morceau n'est malheureusement pas signé.
11 eût été glorieux pour la Bibliothèqice universelle d'inscrire Sigismond Krasinski sur la liste de ses collaborateurs. Les circonstances dans lesquelles le futur poète de la Comédie infernale avait été envoyé à Genève méritent d'être rapportées. Il était le fils d'un général qui, après avoir servi bravement dans les armées napoléo-
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niennes, s'était rattaché sans arrière-pensée au gouvernement de l'empereur Alexandre. Le général Krasinski estimait, — les événements n'ont que trop prouvé la sagesse de ses idées, — que les Polonais n'avaient rien à gagner à une insurrection. Les jeunes patriotes étaient, bien entendu, d'un avis tout opposé; pour soustraire Sigismond à des outrages immérités et à de dangereuses tentations, son père l'avait envoyé à Genève en 1829. Mais le jeune homme n'oubliait point ses rêves.
Dans la lettre adressée à Bonstetten, il expose avec beaucoup de sagacité les évolutions de la littérature polonaise, la lutte entre les classiques et les romantiques, l'influence de Gœthe et de Byron, et il paie à Mickiewicz un légitime tribut d'admiration.
Le premier de nos poètes romantiques, dit-il, est sans contredit M. Mickiewicz. Plein de verve et de cet enthousiasme propre au printemps de la vie, il prend souvent un essor sublime et, planant au-dessus de la terre, il force l'admiration et excite Tétonnement par son audace. C'est Icare volant près du soleil; mais ses ailes ne fondent point. Au contraire, elles se déploient d'autant plus qu'il s'élève. Les idées sont frappantes et vraiment sublimes. Personne ne l'égale quand il décrit les tourments de l'amour trompé, les espérances déçues; on se sent entraîné dans un tourbillon qui vous emporte et fait succéder l'agitation et le désespoir au
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culme et à la tranquillité dans votre âme. Ses descriptions sont brillantes et splendides; mais on n'y voit ni mollesse, ni douceur voluptueuse; tout ce qu'il truco est grand et majestueux. Ses vers sont on ne peut plus harmonieux, énergiques et polonais dans toute ia force du terme, c'est-à-dire qu'ils ont cette teinte particulière de gravité et de force qui constitue l'ûme même de notre langue.
Un peu plus loin Krasinskî, n'ayant pas sous la main les œuvres de son compatriote, traduit de mémoire quelques vers de Konrad Wallenrod.
Il consacre aussi quelques lignes à Odyniec :
M. Odyniec a suivi la route ouverte par M. Mickiewicz. Quelque chose de doux et de voluptueux distingue les poésies de ce grand poète *. Ses ballades sont intéressantes et riches d'imagination. Je ne puis mieux faire son éloge qu'en disant qu'il est digne des grands maîtres qu'il étudie, c'est-à-dire de Gœthe et de Bûrger.
Le style est un peu lourd ; mais, pour un jeune homme et pour un étranger tout cela n'est vraiment pas mal dit. On juge quelle dut être la joie de Sigismond Krasinski en retrouvant sur le sol de la Suisse hospitalière deux de ses poètes favoris. On n'a pas souvent Toccasion de visiter rOberland en pareille compagnie. Dans cette excursion, Krasinski se prit à aimer le caractère de Mickiewicz comme il admirait déjà son génie.