‹ Le monde slave: études politiques et littérairesChapitre 9 sur 39 · Grand est un peu exagéré. L. L · texte numérisé non relu

Grand est un peu exagéré. L. L

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Mickiewicz, écrit-il de Lauterbrunnen à son père le 21 août 1830, s*est un peu animé et a fait mieux connaissance avec nous. Oh, quelles fausses opinions on avait de lui à Varsovie! Il est très savant; il sait le polonais, le français, Titalien, Tallemand, l'anglais, le latin et le grec. Il connaît parfaitement la politique euroropéenne, l'histoire, la philosophie, les mathématiques, la chimie. En littérature, nul peut-être en Pologne n'a autant de connaissances. Ses jugements sont très sûrs et très graves. Quand on l'entend parler, on dirait qu'il a lu tous les livres. Il est habituellement triste et pensif; ses malheurs ont déjà empreint des rides sur son frond de trente ans. Il est toujours tranquille, calme, mais on voit à ses regards qu'il suffit d'une étincelle pour éveiller la llamme qui dort dans sa poitrine. Il m'a paru l'idéal d'un homme savant et d'un génie complet.

Il y a peut-être quelque exagération dans ces appréciations juvéniles ; si le général Krasinski les communiqua aux classiques qui fréquentaient son salon de Varsovie, ils durent hausser les épaules.

Dans d'autres lettres, Sigismond affirme de nouveau son respect pour Mickiewicz : « Cette rencontre m'a fait beaucoup de bien, elle m'a aidé à me débarrasser d'un grand nombre de préjugés. »

Si l'on en croit un des biographes de Mickiewicz, Christien Ostrowski, c'est à Genève que Mickiewicz aurait écrit les vers célèbres à la

Mère polonaise, M. Ladislas Mickiewicz, dans la biographie si détaillée qu'il a donnée de son père \ a démontré que ces vers furent écrits en Italie. Mais c'est à Genève qu'ils furent pour la première fois mis en circulation. Odyniec les communiqua au jeune Krasinski ; celui-ci, dans une promenade sur le lac, les récita à Christien Ostrowski, dont les traductions l'ont popularisé en France... à l'époque où on lisait les œuvres de Mickiewicz. Hélas on ne les lit plus guère

aujourd'hui.

Ces vers célèbres étaient loin d'être un appel à l'insurrection. Ils prêchaient plutôt une résignation morne et désolée.

C'est à Genève que Mickiewicz se sépara de son fidèle compagnon de route, le bon et affectueux Odyniec. Celui-ci avait le cœur très gros. Sigismond Krasinski, témoin de la séparation, la raconte avec une émotion communicative.

« Ils s'embrassèrent longtemps. Odyniec avait les larmes aux yeux. Mickiewicz était plus ferme, mais son visage révélait un profond chagrin. Sur un billet laissé aux mains d'Odyniec, Mickiewicz avait écrit : « Au revoir en Lithuaniel Adam. »

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