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aujouririini plus que jamais, qiir les Slaves cl la France se raiiproclieiit el jettent, pour ainsi dire, un pont pardessus rAllemagne.
Les autres dialectes slaves sont plul<M du domaine de la philolotric que de la littérature propriincid dite. C'est une étude de luxe que les spécialistes seuls pourront se permettre. Il ne faut pas croire que Ton sache toutes les langues slaves pour en posséder une quel((in([ue. Des panslavistes, plus enthousiastes que philologues, aftirnient que tous les Slaves s'entendent entre eux sans avoir étudié leurs grammaires respectives; sans doute, ils peuvent compi'cndre certains mots usuels; mais la réalité est qu'un Tchèque et un Russe, s'ils veulent suivre une conversation, sont obligés de la tenir en allemand ou en français.
La similitude, parl'ois littérale, des l'ornies el des mots, loin de j'acilitei' rintelligencc des textes, la couipliipie de diriicultés d'autant plus redoutables, (piau j)reniier al)ord on ne les soupçonnait pas. C'est ainsi, pour enq)i'inder un exenqile à noire langue, cjue le mot allemand ross. qui désigne un noble destrier, correspond au IVançais rosse, (jui est, comme on sait, la plus grosse injui-e que l'on puisse adresser à un cheval. Les l'ails de ce genre amènent, dans les relations entre les Slaves, les <juiproqno les plus bizarres. Je me rappelle avoir i-enconti'é un jour, à la frontière de Russie, un Slovarpie qui se rendait à Saint-Pétersbourg; persuadé par c}uel- (iu(>s slavomanes de son pays que tous les Slaves se comprennent entre eux, il entama avec un fonctionnaire moscovite une conversation dont celui-ci ne comprit pas le moindre mot. Je me trouvais là, heureusemeid, jtour servir d'interprète. Je n'étais point Slave de naissance, mais j'avais étudié des grammaires et des voca-
bulaiivs, ce que n'avaicni l'ail ni ruii ni Tautre des deux interlocuteurs.
Aux langues vivantes que nous venons de signaler, il convient d'ajouter une langue morte, qui joue chez les Slaves un rôle analogue à celui du latin chez nous, le slavon ou slave ecclésiastique (kirchenslawisch) , que l'on appelle aussi paléo-slave. Cet idiome n'est point, comme on pourrait le croire, une langue mère d'où dérivent les idiomes slaves modernes, c'est simplement une sœur aînée, peut-être l'ancienne langue des Slaves Bulgares, dans laquelle l'apôtre Cyrille traduisit les Écritures au Lx" siècle.
Adoptée tour à tour par les différents peuples orthodoxes (Bulgares, Russes, Serbes), elle prit sous la plume des copistes des formes ou des vocables qui lui étaient primitivement étrangers. Aussi est-il peu de monuments oîi l'on puisse se flatter de la trouver dans sa pureté primitive. Le plus ancien en Russie est l'Évangile dit d'Ostromir, écrit en 1057 pour un magistrat de Novgorod-la-Grande . A i)artir du xiii'' siècle et du xiV siècle, les manuscrits sont fort nombreux; dans les pays slaves on lait chaciue jour des découvertes intéressantes au point de vue de la religion, de l'histoire et de la philologie, l'n manuscrit paléo-slave, écrit jadis à Prague, envoyé à Constant inople à la suite des guerres hussites, fut acheté par le cardinal de Lorraine en cette ville, et donné par lui à l'église cathédrale de Reims. Comme personne ne pouvait comprendre les cai'actères mystérieux tracés sur ce parchemin, on lui prêta des vertus particulières, et il devint le texte officiel de l'Évangile sur lequel les rois prêtèrent le serment du couronnement.
Une des particularités de cet Évangile, c'est qu'il est
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éci'it OU deux faractrres (lilIV-roiits ; il va on ellol doiiK ant'ioiis alphaljols slaves, l"iin dit ci/iilliijHc (du lunii do son inveuliMir |trrsuni(''. saiid ('.yrillfi. laiitir dil uldijolitiijuc. duid roi'i^^ini" [in-lo encoi'c à diverses conjectui'(>s.
Chez lt>s Bosniaques calholiiiues , l'alpliahel cyrillique pi'il au xvi" siè(le quelques lornu^s nouvelles; lalplialiet ijlaifoliticjuo, employé dans un certain nond:)ro de manuscrits, n"est jjlns en us.iljc anjoin-d'hui que dans (pielques i)arties de la Dalniatie. Lalphabel russe déi'ive de lalplialiet cyrillitpu?. avec lequel il a le même rapport ipie le caractère romain avec le gollii(|ue. Los autres peuples slaves ont adopté ral})haljet latin, complété par dos signes diaci'itiques jiarticuliers. Cependant, en Bohème, en Moravie, en Silésie et en Saxe, on im|)rime oncoi-e en cai-ac|ères allemands des livres po|)ulaires. Ainsi, même au ]i()iiil de vue de ralphabet, le monde slave est bien loin de l'unité.
J<' ne puis donner ici une idée de reusemble des littératures sla\'es, ou de cliacnno en particulier. Toutes, sauf la littérature slavonne, offrent un élément populaire précieux au |»oint de vue poétique et mythologique. Toutes ont mi fonds de chansons et de contes ipte (rimiombrables publications n'ont point encore réussi à épuiser; les contes, quand on les aura suffisamment étudiés, jetteront un jour nouveau sur certains C(Més de la mythologi<' indo-européenne; les poèmes populaires se présentent sous un double aspect : chaids héroïcpies. idylles amoureuses. La poésie héroïque populaire a disparu <le boum» heure chez les peuples sounns à rirdluence du latinisme: la Pologne et la liohème lignorent absolument; en revanche, les pays orthodoxes, la réussie, la Serbie, la Bulgarie offrent
des cycles entiers de poèmes héroïques. I\IM. Dozon et d'Avril ont traduit les i)oèines serbes et bulgares. M. Rambaud nous a l'ait conuaîti'e la Russie épique. Un savant anglais, M. Ralston, a résumé les contes et les chants poi)ulaires. On a traduit aussi des chansons populaires; mais, dépouillées de leur musique originale et de leur langue essentiellement gracieuse et poétique, ces idylles délicates deviennent dans la traduction ce que devient dans un herbier une fleur desséchée. On en retrouve les formes; mais il faut en deviner le charme, la couleur et le parfum. A côté de la poésie populaire, chaque pays slave a eu, dans la limite des circonstances, une littérature savante qui mérite d'occuper l'attention. La Bohème a l'honneur d'annoncer la réforme par les écrits de Jean Hus, que les Allemands revendicjuent en vain : Hus fit pour le tchècjue ce que plus tard Luther devait faire pour l'idiome germanique ; le XV', le xvi" et le xvii* siècles présentent une forte génération de moralistes, de théologiens et de poètes.
La Pologne, plus foncièrement catholique que la Bohème, débute plus tard dans l'application de la langue populaire; mais elle produit des poètes éclatants , dignes d(> l'antiquité classiciue. Aujourd'hui encore, la poésie polonaise, inspirée par les malheurs de la patrie, pénétrée d'un mysticisme étrange et poignant, peut bravement soutenir la comparaison avec les écoles de France, d'Allemagne et d'Angleterre '. On cite toujours le nom de Mickiewicz; mais il n'est pas seul,
i. Ces lignes figurcnl dans l'édition do 18":?. Elles ont évidemment échappé au correspondant d'nne Revue de Varsovie qui affirmait que j'avais « e.xclu la Pologne du monde slave ». (Voir plus liant riiilmduction.)
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cl ses rivaux ou ses disciples consliluent toule une léi.Mon. Léloquence sacrée, le théâtre, occupent une belle page dans la littérature polonaise; la Bohème a vu aussi depuis 18.1(» suririr n\U' hrillanle génération de poètes qui ont entrepris de chanter les gloires du passé et les espérances de l'avenir; mais elle est surtout le pays des criti^iues, des i)liilologucs et d»*s historiens.
En lAussie, les circonstances politiques d'une part, de l'auti'c l'usage du slavon, langue hiiM-atiqnc, ont relardé le développement de la littérature nationale; mais elle n'a rien perdu pour attendre. Kpurée et réglementée par Lomonosov, au siècle dei-nier, la langue russe s'enorgueillit déjà d'une longue série de grands écrivains, depuis Krylov, qui rivalise avec La Fontaine, jus(prà Tourgueniev, et à Tolstoï. Les traductions du russe sont nombreuses en France; mais on ne les apprécie pas suinsamment, faute de connaître le pays qui inspira les auteurs des ouvrages originaux. Chez les Slaves du Sud, on rencontre deux courants différents : chez les catholiques, l'idiome national est cultivé dès le xvi'5 siècle sur les côtes de la Dalmatie, notamment à Raguse, qui voit lleurir une brillante école poétique; chez les orthodoxes, soumis de bonne heure au joug musulman, l'idiome slavon, après avoir produit des œuvres de droit et de théologie, a cédé fort tard In place à la langue populaire; les deux éléments serbe et croate se sont rapprochés depuis 183(i. Agram et liclgcade sont aujourd'hui le théâtre d'un mouvement littéraire qui serait plus fécond encore si la différence des religions et des alphabets n'en contrariait, dans une certaine mesure, le développement.
Assurément ces littératui-es, même prises toutes ensemble, ne sauraient rivaliser avec celles de l'Occi-
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dent; mais elles les sur|)asseiit par le nombre et l'intérêt des productions populaires; elles possèdent des individualités qui. sans pouvoir être opposées aux Dante, aux Molière, aux Ga^flio, aux Shakespeare, tiennent une place honorable parmi les représentants du génie humain. Au point de vue scientifique, les Slaves détiennent encore le secret d'une partie de nos mythes; au point de vue politique, ils sont les alliés nécessaires de notre race; ils ont moins de passé que nous; ils ont peut-être plus d'avenir.
Malheureusement, la difficulté grammaticale des langues slaves n'est pas le seul obstacle qui s'oppose à l'étude des peuples parmi lesquels ces langues sont parlées.
Le conflit des dogmes, des idées et des passions est si violent dans le monde slave et autour de ce monde, qu'il faut s'armer d'une triple cuirasse d'airain et de sang-froid avant d"y pénétrer. Premier principe : ne croyez jamais les Allemands quand ils parlent des Slaves, et réciproquement. Deuxième principe : ne croyez jamais les Polonais quand ils perlent des Russes, ni les Russes quand ils parlent des Polonais; défiezvous des orthodoxes lorsqu'il s'agit des catholiques, et vice versa. La passion politique et religieuse a tellement envahi toutes les choses slaves qu'il n'y reste plus de place, ou presque pas du moins, pour la science pure et le libre examen. Or, qui jusqu'ici s'est occupé des peuples slaves en dehors d'eux, en apportant à cette étude l'impartialité et les lumières suffisantes?