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LE MONDE SLAVE. Ib
coniplir. La cliaire de Mickit-wicz, depuis sa fondation, avait porté le titre de Cliaire de langue et de UUcrature slave; suivie par quelques studieux auditeurs, elle se livrait paisihlenKMit à des rtutles île yrraniniaire et de littérature, lors(ju"un journaliste imagina de la dénoncer au monde comme un loyer de panslavisme, comme le plus solide point dappui et le meilleur auxiliaire de la p()liti(|ue moskovite (avec un h. s'il vous plaîti. Le litre de (•ett<' cliaii'e favorisait Tambition moskovite, attendu quil senii>lait reconnaître Texistence d'une seule langue slave, etc. Sur ce thème, le rédactinu" en question écrivit une pétition qu'il adressa au Sénat; le Sénat fit à cette élucubralion l'honneur de la discuter sérieusement; l'illustre assend)!éc, dont je parle avec tout le respect que l'on doit aux pouvoirs tombés, examina la pétition et la renvoya au ministre de Tins- Iruetion publi([ue. Il n'y avait, dans tout le Sénat, qu'un seul homme qui eût un peu étudié les choses slaves, feu Mérimée: mais il avait trop de bon sens et de scepticisme pour se fourvoyer dans les discussions de ses collègues. Le ministre, M. Duruy, fit bon accueil à la pétition, et le Torps législatif aussi. Résultat définitif : la chaire du Collège de France vit changer son titre de Chaire de langue et littérature slave contre celui de Chaire de langue et de littératures d'origine slave. Le pétitionnaire et quelques Polonais, plus patriotes que sensés, se frottaient les mains; ils croyaient avoir porté un coup mortel à la Russie et sauvé la civilisation européenne. Ils raisonnaient ou déraisonnaient ainsi : Qu'est-ce que le panslavisme? La tendance qu'ont tous les peuples slaves à se grouper auloui' de l'État moskovite. Démontrons aux Slaves que les Moskovites ne sont pas des Slaves: le |)anslavisme est à jamais
impossible '. Ils croient, ces bons Slaves, que la Russie a une littérature slave, erreur : elle est tout simplement d'origine slave. Comprenez-vous la nuance? Malheureusement les Slaves ont la tète dure; ils prétendent n'avoir pas besoin des conseils dlin rédacteur parisien peu expert d'ailleurs in slavicis pour réi>-ler leurs asi)irations et leur destinée. Ils poussèrent même l'impudence juscjn'à faire des gorges chaudes de notre na'iveté. et je fus assez froissé naguère, il m'en souvient, de voir comme on se moquait de nous dans les journaux d'Agram, de Prague et de Moscovi.
Évidemment le pétitionnaire était de bonne foi quand il croyait sauver l'Europe et la France d'un effroyable cataclysme, en substituant un pluriel à un singulier. La confusion des idées est telle chez nous en matière étrangère, C[ue toutes les aberrations sont possibles. Pour moi, j'ai pris depuis longtemps la devise d'Horace, nihil admirari. Je dois ajouter que l'opinion publique a été égarée chez nous par le zèle excessif d'un certain nombre de Polonais, dont le patriotisme est aussi respectable que leur partialité peut être suspecte. J'en ai fait plus d'une fois l'expérience
Il y a cinq ans, à pareille époque -, je publiai, à Paris, un livre intitulé : Cyrille et Méthode. Étude histor'ojue sur la conversion des Slaves au christianisme. C'était un travail d'érudition, une thèse de doctorat; je m'étais efforcé de me placer au point de vue de la science pure et de l'indifférence absolue; c'est dire cjue je ne m'associais ni aux passions des Russes, ni à celles des Polonais, ni au fanatisme des ultramontains, ni à l'intolérance des
1. Ce mot (le panslavisme aujonrd'hiii dcmorlé nous a joué de bien mauvais tours. Voir plus liaut.