‹ Le monde slaveChapitre 13 sur 67 · En · texte numérisé non relu

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orthodoxes. Le livre était dédié à Mgr Strossninyer, dont le monde chrétien a pu apprécier depuis le lil»éralisnie. Eh bien! mon livre avait à jieine paru (luun joui-nal publia contre lui un certain nombre d"arlicles furilxuiils (inspirés par quehiues fanatiques polonais) oii il (l«MiiMi(;ail l'ouvrage comme ayant (Mé écrit pour f'iroriser La pvopdijande moscovite {sic). Si j'avais parlé de l'ancienne unité liturgique des Slaves, c'était évidem ment que je voulais la rétablir dans l'avenii'! Si je racontais l'histoire du grand empire slave du x*^ siècle, c'était pour le restaurer au .\L\e! Bref, il ne manquait à l'article que l'indication précise des roubles et kopecks que j'avais dû toucher pour répandre chez les Slaves les doctrines pernicieuses du panslavisme. Il S(«mblait. à voir la passion avec laquelle on m'attaquait, que les Slaves n'eussent attendu que l'apparition de mon livre pour acquérir des notions précises sur leur passé et sur leur avenir polifi(iue et littéraire. Mais voici qui est j)lus curieux : tandis que j'étais dénoncé et insulté en France comme agent moskovite, mon livre arrivait en Russie, et, comme c'était en somme un fait assez nouveau qu'un ouvrage français d'érudition sur des questions slaves, il était l'objet d'une étude assez attentive. Une des principales Revues russes, l'organe officiel du ministère de l'Instruction publique, lui consacrait, par la main d'un professeur de Kharkov, un article très approfondi. Le rédacteur français, ignorant des choses slaves, n'avait guère trouvé (juc des injures à m'adresser: le professeur russe, homme très compétent, me soumettait des r)bscrvations sérieuses et de graves critiques, et me reprochait, en termes fort courtois d'ailleurs, de m'étre laissé entraîner par le fanatisme polonais et catholique. Ainsi, les deux partis se renvoyaient mon livre;

iamais je n'ai eu plus sérieusement conscience de mon imi)artialité. Ne croyez pas cependant que ceux qui voient du panslavisme partout se soient laissé convaincre par le langage de la Revue russe. « Nous savons, disentils d"un air profond, combien la Russie est habile; elle cache son jeu; elle fait attaquer le livre de Técrivain français dans un organe officiel, afin de mieux dissimuler sa complicité avec l'auteur. » Si ce langage n'a pas été tenu, il a certainement dû l'être.

Je pourrais citer bien plus d'un fait analogue. Mais je crois inutile d'insister. Les difficultés mêmes dont je parle prêtent aux études slaves je ne sais quel attrait irritant. On éprouve un certain plaisir à garder son sang-froid au milieu de tant de passions diverses, à s'en faire l'interprète et le traducteur.

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