‹ Le monde slaveChapitre 17 sur 67 · Écrit en ISOS · texte numérisé non relu

Écrit en ISOS

40 LE MONDK SLAVE.

non pas le l'^'" août, mais le 29 jnillet à neuf heures du matin. Soit dit en passant, ce n'est pas la première, ni lu-las! la dernière fois que j'ai pu constater la supériorité de la presse italienne sur la nôtre, du moins quant à la vérité et à l'exactitude des informations. Je ne sache pas un journal français qui connaisse aussi bien les aiïaires d'Autriche et d'Orient que la Perseveranza. Tout en faisant cette réflexion et d'autres encore que j'épargnerai au lecteur, je quittai Vérone : arrivé à Venise à huit heures du soir, j'en repartais à neuf heures, sans avoir vu ni la place Saint-Marc, ni le palais des Doges. A peine avais-je eu le temps de faire un tour sur le grand canal avec des gondoliers, qui ne me chantèrent pas les strophes du Tasse, mais profitèrent de ma bonne foi et de mon inexpérience pour nie réclamer le quadruple du tarif. Le lendemain matin, à neuf heures, j'arrivai à la frontière autrichienne, et, ce qui ne laissa pas de m'étonner un peu, je trouvai des douaniers obligeants: on ne me demanda même pas mon passeport! Dix mois auparavant, en octobre 1866, à Furth, sur la frontière de la Bavière et de la Bolième. mon ])illet pris, mon bagage enregistré, je m'étais vu, faute d'un visa, invité poliment à retourner à Munich, oii j'aurais eu à faire constater mon identité par le ministre autrichien de cette ville. Je me recommandai du nom de quelques personnes influentes de Prague, et on me laissa partir, non sans garder mon passeport, qui ne me fut rendu que quatre jours plus tard, après m'ètre présenté trois fois à la police. La suppression de ces odieuses formalités est un progrès réel dont il faut féliciter le gouvernement de M. de Beust.

En quittant l'Italie, j'entrais en plein pays slave. Le nom seul de la première station autrichienne, Goritz

AGRAM Kï l.r.S CRdATKS. 41

(Goi'i. la nionhiiriit'!. suriil à iii(li(|ii('r inic l'on passe d'une race à une autre. L'oreille la i)lus inexpi-rinientéi; reconnaît sans ]ieine que le paysan (pii salue lan-ivée du li'ain ne parle ni i'alleinand ni l'ilalien, mais bien le Slovène, l'un îles dialeeles de lidionie jougo-slave, une lantrue slave. Celte laiiifue est parlée et écrite par douze millions d'hommes de Klagenlurth à Temesvar. dAnlivari à Salonique, c'est-à-dire dans la ("arinthie, la (iarniole, l'istrie, la Croatie, la Slavonie, la Dalniatie, la Frontière militaire, la Bosnie, rilcrzcgovine, la Serbie, le Monténégro et la Bulgarie. Les Serbes de la Principauté et les Monténégrins sont indépendants; les autres Jougo-Slaves obéissent au sultan, à l'empereur d'Autriche et au roi de Hongrie. Depuis que le dualisme a été inauguré par M. de Beust, ces deux titres expriment des idées fort distinctes, et ne sont plus, comme auparavant, une simple alTaire de cliancellcrie. Après avoir quitté Goritz, le train suil peiidnnl (piclque temps le littoral de 1 .Xdriatiipie. Dans le lointain apparaît la côte de ristrie, où Trieste se perd dans la brume du matin. Mais l'œil distingue sans peine, suspendu dans la verdure au bord des flots bleus, ce lamentable château de Miraniar qu'habit(> en ce moment la veuve du pauvre Max '. Le pays (jue nous traversons s'harmonise bien avec l'émotion mélancolique qu'éveille le souvenir de tant de catastroi)hes; imaginez un vaste plateau couvert seulement de roches nues, sans arbres, sans ruisseaux, sans prairies, sans chemins, sans habitants. Par-ci par-là, quelques buissons, un peu de terre végétale dans un ravin, quelques pieds de maïs que le paysan industrieux fait pousser à grand'peinc dans un sol ingi'at. C'est le

Page 1