Voir Honte r/es Cours Utléraires, I.S'dS
3. Aujonnl'hni on demande que renseigncmciil du russe soit introduit ilans nos lycées. C'est une erreur. Ceux qui poussent à cette innovation sont en général ceux qui espèrent voir créer [lour eux des emplois nouveaux. Nos futurs bacheliers sont hors d"clat de s'embarrasser d'une langue aussi diflicile. I-ài revanche l'enseignement du russe peut et doit être introduit dans les univcrsilés. .Mais il faut qu'il soit contié à des savants el non poini à di's maîtres de langues.
Ml INTIÎODICTION.
liiiT. ;ivoii- (les (ircillcs |)oiii' entcmli'c. r[ (elles de nos coiilciupornins (''taiciil (|iicl(Hi(' peu bouchées. Les tem|)S nrlitieiit pas oiuore venus. Dans les régions officielles on ne voulait rien savoir, rien apprendi'C.
Au ris(pie de me niellrc encore en scène, je deniaiule la permission de raconter un é|)isodc sicrnifical if.
lin !8()8, M. Dui'uy avait eu l'idée d'élargir les cadres. alors fort restreints, de renseignement supérieur, en créant auprès de la Sorbonne des cours libres. Parmi les jeunes savants qui se présentèrent pour occuper les nouvelles chaires quelques-uns ont fait, depuis, une belle carrière. Il me sul'lii'a de nommer, dans l'ordre des lellres, Gaston Paris, Hamy et Georges Pouchet dans Idrilre des sciences. Je demandai au ministre à faire un cours libre — et gratuil — sur rhistoire, les langues et la lilléralure des peuples slaves. Je fus appelé chez -M. Danlon (|ui remplissait alors an ministère les fonctions (le clicf (lu [jersonnel. Philosophe de carrière, -M. Danton était le type du vieil universitaire pour lequel rien n'existe en dehors des trois littératui-es classiques. « Vos Slaves, me dit-il, en résumé, noffreid aucun iidérêl '. Votre enseignement ne vous mènera à rien. \'ons êtes jeune, intelligent, docteur es lettres à vingtcinq ans; c'est très bien; je veux faire (luelque chose pour vous. J(; vous nomme professeur de rhétorique en pi()\ ince. » J'expliquai respectueusement à M. le Directeur rpu' je nr voulais ni quitter Paris, le seul endroit où je pusse li'availler, ni i-enoncer à mes étud(>s de i)rédilection. Kn province je ne ijouvais (pToi-dilier ci^ i\\\o j'avais eu tant lie peine à apiu'endre. « lîah! r(''j)li((ua -M. Danton, je ne vous y laisserai (ine cinii ou six années. — (Test encore lj(Nuicoup trop. ."\Ionsi(HU' le Directeur. — VA comptez-vous pour lùen rintUience qu'aura exercée sur vous pendant celte période la forte et salutaire discipline des études classiipies! »
l. .M. Danloii raisonnait al)soluinenl comme les législateurs (11! 1S40. Voir Xouvpltes Éludes slaves, denxième série, p. '282 et sniv., et Paisses cl. Slaves, deuxième série, ii. iMo.
INTIiODlcriiiN. Mil
.le |i(M'sisl;ii à ri-rusci- rolïrc oltliii(\'iiil(' t\r M. I Liiilnii. Il iiio n'ii;irtlu d'iiii ;iii- (''Ihiiik'' : « Soil, me dil-il. ;ill(V. ciiscijj^iici' voli".' slavr. iiiiis(|iii' nous y Iciic/, iihsoiuiiii'iil. .Mais vous luc l'ailcs de la pciiio. » Los iiiossatrofs |ii'i'saiis n'avaient pas rlr. je iTois. jdus étonnés !<" jour oi'i ils virent ]li;ipoi-i'ale leur rel'iiser les présents (l'Ariaxei-xés.
.l'onvris mon eonrs: il nr lui pas iniilile. Parmi l(>s premiers élèves (|ui me lireiil llioniienr de le sni\re, IJLîUi'ail mon camarade M. AliVed Hand).:!id. ipii pn'parail son beau travail snr iliiiipirc bi/zuntiu au X'- sicdc. et ipii avait tleviné (|nc la Russie devait avoir quel(|iie rliosr à nous apprendri'. Si je rappelle ce détail, ce n"esl point par \\\\ senlinxMd de vanilé'. {]'rs\ sim|)lenient pour rcclilicr rpiclipic^ '■n-ciii-s (pii on! en eonrs à l'iM ranimer. On s'est iniai.;in('' an delà du liliin ipie le slavoplulisnu' IVançais était le eonireconp de la i^iieri-e de jsTo. On n'a pas loni à l'ail lorl. Mais il y a en des l"ran(;ais (pn onl vn clair avaid celle date iiérasie : j'ai conMnencé à écrire sin- les choses sla\ l's en isc, 1 . M. |{;inil)and éindiail le laisse avec moi en ISCi'.i. I. s pié'cursenrs ont liien le droit de r<''clainei' le nH''rile de leur iiiil ial i\c.
f,a L;iierr(> mil lin à mon l'nseisjiiemeni des cours libres de la Sorhonne. (lette inslitulion disparut avec le régime ipii lavail créée. Nos niallieiirs comniencaient à nous ouvrir les yeux. I.e ironveniemeid de M. 'l'Iiiers (•(Mn|U'enail l((ul l'intérêt qu'il y a\ait à nous rai)i)ro(dier de la l'iussie. Eu 1S72 je sollicitai de nouveau cette mission d'i'-lnde (pi'on m'avait rerns(''e (mi ISCiT. (](dle l'ois elle nie lui accord(''e sans dillieidli''. Parnu les pali-ons (pn s'empressèreul ile la n-eduimaniler au ministre liiiurail cet excellent Henri Martin, (pii naguère — snr la l'oi d'un témoiiinaL:!' peu d(''sinléi'essé — avait exclu les lînsscs
M\ IN riionrcriox.
• le ri'",iir(i|ic I cl iiKMiic (le l;i riicc arvoiiiic cl (|iii coniiiicii(;;iil ;'i soiipcoimcr (|ii'il ixturrîiil l)icii s'ctrc Irouipc. Il fui fort ("loiinc (niniid je lui appris à mon roloiir fjiic les p;i\s;iiis russes élaiciil 1res harUns inciiie (l.ins le lioiiveriieiiieiil (\(' Kazaii, luèiuc eu Sibérie. Iuil)U de sa lliéoi'u- lourauienne, il les croyait glabres, coninii^ les Chinois. Henri Martin était la bonne foi etThonncui- personnitics; il reconnut galamment sa méprise, et, jusqu'à son dernier joui", il m'honora de son amitié. Il savait l)ourlant que sur ccrlaincs questions je n'avais jamais été de son avis.
A pr<)pf)S de cette mission se produisil un curieux incidenl. .l'en avais été informé officiellement; j'avais reçu du Ministère des finances et du Ministère des affaires étrangères les viatiques nécessaires. Je me préparais à partir lors(|ueje fus surpris par une dé|ièche de M. Jules Simon — alors titulaire du portefeuille de rinstruction publique, — qui me mandait brusquement à \'crsailli's. Il lue reçut d'un air préoccupé.
« Monsieur, me dit-il, je vous ai accordé une mission eu lUissie; (îlle m'a valu hier au Conseil vuie interpellaion très vive de M. Thiers : « Comment, m'a-t-il dit, vous « envoyez M. Léger en Russie? Vous ne savez donc pas « que c'est un agent de l'émigration polonaise! »
Je n'eus pas de peine à me justifier; je racontai au ministre la visite de M. X... chez Mme Cornu; je lui expliquai que, pour étudier îles langues quelles qu'elles soient, il est indispensable de fréquenter ceux qui les parlent, que si j'avais été eu rapport avec certains chefs de rémigration, je l'étais aussi avec les représentants politi((ues et littéraires des Tchèques, des Croates, des Serbes, que si j'étais membre de la So(îiété d'Histoire et de Littérature polonaise de Paris, je l'étais également de la Société royale des Sciences de Prague, de la Société des Sciences de Belgrade, de l'Académie sud-slave d'.\gram. de la Maliça serbe d(> Xovi Sad, (pie j'enireie-