Rii^^le et l'IUuropr. l'ai'i-', lùu'uo, li'OC
INTI'.ODir.TIOX. \V
liais (l(''j;i ilos rolnlions avec les savants russes, que si je voulais alliM- eu Hussic. c'était pircisrrucul pour di-velopper ces relations et pour apprendre à counafli'c un Lîi'and pays inipossil)le à étutlier du fond d'un caljinct. .M. .Iules Simon se déclara convaincu par mon arii^umen- I al ion et me laissa partir. Je visitai les i)i'incipaux centi-es iiilcllcctuels de la Hussie: je constatai un prourrès social «M scientiliqiii' dont li's livres n'avaient pu nie donniM' aucune idée '.
.Mes relations restèrent confinées dans le monde des lettrés et des savants. Les journaux allemands, qui suivirent celte mission avec plus de sollicitude que les journaux français, s"emi)ressèrcnt de lui prêter une caractère politique qu'elle n'avait aucunement. Certains symptômes me permirent cependant de constater l'étal de l'opinion publicpie.
tu épisode que je n'ai jamais raconté m'est revenu à la mémoire il y a rjuclques années à l'occasion des grandioses manifestations de Cronstadt.
C'était au mois de septembre ?872. Je me rendais précisément à Cronstadt sur le paquebot qui fait un service réirnlier entre cette ville et Pétersbourg. Je m'étais mêlé aux i)assagers de troisièm'e classe et je m'amusai à faire causer les moujiks.
Je dissimulais ma qualité de l'rançais et je me faisais passer pour un frère slave, un Tchèque de Bohème. Au sortir de Saint-Pétersbourcr je remarquai sur la riv(^ irauchc de la Neva un front bastionné.
« Qu'est ceci"? «lemandaije à l'un de mes inlerlocuteurs.
— Ce u'e.st rien (nUchcvo), répondit le Russe barbu. Ce sont des fortilications que l'on a construites en t8,")l, «pumd les .anglais et les Franç;iis voulaient venii- prendre Piler (Pélersbourg).
1. Voir, dans mes premières Eludes slaves, les essais sur Kiev, larosliiv, Nijny. iv.izan et dans ce volume le morceau les Ecrivains aiif/lais el In Hussie.
XVI INTIIOIIIT.TION.
— Alil ils voiiliiicnl prcnilrc Piler. Tu dois joliniont les (l(HcsLcr ces i^ciis-là?
— Ça dépend : les Aiiiilais. oui; 1<'S lM'an(;ais. non.
— Pourquoi cette dilïrrenre"?
— Les Anglais, on se bat, on l'ail la paix avec eux et ils n'attendent (jue I(^ nionicut l'avorahlc pour vous envoyer un coup mortel dans le dos.
— VA les Français?
— Les l-'rancais, c'est autre chose; on se cogne, on s'entre-tue: puis on l'ait la paix, on s'(Mnbrasse et on est bons amis comme devaul. Les Fran(;ais ce sont des honnêtes gens.
— Les connais-tu si bien (jue r:\'!
— Moi je les connais bien mieux (pie toi. »
Je laisse au lecteur le soin de tirer de ce récit lelle conclusion qu'il lui plaira.
Cette même année 1872 la Russie reçut la visite de deux autres explorateurs qui devaient grandement contribuer au rapprochement intellectuel dont j'avais essayé de rair(^ comprendre l'intérêt: l'un était M. Alfred Rambauil, l'autre M. Anatole Leroy-Beaulieu. Cependant, malgré mes efforts, malgré les leçons cruelles cjui auraient dû nous éclairer, certains préjugés se refusèrent longlenq)s encore à capituler. Buloz ne voulait à aucun prix renoncer aux idées que sa revue avait longtenqis défendues avec plus de talent que de compétence. Dans un travail qu'il m'avait demandé sui* la Russie ju(/ce pur les Écrivains unijluis. j'avais écrit les lignes suivantes :
A voir la [loiialarilé dont jeuil Alcxaiiili'.:', 11 on iieiil dès niainlenant prédire à la Russie iiin' longue suite do souverains glorieux. Alexandre II est grand pour avoir al)oli le servage de la terre. Un autre souverain viendra «lui aliolira le servage de la pensée, un autre ijui airranchira les consciences du joug sous lecpiel riîglise orthodoxe les tient assujetties, un autre qui couronnera l'édilice en proclamant le régime représentatif et les libertés nécessaires. Tous ces empereurs seront jiopulaires. Tous exciteront l'admiration et la sympathie de l'Europe, sur- Idul ci'hii ijni u'.ira l'art tic récnncilicr la Uussic avec la Pologne,
INTIVJDICTION. W II
comme l'Aiilrirlio s'csl réconciliée avec la Hongrie. Mais appeler (lès mainlenanl la Russie un Ktal lihre. c'est fausser la réalité, c'est devancer l'avenir d'iin siècle, pcnl-ètre de plus encore '.
Ces lignes n'ôlonncraient personne aujixinriiiii : elles iiHliirnèrent Ikiloz. « Je ne veux pas, nie ilil-ii, qu'on écrive du liien de la Russie dans ma revue. Je ne veux pas qu'on dise rprAlexaudre II est un grand souverain: il nous a l'iclus dans la dernit-re guerre. » .l'aurais [)u lui r'i)ondre que si la Russie nous avait /''c/c's, sa revne y <'dail peut-être poui' quelque chose. .le refusai la suppirs-ion ileniandér et mon article parut dans un antre recueil
l'n peu plus lard, je fus nomnii- chargé de cours à rik'ole des Langues orientales (décembre i87,'{). II s'agissait d'un eiui)loi nouveau; on m'engagea à me présenter au ministre. C'était alors M. Ratbie, professeur à la Faculté de droit, l'homme du « gouvernement de comljat ». II me fit V(>nir et lue recommanda de ne pas enseigner le panslavisme. Il répétait mécaniquement une formule dont la presse avait évidemment bercé sa jeunesse. Je crois qu'il eût ('té l)ien <Miil)arrassé de l'expliquer.
De 1868 à 187)5 j'avais écrit dans les revues un cci'Iaiu uondire d'études qui à défaut il'autres mérites avaient au moins celui de la nouveauté. Je choisis celles qui me sendtlaicnt les plus intéressantes et vers la fin de l'aniiéc 187:{ je les réunis sons ce litre : Le Monde slave : riii/ii'jcfi it liKcrnlurc. Ce volume cjue je réimprime aujourd'hui - était dans ma pensée le premier numéi-o d'une